Ce qui m’a décidé à prendre mes billets pour le Rock en Seine cette année, c’est cette journée du 23 août 2014. La programmation comporte à mes yeux deux atouts incroyables : Portishead et The Prodigy. Le programme des concerts de cette édition 2014 du festival est à saluer pour sa diversité. Les organisateurs ont su proposer des anciens du rock tels que Blondie (qu’on a pu voir le vendredi,
à découvrir par ici) aux côtés d’étoiles montantes comme Frànçois and the atlas montains. La proportion d’artistes français et internationaux est relativement équilibrée. Les styles musicaux proposés sont d’un éclectisme à souligner. En effet, Lana del Rey se retrouve le dimanche sur la Grande Scène où s’est déchaîné le groupe The Prodigy le samedi, Tinariwen partage la scène de l’Industrie avec Cheveu, et Emilie Simon succède à Die Antwoord sur la scène de la Cascade. Ce brassage surprenant reste bon enfant et les différents spectateurs se sont assez bien mélangés pendant le week-end.
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J’arrive vers 17h30 et découvre Clean bandit sur la scène Pression Live. Le groupe dévoile un mariage surprenant entre un quatuor à cordes et un son électronique aux accents techno.
clean bandit
Créé en 2009 à Cambridge en Angleterre, les Clean Bandit sont révélés 2013 par leur titre Mozart’s House. Les membres du groupe Jack Patterson, Grace Chatto et Milan Neil Amin-Smith se rencontrent à l’université, alors que Grace et Milan Neil jouent dans le même quatuor à cordes. A partir de 2012, ils travaillent avec Luke Patterson (batterie) sur leur album New Eyes sorti en 2014.
Le quatuor à cordes n’est pas venu ce soir, mais ça n’empêche pas le groupe de nous envoyer une musique efficace. L’ambiance est électronique voire dance. Les deux chanteuses mettent le feu au public tandis que Patterson conduit tout ce petit monde à travers des beats bien dynamiques. On se croirait presque dans une boite de nuit, mais la scène et la lumière du jour sont là pour nous rappeler le contraire. Les chanteuses s’amusent joyeusement. Grace Chatto blonde à robe noire est venue accompagnée d’une choriste habillée tout en blanc. Le  jeu de contraste entre elles deux donne des couleurs à l’aspect vocal des morceaux. Elles font chanter le public sur Rather Be, chanson qui a propulsé le groupe en haut des charts anglais. On peut regretter l’absence d’instruments acoustiques qui ne permet pas de mesurer toute la variété de leur univers musical. Néanmoins, l’atmosphère clubbing a bien chauffé tout le monde pour la suite de la soirée.

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Quand je passe devant les Thee Oh Sees, ils ont des allures de punks tatoués de partout, suant sur leurs instruments un rock bien sale.

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Le punk est bien présent dans les origines du groupe. Fondé par John Dywer en 2003, le groupe s’appelle à ses débuts Orinoka Crash Suite, et sort quatre albums en deux ans. En 2005, changement de nom, et accueil du batteur Patrick Mullins, du guitariste Petey Dammit et du clavieriste Brigid Dawson. The Ohsees viennent de naître et proposent du folk expérimental. Ils sortent sept albums sous ce nom. A la sortie de leur dernier album, The Master’s Bedroom Is Worth Spending a Night In, le groupe prend un virage plus rock et devient la version définitive de Thee Oh Sees. Le groupe nouvellement formé sort cinq albums et vient tout juste d’en sortir un sixième en 2014, sobrement intitulé Drop et nous ont proposé une bonne dose de rock ce soir.
Le son est assez brut, voire même grunge. Le trio guitare, basse, batterie présent sur scène évoque presque Nirvana par certains côtés. Le chanteur affublé d’un petit débardeur rose, porte sa guitare très haut ce qui lui donne une allure enfantine qui tranche avec la musique qu’il joue. Le batteur aux cheveux longs frappe son rythme avec conviction, et le bassiste fait le métronome avec sa tête. L’aspect folk, qui ressort un peu sur le disque, a presque disparu sur scène si ce n’est dans certaines intonations du chanteur. On est face à du bon rock avec une guitare saturée dont le son tend vers celui d’une basse, ce qui fait la marque du groupe. Le titre Toe Cutter – Thumb Buster issu de leur album Floating Coffin n’a plus rien à voir avec la version studio. On sent une énergie punk qui reste un peu contenue, mais efficace. Un groupe à découvrir sur scène.

