Pour faire mes interviews je marche toujours au coup de cœur, pour moi c’est avant tout une rencontre. Une rencontre avec des groupes généreux sur scène, avec lesquels j’ai envie de discuter, de poser deux-trois questions pas trop connes. Et au final, je me retrouve souvent avec des interviews-fleuves parce que les membres de ces dits groupes, en plus d’être généreux sur scène, le sont dans la vraie vie et sont surtout très bavards…

C’est dans un bar entre deux dates de leur pré-tournée que j’ai rencontré les quatre membres d’Eiffel. Quatre personnalités attachantes, gentilles et généreuses et au-dessus de tout ça Romain, leader charismatique mais pas écrasant, et surtout très très bavard mais comme c’est pour nous raconter des choses très intéressantes, on lui pardonne bien volontiers…

Bonjour. Vous est actuellement en pré-tournée pour présenter votre futur album, Foule monstre, qui sort en septembre. C’est important pour vous ce genre de démarche ?

Romain : Sur cet album-ci, oui ! Et c’est tombé comme ça, on n’a pas tout prémédité. Mais il s’avère que comme le disque n’est pas fini et qu’il ne sort qu’en septembre, on trouvait ça chouette de tâter un peu de la scène. Nous, on en a besoin surtout pour deux raisons principales. La première, c’est qu’on a un petit peu besoin de… pas de se chauffer, mais de voir un peu ce que cela pourrait donner, les nouveaux titres sur scène, notamment avec un cinquième. Il y a un membre additionnel qui s’appelle Fred Ozanne sur la tournée, qui joue du clavier et de la guitare. Donc, on avait besoin un peu de s’échauffer avant la vraie tournée qui commence en septembre. Et la deuxième, c’est tout bête, c’est aussi pour, en fait, se réinventer, parce que c’est ce qu’on faisait il y a dix ans : les pré-tournées, aller devant les gens etc. Tout ça a été un peu, petit à petit, remplacé par le single en radio et, comme nous et tous les groupes de notre acabit sont censés ne plus trop avoir de radios qui diffusent partout nos titres, ça nous paraissait sain de repartir de la base. On joue nos nouvelles chansons devant nos fans hardcore qui, eux-mêmes peuvent en parler et peut-être aussi un peu les effets du Net, les gens se schattent, etc. Donc, on a un rapport très sain à ce que, nous, on vient de faire, de ce que l’on va proposer plus tard sur scène, parce que l’on on ne prétend pas proposer quelque chose d’au point, entre guillemets. Par contre, on sait que ceux qui nous suivent aiment nous voir dans cette situation, pas dangereuse ou quoi que ce soit, mais juste où on propose un truc en cours… Ça nous aide pour voir ce que cela va donner plus tard et ça aide aussi la maison de disques d’en parler un peu avant… De revenir à Do It Yourself, le terrain, ce qui est vraiment notre culture à nous quatre.

Justement, ce cinquième membre dont tu nous parlais tout à l’heure, tu peux nous le présenter un peu plus ?

Romain : Donc c’est Frédéric Ozanne, qui fait ses propres chansons et essaie de les jouer un peu partout, notamment sur Paris et il fait des maquettes etc. Voilà, c’est un musicien qui joue du piano et de la guitare et qui chante aussi. Et qui, en 2008  je crois, a fait deux tournées avec Dionysos, il a été aussi membre additionnel de Dionysos. Donc c’est marrant parce que Dionysos c’est des copains, enfin, des gens avec qui on a beaucoup joué dans des festivals, en tournée. C’est quelqu’un de super et qui, aussi, connaissait bien Eiffel, il aime pas mal à la base.

Comment sont accueillis vos nouveaux titres par le public ?

Romain : Très mal… ça part très mal…

Oui j’ai vu ça. (Rires)

Romain : Non, on est dans un contexte où c’est le bordel déjà pour nous, on essaie plein de trucs sonores etc. Et comment on s’accorde tout de suite à dire au public : “Voilà, vous ne voyez pas un show mais un truc en cours, un truc que l’on va finir chez nous cet été, pour la scène. Bon, cela ne va pas être parfait, parfait entre guillemets”. Et du coup, ça met en valeur que ce n’est pas si dégueulasse que ça. (Rires) Non, parce qu’on arrive quand même à exposer les chansons de manière claire et à prendre notre pied dessus. Et on termine le set par des anciens titres. Donc c’est pas mal, c’est assez familial, ça part un peu en vrille sur la fin. La particularité de ces concerts, la plupart en tout cas, est que l’on fait écouter sept titres qui sont déjà mixés de l’album à la fin du concert et qu’on va à la rencontre du public. Donc bon, je pense qu’on ne se fout pas de la gueule des gens sept mois avant la sortie d’un disque.

