Alors oui, je sais, j’ai un peu raté le coche. Si on a pu voir des myriades d’articles similaires à celui-ci dans les divers magazines musicaux autour du mois de décembre, on peut considérer que mon papier arrive un peu après la bataille… Je ne m’en défends pas spécialement, c’est juste qu’on ne m’avait pas proposé l’idée avant. Je vous ai donc fait une petite sélection, tout à fait personnelle et subjective, il faut bien le dire…

J’ai bien apprécié l’exercice, même s’il m’a créé quelques problèmes de conscience (virer Warpaint pour inclure Temples, à titre d’exemple) mais m’a aussi permis de me rendre compte que cette année avait été bien remplie. Et en vertu de ça, je recommencerai avec plaisir l’an prochain. Sur ce, étant donné que j’apporte les dernières corrections à cet article le 26 janvier, je vous souhaite bonne année tant qu’il est encore temps !

 

JOEL GION – APPLE BONKERS
(POP PSYCHEDELIQUE)

01 joel gionAprès presque une décennie passée à dire tout le mal possible et imaginable d’Anton Newcombe et son groupe (sans vraiment connaître leur travail, qui plus est), le Brian Jonestown Massacre, 2014 fut pour moi l’année du changement. Même si j’avoue que leur prestation au festival This is not a love song de Nîmes m’a laissé totalement indifférent (ne me demandez pas d’explication scientifique à ça), j’ai peu à peu réussi à dépasser les préjugés que j’avais eus après avoir vu – il y a presque dix ans, maintenant – le film Dig, qui montrait à la fois leur ascension et leur descente aux enfers, sans que l’on ne sache jamais trop où l’on en est.

Parmi les nombreux membres à avoir marqué l’histoire du BJM, on trouve un OVNI au charisme certain, Joel Gion, principalement connu pour une présence scénique toute en retenue, ainsi qu’un jeu de tambourin qui, s’il participe incontestablement au son du groupe, a souvent donné lieu à des débats tels que “qui est ce mec qui a l’air de planer depuis tout à l’heure, et qui ne fait rien d’autre ?”. Mais ne vous y trompez pas : toutes ces années passées à faire le métronome ont payé, et celui que l’on pouvait encore considérer comme un gentil clown psychédélique il y a quelques années, a sorti en 2014 un album qu’il est difficile de ne pas aimer. Des airs accrocheurs, qui semblent couler de source, des arrangements plutôt simples mais toujours diablement justes, pour un album aérien, qui s’écouterait littéralement en boucle… Pour être honnête, j’ai commencé à le prêter à mes amis pour essayer d’écouter autre chose ! Au final, depuis ce concert du BJM (que je regretterai encore un bon moment), j’ai écouté son album solo, je l’ai vu en live (c’était génial, faut-il le préciser), et je me suis finalement goinfré de BJM pour rattraper le temps perdu. Comme quoi…

Je ne suis pas allé vérifier les noms des musiciens, mais le son laisse à penser que Joel a invité les musiciens du BJM pour donner vie à ses idées. Vous n’aurez qu’à  appuyer sur play, et vous laisser emporter par ce petit bijou psychédélique. N’hésitez pas à faire tourner ce disque autour de vous si vous y accrochez : je l’ai fait, et j’ai eu des retours très enthousiastes, par des gens dont les goûts vont du blues à l’électro, en passant par le metal le plus heavy.  Une très bonne surprise, un album que personne n’attendait… Et un artiste dont on peut à présent attendre de très bonnes choses !

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J MASCIS – TIED TO A STAR
(FOLKY POP)

02 j mascisDinosaur Jr, le groupe dans lequel Jay Mascis a acquis sa réputation de guitariste flamboyant et de songwriter de talent, n’a jamais été très connu en France. Et les gens ne savent pas ce qu’ils perdent ! Né comme moi en 1985, le groupe s’est vite imposé comme une figure clé de l’underground, occupant une place tout aussi importante que les Pixies ou Husker Dü dans de l’émergence du grunge, dans cet âge d’or du rock indépendant américain. Mais si Jay a fait de la guitare électrique son arme de prédilection, il n’aurait pas à rougir si jamais ses murs d’amplis viennent à le lâcher. La qualité d’écriture de ses chansons se suffit largement à elle-même, et une guitare acoustique suffit à nous faire voyager.

On retrouve bien entendu l’identité mélodique qui caractérise le bonhomme sur ce second album acoustique. Pas de grande surprise par rapport au précédent, mais tous les éléments sont présents pour ne pas décevoir l’auditeur : des orchestrations inventives mais pas envahissantes, des featurings aussi discrets qu’intelligents, des morceaux mélodiques et lancinants… Et toujours ces pochettes magnifiques signées Marq Spusta, qui ont séduit Jay Mascis et ses acolytes depuis le génial Farm, second album sorti après la reformation de Dinosaur Jr.