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En passant près de la scène de l’Industrie, on a croisé les membres du groupe CHEVEU et on n’a pas très bien compris ce qu’il se passait…
Originaires de Bordeaux, David Lemoine au chant, Olivier Demeaux aux claviers et Etienne Nicolas à la guitare forment en 2003, à Paris, le groupe complètement barré CHEVEU. Ils tournent sur les scènes internationales et sortent leur premier album intitulé Cheveu en 2008. Le groupe ose un mélange des genres surprenant entre guitares garage, claviers psychédéliques et spoken-word aux accents punks. Ils sortent actuellement leur quatrième opus Blum.
Assez étrange à écouter en studio, le groupe désarçonne complètement une fois sur scène. On ne sait pas ce qu’ils ont pris avant de venir, mais ça devait être costaud car ils sont très très énervés. Le chanteur braille à tue-tête dans son micro et n’hésite pas à faire hurler “Dour!” en référence au festival belge, à la foule parisienne du Rock en Seine. La guitare envoie des gros riffs bien lourds, les claviers s’égarent où bon leur semble, les beats ont décidé de vivre leur vie, et tout ça très très fort. Le concert finit n’importe comment, avec exhibition de postérieur, saut dans une foule devenue complètement hystérique, et jet de canettes de bières sur le public. On s’en relève comme après un tremblement de terre.

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Il est 19h45 et sur la scène de la Cascade, la belle Émilie Simon arrive comme une fée accompagnée par l’orchestre national d’Île-de-France.
La jeune femme débute en 2003 par un album éponyme récompensé d’emblée aux Victoires de la Musique dans la catégorie album électronique. La belle possède tout de même un diplôme supérieur en musique contemporaine. Elle enchaine en 2005 avec un deuxième album qui deviendra la bande originale du film La Marche de L’Empereur. Elle sortira ensuite cinq autres albums studio : Végétal (2006), The Big Machine (2009), Franky Night (2011), et le tout récent Mue paru en mars 2014. Sa collaboration pour le cinéma l’amène à composer également la musique du film Survivre avec les loups sorti en 2008. La jeune femme oscille entre chanson, musique électronique et musique d’ambiance, ce qui donne une dimension particulièrement originale à sa musique. Son univers pictural retranscrit également toute cette variété d’influences que l’on peut découvrir au fil des albums.
L’introduction symphonique par l’orchestre fait son petit effet jusqu’au moment où les basses entrent en scène. On se demande bien ce qui est passé par la tête du régisseur son car les basses nous secouent le corps autant que celles de Die Antwoord. Le public hurle pour qu’on baisse tout ça et qu’on ramène le son à un niveau correct. L’orchestre se retrouve noyé sous un torrent de beats électro qui n’en méritaient pas tant. Malgré ce petit désagrément, la voix est légère, éthérée et flotte au-dessus du reste de l’instrumentation. La belle ondule au rythme de la batterie, fait voleter les frous-frous de sa robe. Elle nous offre une version énergique de Fleur de Saison, reprend façon jazzy-dance Menteur, et assure toujours autant sur sa reprise des Stooges : I Wanna Be Your Dog. Les orchestrations du dernier album sont particulièrement bien mises en valeur par les musiciens classiques, ce qui fait regretter qu’on ne les ait pas plus entendus.

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Portishead était l’un des groupes les plus attendus de la session 2014 du festival. Ils se sont réservé la Grande Scène pour l’occasion.
Beth Gibbons au chant, et Geoff Barrow au son, se rencontrent en 1991 en Grande-Bretagne, dans la petite ville de Bristol. Geoff Barrow avait travaillé auparavant sur l’album Blues Lines de Massive Attack. Le guitariste Adrian Utley et l’ingénieur du son Dave MacDonald les rejoignent pour une première collaboration sur la bande son du court métrage To Kill a Dead Man. Le batteur Clive Deamer vient compléter l’équipe et le premier album Dummy sort en 1994. Il remporte un étonnant succès commercial malgré l’aspect très underground du son et de l’univers. En parallèle, il propulse le mouvement trip-hop au devant de la scène musicale internationale. Le deuxième album sort en 1997 et est suivi d’une tournée dont un album live est tiré et sort en 1998 sous le nom Roseland NYC Live. Il faudra attendre près de 10 ans et quelques collaborations avant la sortie d’un troisième album sobrement intitulé Third pour retrouver le groupe qui évolue alors vers de nouvelles sonorités.
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Ce soir, le groupe a investi les supports vidéos et propose des quasi courts-métrages psychédéliques pour agrémenter leurs morceaux. Alternance entre des images retravaillées du concert présent et d’animations originales, le groupe a fait planer le Rock en Seine à un niveau bien supérieur à tout ce qu’on pouvait imaginer. Le son est parfait, tout en puissance, et donne une dimension organique à leur musique. Beth Gibbons se tient au milieu de la scène, dans une posture qui a presque un côté iconique. La voix ténue, parfois au bord de la rupture, prend une dimension lourde de puissance sur certains morceaux.
On retrouve les excellents Roads, Wandering Stars et Mysterons qui prennent toute leur ampleur sur scène. On savoure chacune des ondes sonores qui nous traverse. Glory Box atteint des sommets et rend leurs heures de gloire au trip-hop. Plus qu’un concert, c’est une expérience sensorielle qu’ils nous proposent ce soir. Les basses sont tellement fortes qu’elles font trembler les cordes vocales, sans rien enlever à la qualité de la prestation. Si le groupe ne décrochera pas un mot durant le concert, ils reviendront sur scène après la fin du set, rappelés par le public. Il nous régalent d’un joli rappel tout en remerciements. Un moment de musique qui restera gravé profondément dans mes cellules.

