Illustration originale : disque vinyle, Elliott Smith, Between the Bars
Illustration : La rédaction Désinvolt

Le sens des chansons·Elliott Smith

Elliott Smith – Between The Bars

Pour certains, Elliott Smith a changé la façon d'écouter la musique. Retour sur une œuvre à la fois douloureuse et douce, compagne des nuits blanches.

Article publié en 2010 dans Désinvolt, le webzine musique créé en 2009. Il fait partie de nos archives, et la rédaction l'a complété en octobre 2026.

Il m’arrive souvent de me demander ce que j’aurai pu écouter comme musique aujourd’hui si j’avais pas rencontré, sur mon petit chemin, d’. Mine de rien, il a changé ma perception de la musique et, dans une certaine mesure, il a changé ma vie.

Elliott Smith – Between The Bars

Either/Or, c’est plus qu’un coup de foudre musical, ce fut l’album que j’ai le plus écouté, le plus torturant et le plus jouissif que j’ai pu offrir à mes oreilles. A chacune de mes insomnies et mes errances en nuits blanches et autres pensées noires, j’avais comme seul compagnon . Oui je trouvais mon compte dans cette douleur et douceur à la fois, dans cette errance teintée d’espoir … Mais le plus fascinant avec cet album c’est la capacité d’Elliott Smith à mettre tous ses démons en musique.

Between The Bars est la chanson la plus personnelle de cet album, où une bouteille de whisky adresse une déclaration d’amour à un écrivain. Mais aussi la chanson qui a été la plus reprise dans le répertoire d’Elliott Smith. Pourquoi toute cette fascination pour cette invitation à la mélancolie diriez-vous?

Ce qu’on peut remarquer c’est cette ambiance particulièrement envoûtante et qui nous captive sans nous soucier du sens profond de la chanson : un petit film construit par Elliott et dans lequel il joue le personnage principal ? Une déclaration d’amour d’une bouteille de whisky à celui qui l’a accompagné depuis son jeune âge et qui fut toujours présent à chaque occasion ? Between The Bars ou le chant d’un condamné, d’un homme tuant que ce qu’il aime ?

Il règne dans cette chanson un flou artistique assez énigmatique, mais qu’importe, on s’est toujours retrouvé dans cette beauté si mystérieuse de l’univers du vrai écorché vif de la fin du vingtième siècle.

Cette chanson reste un parfait mystère pour moi d’une beauté rare. Dès le titre, le ton est donné : mystère j’ai dis, ambigüité ça sera ! Between The Bars, juste à partir de cette phrase, on erre déjà dans notre imagination.
Même s’il était le plus grand créateur de mélodies depuis les Beatles et nous livrait une musique qui s’imposait sans pudeur, ici on a droit à une mélodie fragile et une subtile rythmique.

Vous vous attendez à de la joie, oh non, les compositions d’Elliott sont très sombres, évoquant les thèmes de la solitude et du désespoir.

The things you could do, you won’t but you might
The potential you’ll be that you’ll never see
The promises you’ll only make

La désillusion et la déception, une mise à nue et ce discours qu’il dresse direct ! Mais plus on se torture avec la voix d’Elliott, plus on ressent cette errance et une douleur qui le ronge.

People you’ve been before that you won’t around anymore
That push and shove and won’t bend to your will
I’ll keep them still

Arrivés à mi-chemin de cet univers sombre, la voix douloureuse d’Elliott vient, remplie d’une telle détresse, apporter son réconfort.

Drink up, baby, look at the stars
I’ll kiss you again between the bars
Where I’m seeing you there with your hands in the air
Waiting to finally be caught

Et plus on croit arriver à donner une interprétation à cette chanson, plus on se rend compte qu’on ne peut pas penser parce qu’on pense trop et que la beauté n’a pas besoin d’être interprétée, ça se consume, ça se savoure et ça se partage.

