Me revoilà pour la deuxième partie de ce best-of consacré aux albums qui ont illuminé mon année 2014 ! En espérant que vous aurez autant de plaisir que moi à découvrir toutes ces disques, et tous ces groupes… Pour ceux qui auraient raté la première partie, allez voir là-bas si j’y suis, comme disait Jésus !

 

MAC DEMARCO – SALAD DAYS
(INDIE ROCK FRANCHEMENT POSEY)

07 mac demarcoBon. Pour commencer, si vous ne connaissez pas Mac DeMarco, faites-vous une faveur, ouvrez une bière et allez regarder Pepperoni playboy, le documentaire de Pitchfork sur ce drôle de bonhomme. Mac DeMarco est un mec marrant, mais surtout, Mac DeMarco est un mec comme toi. Comment traduire le terme de “slacker rock” dont on l’affuble dans les magazines outre-atlantique ? “Rock pour branleurs” serait le terme le plus proche. Ça vous donne déjà une idée.

Les ambiances évoquées par cet album ? Les après-midi à ne rien foutre, les soirées arrosées au bord de la plage, les sessions de skate sous un soleil bien trop insistant… Ce son de guitare, chantant et si particulier, vous coupe de l’envie d’accomplir toute tâche un tant soit peu constructive. Le tout est plutôt calme, à cheval sur des sonorités surf-rock scintillantes et une rythmique où la section basse-batterie deviennent l’équivalent musical d’un cocktail sur un transat. Les chansons de Mac sont à l’image de sa personne : souriante et sincère, sans prise de tête, avec un goût prononcé pour l’absurde. L’écouter, c’est l’adopter !

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Mac a la réputation d’être généreux et proche de son public. C’est ce que tous les journalistes et musiciens retiennent de lui, cette volonté de rester un mec comme les autres, de rester ce gamin espiègle qu’on aimerait tous être. Matez le documentaire dont je parlais au début, c’est sûr qu’on est loin de Mick Jagger… Mais Mac est un mec cool, et au lieu de vous montrer les voitures de sport qu’il n’a pas, il vous montrera son studio, the place to be, where the magic happens ! Et tout ça en racontant des blagues et en fumant Viceroy sur Viceroy, visiblement heureux de vivre cette vie, simplement être payé à faire ce qu’il aime et être ce qu’il est. Alors si vous allez à un de ces concerts, et que vous arrivez à le coincer derrière un stand de merch, dites-lui de ma part : “change rien, mec, il en faudrait plus des comme toi”.

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OFF! – WASTED YEARS
(PUNK ROCK)

08 offMême dans nos pays occidentaux, développés, démocratiques et tout le toutim, l’âge de la retraite semble reculer un peu partout. On peut observer le phénomène dans divers secteurs d’activités et s’en attrister dans de nombreux cas… Mais dans certainement pas dans le punk ! Keith Morris, qui s’est d’abord illustré comme chanteur de Black Flag, puis comme membre fondateur des Circle Jerks, a derrière lui toute l’authenticité de cette scène underground, et le vécu qui va avec. Ces jours-ci, il se la donne aussi méchamment dans Flag, sorte de réunion des anciens élèves sous amphets destinée à faire de la concurrence à la reformation officielle de Black Flag (qui s’est révélée assez stérile malgré la présence de Greg Ginn himself aux commandes). Bref, le gars a encore la gnaque. Ses coéquipiers de Off! ont, je crois, des CV tout aussi respectables, mais je n’en sais pas beaucoup plus, et je n’irais pas sur Wikipédia pour rattraper mon retard. Sachez juste qu’on a pas affaire à des rigolos ou des convertis de la dernière heure.

Off! ne fait pas les choses à moitié. Riffs abrasifs et précis, batterie pied au plancher, lyrics hurlés dans un microphone qui doit prier pour qu’on l’achève… On a tous les ingrédients qui ont fait que les disques de gens comme les Descendents n’ont pas pris une ride. L’album dont on parle ici dépasse à peine la vingtaine de minutes, autant vous dire qu’il n’y aura pas de pause, et encore moins de prisonniers. N’attendez pas le break sympa façon Blink 182 ! Là, on remonte directement aux racines du mouvement, on fait un peu d’archéologie, et on s’aperçoit qu’on a encore besoin de ce genre de stakhanovistes de la distortion. Sans que j’aie pu avoir la chance d’y assister, leurs live tiennent de la pure fureur, et valent bien qu’on prenne le temps d’écouter quelques digressions du chanteur sur l’histoire du punk, d’ailleurs fort instructives :

