Pour le dernier concert du Domaine Jazz Festival, Sophie Alour nous propose en première partie un jazz doux et mélodique à la clarinette et au saxophone. La musicienne joue avec sérieux, très concentrée sur son instrument. Elle est accompagnée du claviériste Florent Gac qui colorera sa musique d’un son d’organon bien jazzy. La batterie menée par Frédérique Pascua a un petit quelque chose de joyeux et sympathique et nous envoie de belles envolées de cymbales. L’éclairage est feutré et met en valeur le trio sur scène. Sophie Alour n’hésite pas à s’éloigner pour laisser la vedette à ses musiciens qui s’en amusent. Ils nous offrent plusieurs duos d’instruments aux allures de questions-réponses entre les musiciens. On assiste à de bonnes désynchronisations et à un jeu en décalage de gammes très intéressant. Il y a foule de notes bleues un peu dissonantes.

La prestation présente ensuite l’album Shaker sorti en mars dernier. Le premier morceau a été écrit pour Rodha Scott, puis testé et mis à l’épreuve sur ce disque. Elle enchaîne avec le morceau Comptine issu du précédent album intitulé Uncaged. Elle se saisit ensuite du saxophone qu’elle emmène se promener entre les graves et les aiguës avec une décontraction manifeste. Le son est doux et caressant dans les tonalités d’un jazz cool aéré. L’interprétation est sérieuse et appliquée. Elle reprend la clarinette et indique le tempo en claquant des doigts. Le rythme s’accélère au fur et à mesure. Elle dessine tranquillement sa ligne mélodique pendant que le claviériste et le batteur l’accompagnent et restent attentifs aux moindres changements de tons. Quelques excellentes rythmiques surprennent l’oreille et soulignent le brio du batteur. Le son d’organon donne un petit côté 70’s à la texture des mélodies du clavier. On saluera le très beau jeu de lumière qui met en valeur les ambiances de chaque morceau. Le trio nous interprète ensuite une belle reprise de Stars Fell on Alabama. Le saxophone reprend du service pour un morceau dans un pur style new-yorkais. On imagine les volutes de fumée sortir d’une cigarette mal éteinte dans un cendrier de bar. L’avant-dernier morceau s’intitule I Want to Move my Body et propose un magnifique solo de batterie qui laisse le public sans voix. L’improvisation est variée, alternant doubles croches, changement de rythmes et désynchronisations surprenantes. Le dernier morceau s’organise autour d’un court thème répétitif à l’orgue sur lequel Sophie brode une histoire douce et lente au saxo. La batterie donne une ampleur aérienne au morceau. Le trio nous a proposé un jazz cool maîtrisé, peut-être un peu sage, mais qui a l’avantage de plonger le spectateur dans une ambiance détendue et agréable.

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L’atmosphère change radicalement à l’arrivée de Mina Agossi. Cette grande béninoise à la coiffure afro balance une soul suave à l’instrumentation jazzy à souhait. La voix est claire et chaude, et nous susurre “On va jazzer, groover”. Elle présente les musiciens et notamment à la basse Éric Jacquot avec qui elle joue depuis plus de dix ans. Ce soir, le public a droit à deux batteurs, dont un jeune de 24 ans et Philippe Comble en deuxième batterie, présenté comme l’initiateur du bop et du be-bop en France. Elle charme ses musiciens lors de chaque présentation et insiste lourdement sur le guitariste PhilReptil” et ses chaussures en croco. Côté chant, Mina Agossi offre des nuances vocales très intéressantes allant du rocailleux grave au clair médium aigu, on notera quelques problèmes de justesse à certains moments. Elle ramène sur scène un tabouret de bar pour s’y appuyer et a l’air quelque peu alcoolisée. Les textes alternent entre un anglais à l’accent frenchy, un espagnol langoureux et un français ondulant. Les batteurs s’opposent lors d’un excellent duel rythmique. Le set s’organise autour d’une ambiance de voyage. La reprise de Aquellos Ojos Verdes de Nat King Cole nous emmène en Espagne avec son chant langoureux et traînant. La chanteuse n’a pas l’air tout à fait sûre d’elle lorsqu’elle nous propose d’aller faire un tour au Bénin et qu’elle appelle sa tante Christine sur scène pour lui faire chanter un bout de chanson à travers le téléphone. Elle poursuit avec le morceau La vallée qu’elle termine a cappella avec de superbes vocaux dans un style africain.

Les musiciens enchaînent avec une ouverture plus expérimentale que Mina Agossi ponctue d’un chant blues assez lent. Le batteur fait grincer ses cymbales, puis le rythme s’installe. Mina lâche complètement sa voix et improvise des incantations évoquant les negro spirituals. L’instrumentation glisse vers un style plus rock avec de gros riffs de guitare. Elle invite ensuite le violoniste Alexeï Aïgui qu’elle considère comme l’un des plus grands violonistes russes. La conjugaison entre la tonalité slave du violon, l’ambiance jazz-blues et la couleur africaine donnée par le chant propose quelques passage magnifiques. Les musiciens présents sur scène s’amusent et ont parfois du mal à finir leurs morceaux. Le concert se termine un peu bizarrement, les roadies intervenant plusieurs fois sur scène pour indiquer aux musiciens de s’arrêter avant de carrément couper le son et baisser les lumières. Cela n’empêchera pas au groupe et à Mina Agossi de continuer de sa voix ondulante à parler/chanter devant un public qui s’est laissé gagner par l’enthousiasme général. Les spectateurs se lèvent pour une standing ovation qui récompense plus la désinvolture joyeuse dans laquelle s’est déroulée la prestation que la qualité vocale du concert de ce soir.

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