Il est des premières fois tout au long de la vie, pour moi cette année c’était, entre autres, ma première expérience du festival Rock en Seine. Le festival a été créé en 2003, par trois compères Christophe Davy, François Missonnier et Salomon Hazot. C’est l’un des derniers festivals de l’été, et sa programmation est centrée autour du trio pop-rock-electro très bien représenté cette année. Le public que j’imaginais très adolescent est étonnement varié, de nombreux trentenaires, des familles avec enfants, des groupes de lycéens déguisés et beaucoup d’anglophones ou de germanophones. La foule donne la mesure de l’importance qu’a pris cet événement au fil de ses 12 ans d’existence.

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Le lieu, entre les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud, est impressionnant. Le jardin a été dessiné par André Lenôtre sous le règne de Louis XIV. On y croise des statues en pierre, un grand bassin avec cascade ou encore le Musée de la Céramique. Le site est quand même classé monument historique. Cinq scènes se partageaient la programmation dans ce décor surprenant. Les deux scènes principales étaient réservées aux grosses têtes d’affiche dès la fin de l’après-midi, mais laissaient la place à de jolies découvertes durant la journée. La scène de l’Industrie présentait plutôt des groupes alternatifs tandis que la scène Pression Live, située au cœur du village Kronenbourg et financée par la marque, proposait une programmation variée allant de la pop au métal. On citera également la scène Île-de-France, permettant de présenter des groupes de la région parisienne, mais dont on regrettera la proximité avec la grande scène qui parasite un peu les concerts.

J’ai flâné au fil des groupes, ce n’est donc pas une revue exhaustive de la programmation que je vous propose, mais un aperçu personnel de la manière dont j’ai vécu l’édition 2014 de ce festival.

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Les hostilités s’ouvrent à 16h15 sur la scène de la cascade avec Kitty, Daisy and Lewis qui nous ont proposé un rockabilly très 50’s. Lewis est le gardien aux airs de mafieux de deux tigresses en combinaison de cuir, dorée pour Daisy et noire pour Kitty. Les 3 anglais sont frères et soeurs, ils forment en 2000 leur groupe et sortent leur premier single Honolulu Rock en 2005 alors qu’ils sont en pleine adolescence. On les entend parfois sur certaines radios avec leur titre I’m so sorry.

Ils sont soutenus sur scène par une excellente contrebassiste qui n’est autre que leur maman, et par leur père, trompettiste hors pair dont on se régale, entre autres, sur le morceau Paan Man Boogie. Chacun des membres du trio est multi-instrumentiste et passe de la guitare à la batterie ou au clavier avec une aisance désarmante. Lewis avec ses cheveux gominés a une allure de crooner américain, la voix et la posture évoquent le rhythm’n’blues des années 40. Daisy et Kitty sont d’une sensualité à toute épreuve.

L’ensemble fonctionne très bien. Le son et l’esthétique sont rétros dans les moindres détails. I’m going back enflamme la foule, dans un pur style blues-rock. Les influences musicales sont principalement américaines, et vont de la calypso au ska, en passant par le jazz et bien sûr le rock’n’roll. On retiendra l’excellent Baby don’t you know. Le groupe termine en beauté avec une Kitty pliée en deux sur sa caisse claire tenant son rythme à la perfection, et une Daisy qui nous a régalé d’un énorme solo d’harmonica. Les filles se disputent le micro, et font monter la température. La prestation a cloué le public sur place. On conseillera aux curieux leur album Smoking in Heaven qui rend bien compte de l’ambiance rock’n’roll et de leur univers musical totalement fifties.

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A 17h05 sur la grande scène, Gary Clark Jr nous propose un blues rock bien lourd, soutenu par de la bonne disto/fuse bien grasse. Avec sa connaissance de l’esthétique, du son et de la technique du rock-blues, le guitariste a gagné outre-Atlantique le statut de futur Hendricks.

Originaire d’Austin au Texas, il écume les scènes rock depuis l’âge de vingt ans, ce qui lui fait déjà presque dix ans de carrière. Repéré en 2010 par Eric Clapton, ou même Jeff Beck, il se retrouve en 2012 sur la tournée des Rolling Stones. En novembre 2012, il sort son album Blak and Blu. Et si l’on pouvait trouver sur cet opus des sonorités diverses et variées, allant de la soul à la funk en passant le rock et le blues, le concert de ce soir était centré principalement sur un pur son blues.

Le batteur à crinière de lion est d’une puissance redoutable. Les trois musiciens portent des lunettes noires, et sont “all dressed in black” comme chez Johnny Cash. Seul Gary Clark Jr est reconnaissable par son chapeau blanc. On ressent la maîtrise technique à chaque note, Hendricks n’est pas très loin, même s’il manque parfois une souplesse et un jeu avec le public qui rendrait l’ensemble plus chaleureux. Certains morceaux tendent vers une atmosphère proche de celle des chansons de Lenny Kravitz sans basculer du côté pop. Vrai guitariste possédé par son instrument, il nous en démontre une grande maîtrise, pour notre plus grand plaisir. On assistera à beaucoup de changements de guitares qui amènent chacune leur timbre, propice à l’histoire qui nous est racontée. On peut peut-être suggérer au groupe de s’autoriser un peu plus de folie, comme l’auteur le propose lui-même dans un de ces morceaux : “Get lost in the city to find myself“.

