“Alktraxx et Johnny sont morts, vive Kickblast !”

Il y a une dizaine d’années, Al 4 As et Babytraxx formèrent Alktraxx. Un duo fondé en 2001, devenu par la suite trio suite à l’arrivé de Louis-David Roquefere. 10 ans que la formation, entre hip-hop, rock et électro défendait ses valeurs humanistes et contestataires aux rythmes des triturations électro-électriques sur disques et sur scène. Après trois albums (Rêve d’Enfants sorti en 2003, La Folie en 2008 et Propagande en 2010), quelques featurings, invités par le fondateur de Zulu NationAfrika Bambaataa et une tournée internationale en Chine, Arnaud et Goulven à l’origine de la formation décident finalement de faire passer leur nom à la postérité.

Armés d’une expérience à toute épreuve, depuis leurs débuts dans les années 90 avec Deal’M, au dernier album d’Alktraxx, Propagande (voir la chronique sur Désinvolt ici), les bretons rebaptisés aujourd’hui Bonbec et James Digger, font leur retour avec un nouveau projet, Kickblast. Répondant à l’adage : “il n’y a pas de limites, sauf celles que l’on se met“, le duo continue son évolution, évitant toujours de stagner en terrain connu et risquer l’enlisement.

Morceau testamentaire ou non, c’est bien l’arrivée sur le net il y a quelques mois du morceau, ainsi que du clip, Johnny est Mort qui a fini d’enterrer Alktraxx et le rockeur avec, annonçant au passage leur nouveau nom : “Alktraxx et Johnny sont morts, vive Kickblast !

“C’est un renouveau, pas une fin.”

Johnny Est Mort donc, c’est par ce titre que Kickblast fait son entrée. Arrivé sur le net il y a trois mois, le clip s’ouvre sur l’image d’un homme, visage fatigué, hirsute, vu à travers l’écran d’un téléviseur, sans un doute un vieux fan, détruit par la nouvelle. Au milieu de ces images, Bonbec et James Digger se posent eux, en commentateurs de l’Événement, sorte de “MacGuffin” destiné à servir la prose et les idées du posse.

Alors comme tout titre s’attaquant au saint des saints du rock en France, la chanson s’accompagne de sa petite polémique. Les fans de “l’idole des jeunes” s’insurgent : “Leave Johnny alone !” et chacun y va de son commentaire inepte, réaction à chaud. D’un autre côté, il y a ceux qui connaissent déjà un peu la discographie du groupe ou mieux, ceux qui écoutent tout simplement les paroles et voient tout de suite où l’on veut en venir. Habitué au second degré et à l’art de tacler comme il se doit les dérives de notre société, en s’attaquant à l’icône, au symbole national que représente Johnny HallydayJohnny Est Mort évoque ainsi la déviance médiatique actuelle qui tend vers la désinformation. Ces mêmes médias qui avaient presque tué notre Johnny national à l’époque où la presse faisait état de ses problèmes de santé. L’autre thème abordé dans Johnny Est Mort n’est pas sans rappeler celui de 25/06 des nantais de Hocus Pocus, extrait de leur dernier album 16 pièces : “J’ai eu beau zapper, mais, impossible d’y échapper / Quand le JT se mue en produit dérivé.” Ce à quoi Bonbec répond : “Johnny est mort, qu’est-ce que t’en sais ? Comme le service public, qu’est-ce ça te fait ? Rien !“. Chacun dénonce ici le grossissement d’un événement à l’importance mesurée jusqu’à sa surexposition médiatique et l’utilisation qui en est faite par la suite, destinée à combler le “temps de cerveau disponible”. Cette fois, tout est dit.

Alors pour en finir, Alktraxx c’est fini ? : “Et oui, après 10 ans de scène et 3 albums nous voulions passer à autre chose, mais dans la continuité.” Sans pour autant tirer un trait sur ces 10 années passées à définir leur son, leur image, Kickblast se présente plutôt comme la suite logique d’Alktraxx, d’ailleurs les lyrics et le flow de Bonbec sont là pour nous le rappeler. Mais si l’idéologie et l’engagement restent une des bases de cette nouvelle fondation, les nouveaux sons à arriver devraient montrer une autre facette : “Malgré tout, nous ne faisons que de la musique, certes nous défendons des valeurs auxquelles on croit mais le second degré est une chose que nous aimons aussi, et le prochain clip devrait le montrer.

Propagande nous l’avait prouvé, Goulven et Arnaud ne sont pas du genre à se laisser sombrer dans la routine, cherchant sans cesse à aller de l’avant, repousser leurs limites et évoluer : “…c‘est important de tenter, d’explorer, en ayant comme finalité d’aller au bout de chaque morceau (…) il n’y a pas de limites sauf celles que l’on se met.” Débarquant de deux univers différents, l’un du hip-hop et l’autre de l’électro, les deux compères sont animés par un esprit de liberté, un sentiment revendiqué jusque dans leurs compositions éclectiques dont Kickblast se fait la représentation physique : “Ce qui nous plaît c’est de faire ce que l’on veut, mélanger un gros kick électro, travailler la prod et lâcher du flow !” Une liberté qui rime aussi avec plaisir donc, sans doute le plus important lorsque l’on exerce ce métier, un élément sans lequel la musique n’aurait plus de raison d’être : “…encore une fois nous décidons de tout et cette liberté est géniale !

Un nouvel extrait, Appuie sur le bouton vient de sortir tout récemment sur la toile. En attendant le prochain clip :

 

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