Certains morceaux sortent du lot, comme Heal the Star, qui opère une mutation surprenante une fois passées les trois premières minutes… On retiendra également Drifter, un instrumental qui résulte d’expérimentations avec des accordages alternatifs. Le guitariste, incollable sur la façon de faire sonner des guitares électriques, confirme qu’il a tout autant de facilité à créer de petits mondes sonores avec l’aide d’une simple guitare sèche et d’un ingénieur son à l’écoute de ses envies. Si l’on ne pouvait attendre une révolution de la part d’un homme qui sait qu’il doit peaufiner son style et continuer à l’explorer, Jay Mascis confirme une fois de plus sa grande créativité. Quand on sait que le mec participe à plus ou moins quatre groupes à la fois… Ah, en bonus, sachez qu’il a joué dans un excellent film sorti l’an dernier ! Ça s’appelle The double, je vous laisse découvrir son caméo, qui fera bien rire ses fans, et peut-être aussi les autres… En attendant, foncez rejoindre Jay Mascis sur sa planète avec ce disque !

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TY SEGALL – MANIPULATOR
(GARAGE ROCK)

03 ty segallAh, en voilà un qu’on attendait au tournant ! Le grand Ty nous avait surpris en 2013 avec un album acoustique génial et fantomatique, Sleeper… Avant de rassurer ses fans les plus cramés avec la formation du groupe Fuzz, où il garde le micro, mais échange la guitare contre une batterie . L’idée : faire très mal à vos oreilles et essayer (en toute modestie) de faire de la concurrence à des sultans du riff tels que Black Sabbath et Blue Cheer.

Mais revenons à cette livraison de 2014. Manipulator est un double album, exercice qui peut s’avérer fort périlleux pour un groupe de rock, mais que le Ty Segall Band a su relever avec brio. Dans l’ensemble, l’album est plus pop que ce que nos lascars ont fait jusque là, et a apparemment dérouté une poignée de fans.  Néanmoins, ce virage artistique n’est pas si déroutant que ça. Même si les claviers sur le morceau-titre peuvent surprendre, écoutez simplement Feel, qui vous scotchera littéralement au mur (sans parler de l’effet produit en live). Sur l’album, on passe de la très calme ballade The singer à la sauvagerie garage de It’s over, et il faut admettre que Ty et sa bande ont bien planifié leur coup, pour que ce double album ne vous laisse pas une minute de répit, tout en évitant les démonstrations de force et la surenchère sonore.

https://www.youtube.com/watch?v=O99Id3Iq2fw

Pour avoir vu Ty et sa bande sur scène deux fois cette année, même chose : on ne s’ennuie pas, et je peux vous garantir que ça joue ! Sur scène comme en studio, et sans jamais prendre la grosse tête, Ty Segall confirme les espoirs placés en lui : il élargit sa palette sans trahir le style dans lequel il s’est fait connaître. Une putain de valeur sûre, un artiste qui continue de sortir des disques les uns après les autres, si bien qu’il est difficile de le suivre ! Et pour 2015, on peut être sûr qu’il va nous sortir quelque chose… Qui sait, peut-être une suite à l’aventure Fuzz, initiée par son guitariste, Charles Moothart ? Dans tous les cas, je mordrais certainement à l’hameçon !

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SLEATER-KINNEY – NO CITIES TO LOVE
(PUNK ROCK)

04 sleater kinneyAlors, ouais, si j’avais laissé Warpaint dans ce classement au lieu de les remplacer par Goat, Sleater Kinney aurait été le second groupe de cette sélection à être composé entièrement de filles (sans oublier que White Lung, quant à lui, est aux trois quarts féminin). Hasard ! Et en tant que mec, passablement ignorant du mouvement Riot Grrrl et encore plus de l’histoire du groupe, je ne vais pas en faire des caisses sur ce point. Je préciserais juste que les filles de Sleater-Kinney viennent d’une époque où il était surprenant de voir une fille dans un groupe s’occuper d’autre chose que du chant ou du tambourin. L’idée a fait son chemin… Et pour revenir à 2014, on constatera simplement qu’il y a eu des filles qui ont bien bossé. Fin de la parenthèse féministe.

Cet album est un nouveau départ pour le groupe, qui était en hiatus depuis 2006 pour des raisons que l’on imagine personnelles et/ou créatives. Qu’en dire, sinon que No cities to love est à Sleater-Kinney ce que Beyond fut pour Dinosaur Jr : un retour plus que réussi ! Le son du groupe nous ramène aux grandes heures du rock lo-fi. Les compos, fraîches et punchy, sont mises en valeur par des musiciennes qui ont le bon goût de penser leur musique comme un jam fiévreux entre Sonic Youth et les Throwing Muses. Notons également que les fans de la géniale série américaine Portlandia ont déjà vu le nom d’une des guitaristes du groupe au générique. Au bout d’un moment, c’est un petit monde, le rock indé américain…