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Il est des groupes qu’on écoute en boucle sans oser imaginer les voir un jour sur scène et, quand ce moment arrive, on retrouve ses chansons préférées comme on rentrerait chez soi après une longue route. Blondie c’est un groupe qui fêtait sur scène ses 40 ans de carrière. 40 ans de scène, 40 ans d’évolution de la musique, 40 ans d’excès qui se lisent sur les visages, 40 ans d’échange avec un public toujours fidèle au poste. Cette expérience ne les a pas rendus hautains, au contraire. Ils ont su garder cette fraîcheur déroutante qui fait qu’on reste toujours un peu adolescent quand on fait du rock.

Le groupe a débuté en en 1975 aux États-Unis et a été fondé par le guitariste Chris Stein et la chanteuse Deborah Harris. Trois autres musiciens les rejoignent, Clem Burke à la batterie, Jimmy Destri aux claviers et Gary Valentine à la basse. Le style oscille entre plusieurs influences qui vont de la pop à la new wave, en passant par le rock et le disco. Le groupe doit son nom à la chanteuse qui se faisait interpeller dans la rue à coups de “Hey Blondie!”. Ils tournent de 1975 à 1983 puis se séparent après la sortie du 6e album, The Hunter. Reformés en 1997, ils sortent Maria qui relance leur carrière et continuent aujourd’hui avec le coffret Blondie 4(0) Ever et l’album Ghosts of Download sur lequel on retrouve notamment Beth Ditto, la chanteuse des Gossip.

Le groupe arrive sous un torrent d’applaudissement et commence avec Hanging on the Telephone. Leur look est improbable. Deborah Harris porte une robe incompréhensible et s’installe avec toute sa blondeur peroxydée au milieu de musiciens acquis à sa cause. Ils sont là pour s’amuser et ça se sent. On est surpris par l’énergie de la chanteuse, qui n’hésite pas à sauter sur scène et entrainer le public derrière elle. La voix vascille à certains moments, l’âge est là malgré tout.

La setlist reprend les meilleurs morceaux du groupe. On retrouve l’efficace One way or another, suivi d’un Call me complètement hystérique. Atomic nous a fait l’effet d’une bombe tant l’énergie dégagée était forte ce soir. Les gros solos sont de sortie et les lignes mélodiques du morceau sont merveilleusement mises en valeur. Le final sur Heart of Glass laisse étourdis mais heureux. Qu’on aime ou pas le style, Blondie fait partie des grands groupes qui ne se démodent pas. La preuve en est car ce soir, après 40 ans de carrière ils font encore danser jeunes et vieux sans difficulté.

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Les Hives sont là pour le show et il font souvent ce qu’il veulent d’un public qui les suit docilement. Connus pour leur narcissisme surjoué qui masque mal tout ce qu’ils donnent à leurs spectateurs, ils ont fait vibrer Rock en Seine au son du garage-rock.

Fondé en 1993 en Suède à Fagersta, le groupe est composé du chanteur Pelle Almqvist, du batteur Chris Dangerous, du guitariste Nicholaus Arson et du bassiste Dr. Matt Destruction. Ils lancent leur premier EP Oh Lord! When? How? en 1996 et sortent l’année suivante l’album Barely Legal. D’abord inscrits dans un son très raw-punk, ils évoluent vers le garage-rock avec l’album Veni Vedi Vicious qui sort en 1999 et qui explose sur les ondes. Le succès s’installe et le groupe s’impose comme une référence scénique avec une esthétique bien ficelée. Les membres du groupe arrivent tous en complet noir ou blanc, dans un pur style 60’s et enflamment les scènes des festivals depuis plusieurs années.

Ils nous offrent ce soir un énorme Hate to Say I Told You So, ainsi que le désormais classique Main Offender. La prestation est toujours aussi énergique, malgré les problèmes de micro qui donnent l’occasion à Pelle Almqvist de délirer pendant quelques secondes sur sa merveilleuse personne. Le décor est toujours aussi monumental, avec ce marionnettiste qui illumine le fond de la scène et dont les yeux s’allument au fil des morceaux du groupe. Le son est définitivement garage et on reste scotché par l’excellent Tick Tick Boom.