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Malheureusement, notre chère ville rose n’a pas eu la chance d’être visitée par ces extraterrestres-là : alors qu’ils tournaient avec les très bons Cerebral Ballzy l’an dernier, on a eu droit qu’à ces derniers, sans la tête d’affiche présente avec eux sur le reste de la tournée… Cela dit, alors que je corrigeais cet article, Toulouse Hardcore (THS pour les intimes) vient d’annoncer que l’erreur serait réparée d’ici mai. Bénis soient-ils ! Apparemment, ils passeront aussi au This is Not a Love Song, un festival dont la deuxième édition (à Nîmes) m’avait comblé. Bref, mes prières ont été entendues.

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Off! est un remède parfait en cas de réveil difficile, ou bien si les cigarettes qui font rire ont brouillé votre vision. C’est également un choix parfait pour aller retourner un skatepark, pousser ses voisins à bout, ou tout simplement passer un bon moment, réunis autour d’un pack de bières avec des gens de plus ou moins bonne compagnie.

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TEMPLES – SUN STRUCTURES
(POP PSYCHEDELIQUE)

09 templesAh, Temples… J’ai pas mal hésité à inclure cet album au classement, et je ne sais même pas pourquoi. J’ai pourtant assez martelé ce petit bijou de pop psychédélique au bureau, après avoir découvert le groupe directement sur scène au festival This is not a love song (message aux amateurs : la prog se profile à peine à l’horizon, mais j’ai déjà ma place pour l’an prochain). Alors pourquoi ai-je donc fait la fine bouche avec eux ? Le fait qu’ils soient plutôt jeunes ? Anglais ? Beaux gosses ? Je sais que pas mal de gens (principalement des hipsters sur Youtube et quelques journalistes en mal d’inspiration) les voient comme de jeunes arrivistes n’ayant rien de nouveau à dire… Ce qui est un jugement très hâtif, et également un peu chauvin.

L’album (le premier du groupe) répond pourtant à tous les critères qui font qu’on aime (ou qu’on déteste) le rock psyché : des mélodies nébuleuses qui vous restent dans la tête, ce son presque oriental des guitares douze cordes, ces rythmiques un peu flottantes qui surnagent derrière une mer de réverbération… Alors quoi, où est le problème ? Les chansons sont bonnes, possèdent une personnalité indéniable, et l’écoute de l’album se fait sans tensions, comme si tout tombait en place, qu’il s’agisse des quelques chœurs ou d’un mur de son. On sent chez ces petits jeunes venus de la perfide Albion un amour sincère pour les belles mélodies et la musique psychédélique. Je vais essayer de ne pas suivre le reste des critiques, qui se sont empressées de trouver LE groupe des sixties à qui comparer Temples, pour en faire de simples pillards et tenter d’occulter leur talent.

Je crois que ce qui gêne les détracteurs du groupe, c’est cette grâce, ce son si typique, qu’on ne peut se borner à comparer à de grands noms de la scène psychédélique. Certes, j’ai cru comprendre qu’il y avait eu un peu de hype autour du groupe… Mais on ne peut pas leur en vouloir d’avoir sorti un album agréable à l’écoute, frais et bien produit, non ? J’ai eu la chance de les découvrir en live, pour constater que leur talent ne se limite pas aux cabines d’enregistrement, et qu’ils étaient tout à fait capables de défendre leur création. Et puis, merde ! Ce gamin de dix ans au festival, sur-fan, qui arborait un tee-shirt à l’effigie du groupe, et traînait un paternel curieux vers la scène alors que le concert allait commencer … Dites-vous qu’il y a des enfants de son âge qui meurent de faim dans le monde. Pire : selon l’OMS, on recenserait encore des millions de victimes du virus Justin Bieber, et ce partout sur notre planète. Parfois, faut se dire que ça pourrait être largement pire… Moralité : n’écoutez pas trop les gens sur ce genre de débats et écoutez directement les disques, si d’aventure on vous demande un avis.