Tout comme avec Dinosaur Jr (décidément, on n’arrête pas de parler d’eux), j’ai découvert le groupe via son album de reformation (bien que contrairement à la bande à J Mascis, ce terme ne soit pas aussi évident ici) et je ne peux donc pas trop vous parler de l’évolution du son du groupe. Parmi leurs albums précédents, je n’ai pu écouter que l’avant-dernier en plus de No cities to love avant d’écrire cet article. Cette nouvelle livraison semble peut-être plus pop, avec un son légèrement moins rugueux. Néanmoins, comptez sur cet album pour vous faire sursauter à la première écoute… Et plus si affinités. En tout cas, un excellent disque pour s’initier aux univers fulgurants de Sleater-Kinney.

icone bandcamp BandCamp de Sleater Kinney

 

GO!ZILLA – MAGIC WEIRD JACK
(ACID PUNK)

05 go!zillaLe trio italien, qui nous régale depuis quelques années de son punk garage aux relents d’acide, a notamment conquis le public français grâce à des concerts survoltés. Go!Zilla, c’est avant tout deux guitares aux sons acérés, évoluant au rythme d’une batterie tribale et hypnotique. Ces animaux à sang froid vous laisseront en sueur pour peu que le style vous parle un tant soit peu ! Les morceaux s’enchaînent souvent sans laisser un instant de répit, les amplis crachent tout ce qu’ils ont… On alterne les embardées de distortion et les atmosphères planantes, au cours desquelles la musique du groupe pourrait facilement passer pour du Ennio Morricone sous mescaline…

Je pourrais parler de leurs prestations live pendant encore longtemps, mais sachez juste que s’ils passent près de chez vous, je vois difficilement ce que vous pourriez avoir de mieux à faire qu’à aller ruiner votre audition avec eux. A Toulouse, leurs concerts organisés alternativement par la Psychedelic Revolution et les Brasseurs du Lac ont donné au groupe l’occasion de défendre leur musique avec panache ! Et pour ne rien gâcher, on ajoutera qu’ils sont hyper accessibles, pas le genre à jouer les rock-stars (on dirait que ça revient à la mode, tant mieux). A titre personnel, ce fut un plaisir de jouer les roadies pour ces gars, vraiment… Les Brasseurs du Lac en gardent un très bon souvenir, et le public aussi !

Cet EP sorti en 2014 est une bonne introduction à l’univers bruyant et lunatique de Luca et sa bande. L’album, dans son ensemble, comporte aussi des passages et des morceaux plus aérés, pour ne pas noyer la puissance du groupe dans un son plus massif, qu’ils réservent pour le live.  On y retrouve avec bonheur leur célèbre Grabbing a crocodile, morceau obsédant et abrasif s’il en est. Par rapport à la scène, leur son est ici un peu plus sage, mais qu’à cela ne tienne, je doute qu’il soit possible de passer cette galette sans pousser les potards à fond !

icone bandcamp BandCamp de Go!Zilla
 

WHITE LUNG – DEEP FANTASY
(PUNK ROCK)

06 white lungAvec Sleater-Kinney  Off! et Go!Zilla dans le classement, je me dis que niveau punk, on n’a pas chômé. Et je me suis fait plaisir grâce à eux. Je m’excuse auprès de mes collègues de bureau et les remercie de leur tolérance. Intéressons-nous donc à ce quatuor furieux venu de Vancouver. Une meute sans pitié composée aux trois-quarts de filles, qui imposera une minute de silence aux quelques prophètes qui pensent que le rock, ou le punk (au choix), est enterré.

White Lung est une des raisons pour lesquelles il faut lire New Noise ! Hargneuse et inventive, la musique du groupe s’appuie sur une base toujours solide et décapante pour permettre à Mish de faire des merveilles au chant, banshee déterminée et frontwoman (c’est comme ça qu’on dit ?) naturelle, qui fait qu’une musique aussi saturée en anguleuse arrive à atteindre les hauteurs. Je salue bien évidemment le jeu de guitare de Kenneth William, qui sonne comme un fauve en cage, crachant des avalanches de notes tout au long de l’album. Un véritable Django Reinhardt des bas-fonds urbains, qui excelle à jouer avec les textures et à aligner des arpèges torturés. L’album balance tout autant et se place à la hauteur de ce dont le groupe est capable en live. Une écriture rentre-dedans sans être simpliste, des mélodies en perpétuelle lutte avec un mur de bruit salvateur… En principe, il suffit d’écouter In your home pour être sous le charme. Et en demander plus.

Seul point négatif : encore un de ces groupes dont le destin semble mystérieusement éviter la France pour ce qui est des tournées. Malheureusement. Une seule date au compteur, à ma connaissance, à Paris. Fuck. Je ne leur en tiens pas rigueur, je dirais qu’on a l’habitude… On peut se consoler facilement, tant le genre a été florissant cette année (je m’en rends surtout compte en écrivant cet article), et pour ma part, j’attends leur venue avec impatience ! Ceux-là, ne les laissez pas vous passer sous le nez…

icone bandcamp BandCamp de White Lung

A suivre ! Pour la deuxième partie, ça se passe par là.