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Dans la douce ligne électro qui se profile pour la soirée on s’est arrêté écouter Flume sur la scène de la Cascade.
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Flume, de son vrai nom Harley Streten produit de la musique dès l’âge de 13 ans. À 20 ans, il propose lors d’un concours d’artistes, trois morceaux Sleepless, Over You et Paper Thin qui le feront remarquer et lui permettra de signer un premier EP chez Future Classic. Il sort un premier album éponyme en 2012 et participe depuis à de nombreuses collaborations en tant que DJ. Le son est un mélange de samples de voix et de nappes électroniques aux claviers. Les beats sont parfois légers mais peuvent devenir plus présents sur certains morceaux. On peut souligner le côté atmosphérique de l’univers.
Ce soir, le son est bien électro, les basses sont efficaces, les samples et les beats sont retransmis de façon fidèle par rapport à l’album. Flume est seul sur scène. L’ambiance est dans la continuité planante de Portishead, dans une version plus actuelle. On retrouve les très bons Holdin On, Sintra et Left Alone. L’ensemble est posé, ultra cool, les têtes dodelinent en rythme, les consciences flottent un peu. La musique de Flume reste propice à l’évasion, même en plein festival. Certains morceaux comme On Top résonnent plus clubbing mais tout en gardant une instrumentation aérienne qui n’est pas pour déplaire. L’ambiance se dynamise petit à petit pour atteindre une dimension presque dance à certains moments. Tout cela nous prépare à merveille pour la suite de la soirée.

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On a quitté la scène de la Cascade pour aller voir Frànçois and the Atlas Mountains , le petit groupe qui monte, qui monte, qui monte…
Le groupe se forme en 2004 à Bristol en Grande-Bretagne, autour du français François Marry au chant et à la guitare. Musicien mais également peintre, il crée en 2004 le groupe The Atlas Mountains avec lequel il sort en 2006 l’album The People to Forget. En 2007, le groupe composé du bassiste Gérard Black, du claviériste Pierre Loustaunau et du batteur Amaury Ranger, sort quelques albums et participe à de nombreux festivals. Ce n’est qu’en 2011 que le groupe est signé en France et prend son envol sur sa terre natale. Les textes sont marqués par une dimension poétique, soutenue par une instrumentation pop qui tire sur l’électronique.
Sur la scène Pression Live, le groupe s’amuse à n’en plus finir. Le son est très pop avec une dimension particulièrement mélodique. Le chant est porté par des claviers rythmés. Le chanteur bouge la tête presque à s’en briser le cou. Le public adhère totalement à l’univers et en redemande. L’atmosphère est jeune et joyeuse, adolescente. Les textes rendent leur poésie avec un caractère plus brut que sur disque. L’énergie dégagée se rapproche du rock. L’anglais et le français se mêlent avec harmonie et le tout est particulièrement enthousiaste. Les spectateurs sont conquis et le font sentir. C’est donc totalement remontée que la foule se dirige ensuite vers la grande scène.

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En se dirigeant vers la Grande Scène, on sent que la population change.
Porte drapeau du big-beat dans les années 90, The Prodigy traverse les époques sans prendre une ride. Fondé en 1990 à Braintree en Angleterre, le groupe est composé de Liam Howlett, Keith Flint et Maxim Reality. Ils sont rejoints lors des lives par Leo Crabtree et Rob Holiday. Le premier single sort en 1991. Le groupe est devenu très populaire durant les années 90, installant un son au départ très underground sur le devant de la scène musicale internationale. Après cinq albums studio et de nombreuses récompenses, le sixième est prévu en automne 2014. Le groupe est connu pour laisser une grande part à la voix, incarnée par le très punk Keith Flint.
Ce soir ils nous ont envoyé un son électro punk, qui a su éviter la facilité du virage dubstep. Toujours aussi efficaces, ils font danser le festival sans interruption jusqu’au bout de la nuit. Keith Flint, torse nu, percé de partout, sue une énergie typique des années rave. On salue la puissance vocale sans comparaison. Le décor représente un énorme aigle tribal, les lasers épileptiques sont de sortie. Ils débutent avec un Breathe énorme et enchainent avec Voodoo people qui cloue les oreilles de toute la foule. Omen achève de propulser le public au sommet de l’hystérie. Le festival se secoue au rythme sismique d’une quasi rave partie. Firestarter et Invaders must die gardent les spectateurs sur les charbons ardents avant le tant attendu Smatch my bitch up. La folie reste à son paroxysme jusqu’au rappel final. The Prodigy clôture ce deuxième jour de festival en beauté et prouve que la musique rave est bien vivante en 2014, et qu’elle n’a pas dit son dernier mot, loin de là !

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