Georges Brassens en concert au Théâtre national populaire en 1966
Photo : Roger Pic, Public domain, via Wikimedia Commons (recadrée)

Le sens des chansons·Georges Brassens

Georges Brassens – La prière

Brassens n'a pas seulement écrit : il a aussi chanté les autres. « La Prière », texte du catholique Francis Jammes, partage la mélodie d'« Il n'y a pas d'amour heureux » d'Aragon.

Article publié en 2009 dans Désinvolt, le webzine musique créé en 2009. Il fait partie de nos archives, et la rédaction l'a complété en octobre 2026.

On connait le talent d’écriture de Georges Brassens, mais il savait aussi très bien être l’interprète de jolis textes d’autres mains. La Prière de Francis Jammes, ou encore Il n’y a Pas D’Amour Heureux d’Aragon, sont de ces chansons là. Ces deux exemples ont d’ailleurs la particularité d’être accompagnés par la même mélodie. Deux magnifiques textes repris de la même manière, mais deux textes que Brassens a su tirer d’horizons très différents. Si l’on connait l’engagement communiste d’Aragon, il faut savoir que Francis Jammes lui, était un pieux catholique.

Nous nous attarderons ici sur La prière, pour sa beauté sacrée, son atmosphère de recueillement, lourde et noire d’espoir. Si nous ne louons pas le seigneur, tâchons au moins de louer ceux qui ont su joliment lui parler. Francis Jammes en l’occurrence, d’une sainte plume.

Le texte original repris par Brassens est en fait un poème intitulé , tiré du recueil L’Eglise Habillée De Feuille (1905). Il comporte au départ cinq couplets (nommés Agonie, Flagellation, Couronnement d’épines, Portement de croix et Crucifiement) dont l’un d’eux sera tronqué par Brassens (le Couronnement d’épines). Il le remplacera par les vers suivants (qu’il placera en queue de poème):

Par la mère apprenant que son fils est guéri,
par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid,
par l’herbe qui a soif, et recueille l’ondée ;
par le baiser perdu, par l’amour redonné,
et par le mendiant retrouvant sa monnaie :
Je vous salue, Marie

Brassens appellera ce couplet Invention de Notre Seigneur au Temple comme une réponse ironico-christique au couplet supprimé, dans lequel Francis Jammes semblait demander au seigneur de le guider dans sa voie de poète.

Le reste de la chanson suit donc le texte original. Cette une véritable prière, Francis Jammes l’écrivit alors qu’il venait de se convertir au christianisme. Il est intéressant de s’interroger sur le ton qu’a voulu mettre Brassens dans son interprétation et le sens qu’il a voulu lui donner. Le couplet effacé puis remplacé peut éventuellement nous donner un début de réponse. Ce poème, enfin la version revisitée, a été repris également par Damien Saez dans une compilation hommage à Brassens intitulée Les Oiseaux De Passage sortie en 2001 (Saez a récemment rechanté cette chanson lors d’un , le pays de Georges Brassens).

La rédaction complète

Fiche de « La Prière » de Georges Brassens

  • Texte : Francis Jammes, extrait du poème Rosaire, dans le recueil L'Église habillée de feuilles
  • Musique : Georges Brassens, sur la même mélodie que « Il n'y a pas d'amour heureux » d'Aragon
  • Enregistrement : 1953
  • Disques : 45 tours Philips en 1954 (avec « Gastibelza » en face B), puis le troisième 33 tours 25 cm de Brassens, paru chez Polydor en décembre 1954 et connu sous le nom Les Sabots d'Hélène
  • Durée : environ 3 minutes

Pourquoi la même musique qu'Aragon

Brassens a lui-même raconté l'histoire au micro de Jacques Chancel, dans Radioscopie en 1971 : après avoir mis en musique « Il n'y a pas d'amour heureux », il s'est aperçu que le poème de Jammes avait le même mètre et tenait sur la même mélodie. Il a chanté les deux à Patachou, qui a choisi « La Prière ». Le rapprochement n'a pas plu à tout le monde : selon l'article Wikipédia consacré au poème d'Aragon, celui-ci s'est offusqué de voir son texte partager sa musique avec celui d'un écrivain catholique.

Ce que Brassens a gardé du poème

Dans le recueil de Jammes, chaque strophe porte le nom d'un mystère du rosaire et se termine par « Je vous salue, Marie ». Brassens retient quatre strophes des mystères douloureux (Agonie, Flagellation, Portement de croix, Crucifiement) et laisse de côté le Couronnement d'épines, où apparaît la figure du poète. Il conclut sur une strophe plus lumineuse, celle de la mère qui apprend la guérison de son fils.

Précision : cette dernière strophe n'est pas de Brassens. Elle est bien de Francis Jammes, et le titre « Invention de Notre Seigneur au Temple » est celui que le poète lui donne dans Rosaire, où elle clôt la série des mystères joyeux. On peut le vérifier sur Wikisource. Brassens a donc déplacé une strophe existante plutôt qu'écrit des vers nouveaux, ce qui inverse l'ordre de Jammes : chez le poète, la guérison venait avant la mort de l'enfant.

Les reprises

  • Patachou l'enregistre, et les Compagnons de la chanson en gravent une version en 1953.
  • Hugues Aufray la reprend en 1970, Gérard Lenorman en 1974, Frida Boccara en 1979.
  • Saez la chante sur Les Oiseaux de passage, album hommage à Brassens sorti le 11 décembre 2001, vingt ans après la mort du chanteur.
Sources

Section ajoutée par La rédaction Désinvolt le 20 octobre 2026. Le texte de Maître Kaïo, publié en 2009, est conservé tel quel ci-dessus.

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