Samedi 27 septembre 2014, j’ai atterri dans la salle du Pan Piper pour les Rendez-vous Francofonik, organisés par le collectif Only French. En 2014, une série de cinq concerts est organisée pour mettre en avant des artistes francophones mais pas seulement français, et valoriser la francophonie et l’utilisation de la langue française dans la musique.

La salle est étonnamment grande, quelques tables et chaises sont disposées de façon aléatoire. On ne sait pas très bien si l’on est dans un bar, une salle des fêtes ou une salle de concert. Le public est très hétéroclite. Il y a des jeunes, des moins jeunes, tout le monde parle français mais on sent que plusieurs continents sont représentés. On commence le voyage dès l’entrée dans la salle.

La soirée s’ouvre sur un court métrage, intitulé “Dix mots à la folie”. Des enfants, des patients d’hôpital, des adultes, profs ou non, des personnes âgées, etc, sont interrogés sur la signification de différents mots. Ces mots sont français et parfois un peu oubliés comme “hurluberlu”, “s’enlivrer” ou “charivari”. Le résultat est à la fois poétique et hilarant. Ainsi “charivari” devient “un chat qui arrive à rire”

 

Une petite présentation précède l’entrée sur scène d’Hervé Lapalud. Ce musicien poly-instrumentiste aux allures de clown nous propose de la chanson française remixée aux couleurs des musiques du monde. Il revisite Le poinçonneur des lilas à la sauce burkinabé. Il donne de l’énergie et demande au public de participer mais l’accueil est assez timide. Certains spectateurs se lèvent quand même pour une farandole lors de la deuxième chanson suivant son invitation : Ce serait bien si tous les gars se prenaient par la main”. Il prend la guitare pour Blanche-Neige, jolie chanson romantique composée au Québec, mais qui de l’aveu de l’auteur, ne parle pas du tout du Québec. Il enchaîne avec Taxi Broussi composée lors d’une tournée à Madagascar. Le public se réchauffe et lui offre quelques grands éclats de rire sur Vivement que ma femme prenne un amant, enveloppée dans une ambiance presque rock’n’roll.

 

Benoît Paradis trio s’empare ensuite de la scène pour y être aussi à l’aise que dans son salon. Le chanteur Benoît joue de tous les instruments : guitare, trombone, trompette, batterie de façon aussi tranquille que loufoque. Il est accompagné par Chantal Morin au clavier et Benoit Coulombe à la contrebasse. Avec son accent québecois à couper au couteau, il monte sur une chaise pour envoyer la première chanson. Un pied sur l’assise, un autre sur le dossier, il trône comme drôle d’oiseau sur son perchoir, au milieu de la scène. Tignasse hirsute et lunettes rondes, il prend son trombone à piston pour une démo décomplexée intitulé Le trombone. Benoit Paradis Trio nous propose un jazz vocal extrêmement drôle et un peu dingue. Benoit Paradis passe à la batterie pour une chanson sur un type qui cherche l’amour et qui finit par aller l’acheter sur un trottoir.  Les textes sont remplis d’humour noir et d’absurde. Il s’arrête pour nous lire une poésie hésitante décrivant le quotidien d’un gagnant du concours de malchance au quotidien.

Les morceaux laissent entrevoir d’excellents solos de contrebasse et de claviers. Il attrape la trompette pour une adaptation de Je Fume de Boris Vian de son propre aveu: “en québécois et à propos d’autre chose“. Il prend une guitare minuscule et nous présente la chanson suivante “elle s’intitule c’est un mot de 3 lettres“. Il s’excuse pour la chanson qui va suivre de ne “pas danser la danse de la réalité “. La chanson débute à peu près normalement puis Benoit commence à se tortiller de façon incompréhensible et sort en hurlant de la scène. Il revient pour nous asséner : “la réalité dépasse l’affliction“. Benoît Paradis Trio est un groupe qui manie l’humour comme personne. En dehors de l’impressionnant jeu de scène, il faut souligner la belle mélodie que le chanteur met en avant grâce à une voix teintée de nombreuses nuances. Benoit nous invite à siffler : “Fais comme l’oiseau, ça vit d’air pur et d’eau fraiche“. Il manie le skat avec une facilité déconcertante et le fait même glisser vers un beatbox hilarant. Il envoie ensuite un slam dingue sur un corbeau qui marche dans la rue. Benoît Paradis Trio nous a fait pleurer de rire avec son jazz parodique et sa présence scénique proche du surréalisme.

 

Un petit entracte précède l’arrivée de la belle Gasandji. Sacrée “Talent RFI (Radio France Internationale)”, son nom signifie “celle qu’on écoute”. Le premier morceau s’ouvre sur un superbe solo à la flûte traversière. La chanteuse s’avance, guitare acoustique en main. Sa voix est magnifique et sublime des textes en lingala. Les chœurs africains qui l’accompagnent sont doux, apaisants. Le flûtiste se lance dans des solos endiablés soutenus par une batterie énergique. La sublime Gansadji nous joue des arpèges clairs et aérés. Le deuxième morceau change de tonalité et penche vers un funk dynamique pour Je tuerai le temps chanté en français. Le flûtiste est passé à une percussion africaine qu’il cale sous son bras. Le texte est magnifique, la maîtrise vocale est impressionnante et toute en nuances. Le percussionniste et le batteur se livrent à un battle joyeux et soutenu. Les spectateurs se lèvent pour danser.

La chanteuse s’amuse avec ses musiciens et montre un dynamisme contagieux. Elle nous lance : “On est samedi, on peut danser. Il faut libérer son corps”. Elle se lance a capella accompagnée des chœurs de ses musiciens, puis la musique s’installe. Gasandji est chaleureuse, belle, et impressionnante de simplicité. Elle rayonne sur scène et nous régale de moments de danse endiablés proches de la transe. Un des morceaux s’intitule Ebalé qui signifie “Le fleuve” et qu’elle présente comme une chanson pour chérir ce que l’on a autour de nous. Le morceau suivant est Telema, qui évoque le fait de se lever pour un changement, un monde nouveau. La chanteuse nous avoue qu’elle a la naïveté de croire que les choses peuvent changer et qu’elle y croit encore. Le public danse sans modération. Excellente guitariste, Gasandji laisse la scène à ses musiciens le temps d’une chanson. Elle explique que son père lui avait interdit de faire ce métier puis était revenu sur sa décision au vu de l’entêtement de sa fille et lui avait dit de le faire à fond. Effectivement sur scène elle donne tout ce qu’elle a, pour notre plus grand plaisir.

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