Ce soir le spectacle est là, mais malgré tout, une pointe d’essoufflement se fait sentir à certains moments. Le public est peut-être un peu plus froid que d’habitude et réagit avec moins de fougue. La réaction du groupe se fait sentir rapidement avec de longs passages parlés, teintés du cynisme qui a fait le charme des lives du groupe. Bien sûr, on suit les injonctions du chanteur, on lève les bras, on applaudit, on se baisse, on se lève, on saute sous ses ordres avec une soumission joyeuse. Pelle Almqvist parle beaucoup dans un français complètement aléatoire, où il mêle déclaration d’amour à la France et autocongratulation. Il secoue dans tous les sens un drapeau tricolore sur lequel est inscrit : Liberté, Fraternité & The Hives. Ils sont punks, on les aime pour ça et ce serait bien qu’ils le restent sans éclipser leur musique qui vaut le détour.

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Die Antwoord, voilà un groupe qui ne va pas plaire à tout le monde. Avec leur esthétique du pire, c’est presque une performance d’art contemporain à laquelle on assiste ce soir. Le duo sud-africain est survolté et est venu accompagné de danseurs assez fous pour les suivre.

Le groupe est composé de Watkins Tudor Jones alias Ninja (rappeur), Yo-Landi Vi$$er (chanteuse) et DJ Hi-Tek. Ils font leurs débuts en 2007 à Cape Town et popularisent le style rap-rave à la sauce sud-africaine. Le nom Die Antwoord signifie La réponse en afrikaans. Le groupe est très influencé par le mouvement zef qui mélange son moderne, trash et aspect kitsh voir rétro/démodé. Ils chantent aussi bien en afrikaans, en xhosa ou en anglais. Leur premier album $O$ sort en 2009 et le groupe explose sur la scène internationale en 2012 avec Ten$Ion, en partie grâce aux clips qui accompagnent les morceaux I Fink U Freeky et Fatty Boom Boom.

La scène est éclairée par des blacks lights qui font ressortir les vêtements fluorescents des deux chanteurs. Ninja, tout en longueur, tatoué de partout, nous déverse un flow teigneux et métronomique. Yo-Landi Vi$$er s’égosille de sa voix nasale et grinçante, ponctuée de petits cris aigus qui viennent agacer le tympan. La folie gagne le public, ils sont venus pour mettre le feu et ils embrasent tout. Trois écrans diffusent des vidéos psychédéliques représentant des petits bonhommes affublés de pénis énormes. On plonge au coeur de l’esthétique white trash avec une énergie monstrueuse. Les basses secouent chaque recoin du corps. Le son ne laisse pas de répit.

On retrouve les excellents I Fink U Freeky et Fatty Boom Boom toujours efficaces. La chanteuse se change tout au long du concert et passe d’un style hip-hop ultra large à un mini short et T-shirt court qui laisse peu de place à l’imagination. L’intro de Rat Trap 666 résonne dans tout le festival. Version humanoïde d’un Pikachu sous coke, Yo-Landi Vi$$er frappe avec conviction le postérieur de la danseuse qui twerke sans retenue à ses côtés. Les écrans s’illuminent d’images de pièces de jeux vidéos vintage sur Richie B***h, et les masques d’animaux sont de sortie sur Pitbull Terrier. Ils sont fous et nous le sommes devenus avec eux.

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Grosse tête d’affiche de la soirée, Artic Monkeys était très attendu et a rassemblé un nombre impressionnant de spectateurs pour clore ce premier jour de festivités.

Le groupe est originaire de Sheffield au Royaume-Uni. Il se forme en 2001 alors que les membres sont encore lycéens avec Alex Turner au chant et à la guitare, Jamie Cook deuxième guitare, Andy Nicholson à la basse et Matt Helders à la batterie qu’il a appris en autodidacte. Le premier EP Five minutes with Artic Monkeys sort en 2005 puis peu après le single I Bet You Look Good On The Dance Floor les propulse à la première place des charts anglais. Le premier album Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not est un énorme succès qui installe le groupe dans la position de favori du public, ce qui sera reconnu par les NME Awards 2006, où ils seront sacrés meilleur groupe britannique, meilleur nouveau groupe et meilleure chanson avec I Bet You Look Good On The Dance Floor. Nick O’Malley remplace alors Andy Nicholson suite à son départ.

S’ensuivent quatre albums remportant tous un succès tant auprès des médias que du public. Le dernier opus en date sorti en 2013 est reconnu meilleur album de l’année aux Brit Awards. Avec des textes ciselés et des guitares puissantes, Artic Monkeys s’inscrit au cœur du rock progressif et ouvre ainsi la référence à un public plus large que leurs prédécesseurs.

Le groupe entame le concert sans faire de concessions et balance d’emblée leur titre phare du moment Do I Wanna Know. La suite de la setlist est une succession de leurs meilleurs morceaux avec alternance de tubes et de titres moins connus. Les guitares sont mises à l’honneur tout en laissant sa place à la mélodie. Alex Turner est en place, et incarne parfaitement l’image et la voix du groupe. Le jeu de lumière est superbe et amène une dimension supplémentaire à la couleur sonore de l’ensemble. L’esthétique est efficace, la prestation sérieuse. Ils ont le professionnalisme des grands et leur public est là pour le savourer.

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