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Bref, comme je le disais plus haut, j’ai pas mal rossé l’album… Et sans me forcer, par pur plaisir, parce qu’en tant qu’amateur du style, je leur trouve quelque chose d’un peu unique, un univers bien à eux. J’hésitais peut-être à le mettre en vertu de sa similarité stylistique (toute relative) avec le numéro un de ce “top”. Ah, et sinon, cet album a eu droit à une version remixée, du premier au dernier morceau ! Je l’ai peu écoutée, mais c’est plutôt sympa, assez reposant dans l’ensemble, tout en préservant le son du groupe, mystérieux et enchanteur. Pour faire simple, c’est du dub, sauf que la pop psyché remplace le reggae en tant que matière première. Peu de chant, une rythmique claire et profonde, des nappes de claviers fantomatiques, des guitares qui se font assez discrètes… Que du bon, tout ce qu’il faut pour continuer le voyage !

icone bandcamp BandCamp de Temples

 

GOAT – COMMUNE
(AFROBEAT VS PSYCHEDELIC ROCK)

JMascis_TiedToAStar_LPJacketGoat, j’imagine que ça se vit. On peut en parler, mais le mieux est déjà de vous mettre dans l’ambiance en allant écouter un de leurs lives. Tenues traditionnelles, voix qui appellent à la transe, percussions omniprésentes, basse lunaire, riffs de guitare inspirés par on ne sait quelle musique tribale, le groupe suédois en impose. Les deux chanteuses du groupe mènent le rituel, dansant telles des possédées, agitant leur tambourin… Un appel à la danse qui semble sans fin, et qui pourrait tout aussi bien provenir du fin fond du Mali ou d’un marché bondé du Moyen-Orient. On est dans un endroit hors du temps, transporté par une musique répétitive, et pourtant fantastique. On devrait prendre les mecs qui écoutent de l’électro minimale, les attacher à une chaise, et leur faire écouter ça jusqu’à ce qu’ils craquent… Et demandent à être détachés pour se trémousser sur ces rythmes extraordinaires, relevant du psychédélisme sans vraiment en être ou avoir besoin de s’en revendiquer. Et enfin leurs âmes et leurs oreilles, souillées par la musique digitale et sa démesure, seront lavées de tout péché.

Oui, je m’enflamme beaucoup, pour un groupe qui n’est qu’à la dixième place du classement, mais je me suis mis à écouter ça il y a peu de temps, et j’ai été pris à la gorge… Je crois avoir découvert ce groupe sur les conseils d’Iggy Pop. Pas sûr, mais tout à fait cohérent. C’est ce genre de musique, au-delà du temps, au-delà de l’espace, que cherchaient à produire des groupes comme Can ou les Stooges. Pour trouver quelque chose de semblable, il faut aller écouter d’obscurs groupes d’afrofunk qui officiaient dans les années 70, un peu partout en Afrique. L’ambiance dans les concerts doit être extraordinaire, et je pense que si un club laisse ces mecs jouer pendant quatre heures d’affilée, la piste de danse ne sera jamais vide. On est dans un jam entre aliens, où les chansons continuent à évoluer au fil des concerts et des répétitions, si bien que l’enregistrement d’un morceau pour tel ou tel album ne vient jamais figer les choses. Ce qui doit être sacré, pour ces musiciens, ce n’est pas le fait de capturer enfin une version finalisée issu d’une improvisation ou d’une autre, mais bien de remettre sans cesse le couvert, sans chercher à reproduire ce qui a déjà été fait. Le chemin est plus important que le but du voyage en lui-même, disaient les anciens, et c’est sûrement cet esprit qui prévaut au sein de la formation.

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Je pourrais continuer pendant des heures sur ce groupe, car ils sont le symbole d’une créativité débordante et décomplexée, à mille lieux des calculs et des jeux de pouvoir. Sur la scène, les masques nous rappellent que ce n’est pas l’homme en lui-même qui importe. La musique traverse chaque membre de ce groupe génial, et chacun s’y abandonne, pour devenir une simple antenne, réceptive à ce qui l’entoure. Cela est la définition que l’on donne parfois du chamanisme, et elle va diablement bien à Goat ! Si vous cherchez quelque chose d’original,  à la fois exotique et universel, tout en restant incroyablement funky, précipitez-vous sur leur deuxième album, Commune. Vous ne serez pas déçus, on a vraiment affaire au Tinariwen du cercle polaire.

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BLACK BANANAS – ELECTRIC BRICK WALL
(ELECTRO ROCK DEJANTÉ)

11 black bananasNoisey définissait la bande à Jennifer Herrema comme du “George Clinton sous MDMA aux manettes d’un album des New York Dolls“. Je vois pas tellement le besoin de développer quand ce genre de chose a été dite, mais je vais faire un effort. Pour commencer, il faut admettre que leur musique est une offense à toute forme de modération artistique, un véritable complot contre les notions de bon goût des uns et des autres. Mais quoi de plus naturel quand on a grandi entre le hardcore de Minor Threat et le groove extraterrestre de Funkadelic ? Il suffisait d’y penser, et certains musiciens n’ont pas peur de jouer les apprentis sorciers… Pour notre plus grand bonheur. Les Black Bananas ? Il en faudrait plus, des groupes comme ça !