Dans cette envie de partage, je vous laisse avec les 3 plus belles reprises de Between The Bars que je trouve tout simplement déchirantes, émouvantes, bouleversantes, captivantes, touchantes… Et où chaque artiste rend à sa manière hommage à Elliott.


Metric

Peut-on résister à la voix envoûtante d’Emily Haines ?


Lhasa de Sela & Patrick Watson

Lhasa … Il vous suffit juste de fermer les yeux et de tendre l’oreille. ça me déchire le cœur de savoir qu’elle n’est plus là, sa voix continuera à faire vibrer mon cœur et mon corps, et avec cette reprise encore plus !

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Madeleine Peyroux

Voix magnifique, sensible et expressive, Madeleine Peyroux est actuellement l’une des plus grandes interprètes jazz. Une grande voix qui permet de faire réellement vivre une chanson. Avec sa reprise de Between The Bars on se croit dans une autre dimension tellement c’est envoûtant. Régalez-vous !

Vous trouverez d’autres reprises de Between The Bars, d’inconnus ou d’artistes talentueux, je pense par exemple à ou bien de Good Charlotte. Comme quoi, qu’importe le style de musique, Elliott Smith et son univers n’ont cessé d’émouvoir et de charmer.

La rédaction complète

Fiche de la chanson « Between the Bars »

  • Album : Either/Or, troisième album d'Elliott Smith, paru le 25 février 1997 chez Kill Rock Stars.
  • Auteur et compositeur : Elliott Smith.
  • Production : Elliott Smith, Tom Rothrock et Rob Schnapf.
  • Enregistrement : entre 1995 et 1996, surtout à Portland (Oregon), dans des maisons d'amis, chez Smith et dans de petits studios, alors qu'il jouait encore dans le groupe Heatmiser.

Ce que raconte la chanson

Elliott Smith n'a jamais livré de mode d'emploi pour ce texte, et l'ambiguïté du titre (les « bars » peuvent être des comptoirs comme des barreaux) laisse plusieurs lectures ouvertes. Celle que reprennent le plus souvent les critiques est celle que retient aussi l'auteur de l'article ci-dessus : une voix douce, presque une berceuse, qui invite à boire et à oublier ce qu'on aurait pu devenir. Pitchfork écrit que la chanson ressemble d'abord à une consolation adressée à un amant tourmenté, puis révèle à la réécoute la promesse séduisante de l'alcoolisme.

Le contexte éclaire cette lecture sans la prouver : le titre de l'album vient du livre Ou bien... ou bien de Søren Kierkegaard (Smith avait étudié la philosophie au Hampshire College), et le disque est truffé de références à Portland.

De Portland à Hollywood

Either/Or n'est entré dans aucun classement américain, mais il a frappé le réalisateur Gus Van Sant, qui a placé « Between the Bars », « Angeles » et « Say Yes » dans la bande originale de Will Hunting (Good Will Hunting, 1997). La chanson inédite « Miss Misery », écrite pour le film, a valu à Smith une nomination à l'Oscar et un passage remarqué à la cérémonie de 1998. L'album figure depuis au 216e rang des 500 meilleurs albums de Rolling Stone (édition 2020).

Les reprises

Parmi les versions citées dans l'article, celle de Madeleine Peyroux figure sur son album Careless Love, sorti en 2004 chez Rounder. Chris Garneau en a enregistré une version reprise par Pedro Almodóvar dans La piel que habito, et Madonna l'a chantée dans son court métrage secretprojectrevolution en 2013.

Et depuis

Elliott Smith est mort le 21 octobre 2003 à Los Angeles, à 34 ans. Son album en cours, From a Basement on the Hill, est sorti à titre posthume en 2004. Pour aller plus loin, la page consacrée à Either/Or détaille l'enregistrement et l'accueil du disque.

Sources

Section ajoutée par La rédaction Désinvolt le 20 octobre 2026. Le texte de Simo, publié en 2010, est conservé tel quel ci-dessus.

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