Pouvez-vous dévoiler un peu Foule Monstre pour ceux qui n’ont pas la chance de vous voir en live ?

Nicolas Bonnière : Bon, on va avoir du mal à jouer un morceau mais…
Estelle : L’album n’est pas fini et heu…
Romain : Voilà c’est ça.
Estelle : Après les concerts, on fait écouter les sept premiers titres qui sont mixés, mais on ne peut pas tout dévoiler parce que tout n’est pas fini donc pour nous…
Romain : On peut peut-être évoquer ce qu’on essaie de faire, ce que l’on tente de faire… Je trouve ça assez chouette de dire ce qu’on aimerait arriver à faire avec ce disque-là et cette tournée-là. Et dans notre envie, qui a évolué maintenant en un an et demi, mais quand même on essaie d’aboutir le projet, c’est de revenir à quelque chose de plus pop. Le premier disque d’Eiffel était très pop. Moi je pense qu’ils sont tous très pop dans le sens où il y a quand même toujours une volonté un petit peu harmonique etc. , pas intello ou quoi que ce soit… L’aspect rock, on aime ça aussi, donc après le premier on a fait deux albums très rock: Le Quart D’heure Des Ahuris et Tandoori et suite à ça on a fait A Tout Moment, le dernier en date, avec plus de pop mais avec un son paysan. On était dans l’idée des guitares acoustiques, des batteries très larges, d’un chant plus cool aussi. Et en fait, on part de ça et on déplace totalement le décorum et après on fait comme on peut. J’aime bien me dire que c’est de la pacotille aussi, c’est avec les moyens esthétiques que l’on a. Mais on déplace totalement cette idée de la pop, à la Eiffel entre guillemets, mais dans quelque chose de beaucoup plus urbain. Donc il y a des machines, enfin des machines ça ne veut rien dire, mais c’est vachement à base de programmation, de boîte à rythmes et quelques sons de synthé. Et pas mal de bidouille de guitare, Nicolas est assez doué pour ça, transformer les guitares, les métamorphoser un petit peu. Pour ma part, j’ai vachement écouté Gorillaz, ça fait partie des influences pour ce disque, même si à la fin il n’en reste pas grand-chose. Et c’était vraiment l’idée de la pop, quelque chose d’onirique, quelque chose, aussi, d’assez léger musicalement, de prime abord en tout cas.
Ça n’est pas prémédité mais de fil en aiguille vu ce qu’on a vécu… On a vécu une superbe tournée, avec plein de choses très chouettes, le retour de Nicolas Courret, qui a formé le groupe avec Estelle et moi, l’arrivée de Nicolas Bonnière, qui apporte énormément au groupe, et cette tournée où l’on a eu plus de succès que d’habitude. Donc tout était là pour que l’on soit bien et puis au milieu de ce bien-être, il y a eu des drames… Moi, comme j’écris les chansons, à un moment donné j’étais un peu bloqué, plus rien… Du coup, il y a des choses qui sortent inévitablement sans que tu le veuilles et je trouve ça très agréable de me dire que cela sort dans un décorum un peu fun, un peu frais, un peu enfantin, un peu dégagé de la réalité. C’est un peu pour s’échapper, il y a une chanson qui en parle : La Chanson Trouée. Et après, c’est totalement raccord, je pense, avec nos vies à chacun, on est un groupe mais on n’a pas vingt ans, on n’en a pas non plus soixante. C’est un groupe qui existe depuis treize-quatorze ans et l’idée de se réinventer, de se proposer différemment, c’est très important mais il faut qu’il y ait un truc en commun. Et cette chose en commun, entre autres, c’est le fait que pour nous la musique, c’est un peu bateau ce que je vais dire, mais oui, c’est un moyen de s’évader, de retrouver notre réalité sur un autre plan.
Donc voilà, on a essayé de faire ça différemment et c’est ce que, à l’heure actuelle, on tente de faire et tant que tout n’est pas mixé. Et la question est : “est-ce qu’on y est arrivé ?”. Moi, je ne sais pas. Mais en tout cas, on ne se fout pas de la gueule de notre public et des gens qui nous suivent. On met le paquet, on a beaucoup jeté, moi, dans un premier temps en termes de chansons et en terme de prises. On a fait beaucoup de prises parfois pour qu’il ne reste rien ou trois fois rien. Et j’espère que ce sera un album habité en tout cas. Habité, dans le sens où il y a beaucoup de gens qui disent “soyons spontanés etc.”, je pense qu’on est énormément sincère mais, la spontanéité, elle est sur plusieurs chutes, mais sur un temps qui est assez long, neuf mois. Du coup, ce disque-là c’est une petite maison dans laquelle on aura habité, et le jour où il sortira il sera mort pour nous et il commencera à vivre pour les gens. Et nous, on pensera à autre chose, parce qu’il ne faut pas non plus déconner. (Rires) Voilà, il ne faut pas rester bloqué. Mais je trouve ça cool de se dire que l’on va donner quelque chose que l’on a vraiment parcouru.