Le groupe est mené par la très charismatique Jennifer, sosie féminin de Joey Ramone et accessoirement chroniqueuse de mode aux goûts très personnels. Ils délivrent une musique complètement barrée, qui mêle du crunk sous acide à du disco un brin ringard, le tout arrosé de quelques réflexes hérités du heavy metal le plus douteux. Le plus drôle dans l’affaire, c’est que tout marche plutôt bien ! Les morceaux sont euphorisants, leur évolution rarement prévisible, et même si l’aspect fun de la chose est immédiat, il faudra plusieurs écoutes avant de vraiment s’imprégner des morceaux, d’en apprécier la construction et l’habillage. La production est fournie mais bien sentie, et derrière les murs de ghettoblasters, se cache finalement une sensibilité pop évidente. On a affaire à des gens qui n’ont pas envie de faire semblant, pas le temps de correspondre à ce que d’autres attendent d’eux. Le but est de faire ce qui semble indéniablement cool et entraînant, sans se préoccuper de la façon dont le prochain album sera reçu. A ce titre, même la signature en major de Royal Trux, le précédent projet des membres de ce commando flashy, n’aura réussi à entamer leur détermination à n’écouter que leur instinct.

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Sur ce, je vous laisse pour aller découvrir les faits d’armes de Royal Trux. L’avantage, avec ce genre de groupe, c’est qu’on a pas fini d’être surpris. Et d’avoir envie d’être surpris. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde, malheureusement…

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SHE HUNTS KOALAS – EP I
(POST ROCK BIEN GRAS)

12 she hunts koalasPour le dernier disque de ce classement (qui je le rappelle, est tout à fait personnel subjectif – c’est la seule forme d’honnêteté dont je sois capable en la matière), je me suis permis d’inclure l’EP de ce groupe. Je précise, histoire de ne laisser planer aucun doute, que j’ai connu le groupe par le biais de son bassiste et chanteur (vu qu’on avait un ami en commun, pour faire simple). J’ai donc suivi le groupe depuis ses débuts, ou presque, et si j’en parle aujourd’hui, c’est bien parce qu’ils ont accompli beaucoup de chemin, et pas par copinage.

Le son du groupe, que l’on pourrait qualifier de post-rock, shoegaze, doom ou encore stoner (ou plutôt les quatre en même temps, tant qu’à faire), je l’ai d’abord vu évoluer en live. Au fil du temps, les compositions ont acquis une patte bien personnelle, même si on pourrait s’amuser à comparer les sonorités et les arrangements à tel ou tel groupe reconnu. La musique est devenue à la fois plus pesante et plus aérienne. Une sorte d’ouragan filmé au ralenti, traversé par des éclairs de guitares narquoises et déchirantes, avec le soutien sans faille d’une basse tonitruante et d’une batterie épileptique. On est comme abandonné face à un mur de son, bercé par une rythmique monumentale, avec pour seul repère rassurant le chant, qui reste généralement clair et un peu traînant, créant une ambiance sombre mais non dénuée de contrastes. A noter que, si vous les croisez sur scène, vous constaterez la présence d’un clavier… Je n’ai vu qu’un concert dans cette configuration, et je ne saurais encore juger de la direction que prendra la musique du groupe, mais on peut s’imaginer que la présence d’un nouvel instrument leur ouvrira de nouvelles possibilités, et devrait amener quelques changements dans la façon de composer la suite à cet EP… Qui est déjà une très bonne surprise, et fait honneur à la scène rock toulousaine.

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She Hunts Koalas commence à tourner un peu partout en France, et 2014 les a vu apparaître dans le tracklisting d’une ou deux compilations dédiées à la scène psychédélique actuelle. Je ne sais pas si j’ai réussi à vous convaincre, mais ce qui est sûr, à mes yeux, c’est qu’il va falloir suivre ces gars-là d’assez près, le meilleur est encore à venir…

icone bandcamp BandCamp de She Hunts Koalas

Merci d’avoir lu cette chronique jusque-là, merci au staff de Désinvolt de m’avoir accepté dans leur grande famille d’amoureux de la musique, et encore une fois, bonne année à tous, même si je suis bien à la bourre !