“J’ai déjà vu Hibernatus, j’ai le DVD dans mon anus”

C’est en quasi puceau que j’ai décidé d’aller voir Sexy Sushi en concert, sur les conseils avisés d’un fan de la première heure, et parce qu’après avoir vu quelques vidéos du phénomène sur scène, j’étais curieux de tester mes capacités d’écoute du groupe. Deux jours après la sortie de leur nouvel album, Vous n’allez pas repartir les mains vides ?, Rebeka et Mitch commettaient un happening parisien.

“A bien regarder, j’aime ta position…”

La première partie était assurée par Strasbourg, un groupe bordelais (!) à la cold wave plutôt énigmatique et pas forcément inoubliable. De toutes façons, le public attendait Sexy Sushi. Et le public, parlons-en, car si Sexy Sushi est un groupe pour le moins atypique, plutôt indéfinissable, il draine dans son sillage son lot de punks, lapins crétins, sado-machisants, mais aussi et surtout gays et lesbiennes, avec Rebeka en parfaite égérie d’adolescentes en mal de reconnaissance d’une sexualité en construction. C’est donc dans cette ambiance pour le moins particulière et survoltée que j’ai pris place avec anxiété derrière les crash-barrières (grande première pour moi), sans trop savoir ce qui allait se passer. Lorsque le rideau s’ouvre, Rebeka apparaît agenouillée dans un nuage d’encens, visage peint en bleu et grimée telle Shiva, en compagnie de Mitch et d’un Père Boule pour le moins imposant. L’arrière du décor est composé de croix en polystyrène matérialisant le “Jardin des plaisirs” dans lequel va évoluer tout ce beau monde pendant plus d’une heure et demie. On l’aura compris, c’est avant tout une sorte de performance scénique que veut offrir le groupe, plus qu’un simple concert, même s’ils s’en défendraient fortement… Et pour vous donner une petite idée de l’ambiance, une chouette vidéo des collègues de Sourdoreille.

Chez Sexy Sushi, la déchéance punk constitue un art de vivre, la subversion a été élevée au rang de religion, le tout dominé par un n’importe quoi général qui donne la migraine et des sueurs froides aux services de sécurité. Ainsi, le groupe incarne parfaitement tout ce qu’une société actuelle bien pensante a tendance à rejeter : liberté sexuelle, blasphème, décadence… et c’est bien ça qui fait son succès.

“J’aime mon pays comment peux-tu en douter ? J’aime le seigneur car il pardonnera mes pêchés”

Pour ceux qui n’auraient aucune idée de ce que fait le groupe, il s’agit d’éléctro, de paroles plutôt trash et dans tous les cas sans pudeur aucune. Mais c’est plus pour l’absence de règles établies lors des concerts qu’ils sont réputés, à l’image du “no-limit” offert aux photographes. Dès les premières notes de Sex-Appeal, une partie de la fosse déjà en ébullition monte sur scène et se désape, à l’image de Rebeka, torse nu, qui arbore fièrement ses traditionnelles bandes de scotch sur les seins. C’est le moment je crois où elle décide de me rincer le crâne à la Kro, comme elle l’avait déjà fait avec une partie des filles du premier rang quelques minutes plus tôt.

“Le sex-appeal de la policière, me fait mouiller devant-derrière”

S’ensuivra un enchaînement indescriptible d’événements absurdes au cours desquels les croix en polystyrène volent en éclat dans la fosse, une plaque en ferraille est découpée à la disqueuse, Rebeka bénit l’ensemble du premier rang, photographes inclus, avec de la peinture rouge sur le front, et des gogo-dancers en slip américain (ceux de la pub Carglass, si si) prennent place sur l’avancée de la scène. L’ensemble est poussé aussi bien par les nouveaux morceaux – J’aime mon pays – du groupe que par leurs classiques – Tu dégages. Mais attention, ce n’est pas parce que ce grand n’importe quoi domine que la qualité de l’éléctro qu’envoie Mitch n’est pas au rendez-vous, et l’ensemble est tout simplement énorme. Cheval sera interprétée allongé sur un piano à queue, seul morceau qui laissera quelque répit à la salle. Apothéose, Rebeka embrasse longuement une fille du public au milieu de la foule, image forte et libertaire que seul ce groupe sait incarner. Petit PD achève le spectacle dans une overdose de son, de foule et de déchéance. Le Trianon serait presque en miettes, écroulé sur lui-même, s’il n’y avait son plancher mouvant pour amortir le choc Sexy Sushi. Il est tard, je prends le métro suivi par une odeur de mauvaise bière et la tête, maculée de peinture rouge, enfoncée au fin fond de ma capuche.

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