Romain, Foule Monstre est le deuxième album après A Tout Moment, que tu réalises et enregistres dans ton propre studio, pourquoi une telle volonté d’indépendance ?

Romain : Ce n’est pas que de l’indépendance. Si, il y a de ça, mais c’est aussi un état de fait, c’est l’histoire d’Eiffel qui a fait ça. A un moment donné, il n’y avait plus de maisons de disques, il n’y avait plus réellement d’Eiffel et donc du coup on s’est dit qu’en construisant notre endroit, notre lieu… Je les ai tous réalisés et mixés, les disques d’Eiffel.

Oui, oui.

Romain : Mais effectivement, c’est le deuxième dans le même endroit qui n’est plus un endroit itinérant.
Estelle : Avant c’est vrai, c’était enregistré sur notre matériel mais dans des endroits qui étaient loués, différents à chaque fois. Maintenant, on est posés au fond du jardin. (Rires)
Romain : Comme Francis Cabrel ! C’était ça au tout début d’Eiffel. Et pour qu’il se passe des trucs, il faut les faire soi-même. Après effectivement, à un moment donné, on peut très bien dire que c’est quelqu’un d’autre qui réalise etc. Cela vient peut-être aussi de mon envie, de la personnalité. Et, il y a aussi un truc tout con, c’est qu’avec les budgets alloués, si tu veux passer du temps pour chercher, avec les budgets qu’on a, laisse tomber. Si tu veux payer quelqu’un, tu as trois semaines et puis voilà. Donc tu as le temps : d’enregistrer la base, la batterie, deux guitares et faire tes voix et de dire : “C’est bon, on a fait un nouvel album de rock garage (que l’on adore).”… C’est pour cela qu’il y a aussi ce principe-là : d’avoir le temps. C’est assez luxueux dans un budget restreint. Assez restreint, bien sûr, pas par rapport à des groupes totalement indés qui ont 2000€ pour faire un disque, ce n’est pas ça. On n’est pas dans ce contexte-là. On est dans un contexte de gros label indépendant…

De groupe intermédiaire entre les grosses machines qui ont tout le pognon qu’elles veulent et les petits groupes qui n’ont rien…

Romain : Oui voilà. Et alors nous, c’est aussi notre histoire et il y a d’autres groupes qui traversent ça. Car le marché est totalement en train de disparaître, il va se casser la gueule, les maisons de disques n’existeront plus dans cinq ans ou se transformeront. Et tout le monde arrive à se dépatouiller maintenant par soi-même. Et on fait partie de ces groupes, et il y en a d’autres, qui, petit à petit, ont mis des billes de côté en termes de matériel, en termes d’endroit, en termes de manière de fonctionner. C’est chouette, je préfère être maintenant, qu’au premier album d’Eiffel, on a un peu plus d’expérience donc il y a certaines conneries que l’on ne fera plus et, du coup, on est beaucoup plus forts. Voilà, il y a un label qui reçoit notre album et puis c’est tout. Un label ce n’est pas fait pour faire de la musique, ce ne sont pas des musiciens, ce sont des vendeurs de disques et ils le font très bien et c’est ce qu’on leur demande de faire.

A suivre…

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