Il est de bons livres comme des bons disques qui nous marquent au fer rouge et changent notre vision du monde définitivement. Celui de Manon Labry est de ceux-là. On termine la lecture essoufflé, avec les oreilles qui bourdonnent encore des concerts décrits.

Manon Labry est docteure en civilisation nord-américaine. Elle a notamment écrit sa thèse sur les relations entre culture mainstream et underground à travers le mouvement punk féministe nord-américain. Ce livre est la poursuite de sa réflexion hors du cadre universitaire.

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Le ton est volontairement libre et définitivement punk. Elle retrace l’histoire du mouvement Riot Grrrls à travers le récit de la formation et de l’évolution des groupes qui ont constitué le mouvement, notamment Bikini Kill, Bratmobile ou encore Heaven to Betsy. En plus d’en apprendre beaucoup sur des groupes qui ont été relativement peu médiatisés à l’époque, on découvre le processus de création du mouvement politique sous-jacent. C’est un véritable voyage que l’auteure nous propose entre Olympia, Seattle et Washington DC, mais aussi en Angleterre. Sont convoqués entre autre Joan Jett, Nirvana et bien sûr les initiatrices du mouvement Kathleen Hanna et Tobi Vail.

Manon Labry a fait un travail de recherche assez monumental, dont la rigueur teintée d’humour corrosif n’oublie personne : les mecs, les riot grrrls de couleur trop souvent mises de côté par l’histoire et les médias, les rejetons queer du mouvement et les perspectives d’avenir. Le tout est un peu romancé, plein de force et d’envie, écrit dans une langue accessible à tous. Un indispensable de la culture rock, disponible aux très bonnes éditions Zones et dans toutes les bonnes librairies, de quartier de préférence.