Le festival a commencé dès le jeudi soir avec les prestations de Gandi Lake, les énervés Last Train et le très attendu live des Insus (à 400 000 euros le cachet, on espère que ça valait le coup). Le vendredi jouissait d’une belle affiche avec en fin d’après-midi AA, Nuit, The Brian Jonestown et les joyeux lurons de Feu! Chatterton. Nekfeu a soulevé la foule de la scène John avec des bazookas à confettis et un slam en bateau gonflable dans la foule. La soirée s’est enchaînée : Beck, Ghinzu et la belle prestation des Chemical Brothers qui avaient ramené des robots articulés pour l’occasion. La soirée se termine avec The Shoes et l’énergie électronique et les basses de Rone. Sur le festival l’ambiance est assez cool, les scènes sont assez proches, mais l’organisation des concerts permet que les musiciens ne se parasitent pas d’une scène à l’autre. Enfants et adultes s’arrêtent à l’espace Kids pour se faire maquiller, et le tout a un petit côté colonie de vacances intergénérationnelle.

Nous arrivons à Beauregard ce samedi en début d’après-midi. Avec Shake The Ronin sur la scène Beauregard, située à gauche du château du même nom. Les caennais remplacent Atomics Rotors qui a déclaré forfait et proposent une pop-rock ensoleillée et détendue. Les quatre musiciens chauffent doucement le parc de Beauregard avec notamment leur titre Learn To Lose issu de leur EP 47. Le chanteur porte une chemise de base-ball et fait participer un public timide qui répond malgré tout présent. L’ambiance est fraîche et sympathique et annonce une belle journée de concerts.

On file sur la scène John pour les allemands de Get Well Soon qui entrent sur un instrumental de Where Do I Begin. Des lettres rouges dessinent le mot LOVE en décor de scène, nom de leur dernier album sorti en 2016. Les six musiciens occupent bien la scène, pour une pop-rock douce et mélodieuse. Le chanteur en costume a de faux airs de Johnny Cash et la chanteuse nous régale de très jolis vocaux, parfois un peu submergés par le son de la basse. Le soleil est au rendez-vous sur la pelouse du parc pour accueillir leur folk romantique. On saluera le très joli Roland, I Feel You issu de l’album The Scarlet Beast O’Seven Heads.

Sur la scène Beauregard, ce sont les quatre musiciens de The Horrors qui prennent place. Formé au Royaume-Uni en 2005, le groupe sort son premier album Strange House en 2007. Ce soir dans l’air normand, les boucles au clavier dialoguent avec de grosses guitares saturées. Le chant tire vers une dimension cold wave légèrement punk, malgré un retour limité sur la voix. Le chanteur Faris Rotter est dégingandé et virevolte sur la scène. On apprécie les bonnes attaques de toms à la batterie. Le style du groupe a une petite touche indus avec des guitares furieuses et stridentes et des moments plus mélodiques. On assistera à quelques envolées de claviers qui donneront un côté électro presque jungle.

On file en vitesse sur la scène John pour accueillir les excellents Naive New Beaters et leur prestation survoltée. Le groupe est vêtu de combi-costards à bandes noires du plus bel effet. C’est un vrai régal sur scène. Le chanteur David Boring s’est donné des airs d’indien du Mexique et nous offre des ondulations du bassin du tonnerre pour un “Chalouping Drop” endiablé. Les trois garçons sont venus accompagnés d’une batteuse hyperactive et d’une bassiste solide qui donnent une pêche dingue à leur électro-pop-rock acidulé. C’est la première fois qu’ils passent à Beauregard, c’est donc avec le petit doigt en l’air qu’on leur souhaite la bienvenue. Le claviériste Eurobelix est tombé dans un trou la veille et se retrouve en béquilles, ce qui fait une belle occasion au chanteur pour lui dédicacer Shit Happens. Les échanges nombreux avec le public se font dans un français quasi parfait.Un bel hommage est rendu aux musiciennes sur Heal Tomorrow. David Boring est increvable et nous demande si l’on est “ready to chaloupe“. Leur énergie est contagieuse, un pantomime de duel s’organise entre David et le guitariste Martin Luther BB King sur Bang Bang. Le chanteur ordonne “Les mecs faites monter une meuf sur vos épaules !” soi-disant pour mettre les filles en position haute. On enchaîne avec Can’t Choose et David sautille de plus belle pendant que Eurobelix parcours la scène à cloche-pied. La batteuse joue debout et sans grosse caisse, assurée par les machines. Ce concert est un merveilleux bordel, rempli de punch et de “big up“. Comme dirait le chanteur : “L’album A La Folie sort le 22 juillet, tu l’achètes en triple exemplaire !“. Le groupe vient de signer le début des vraies hostilités à Beauregard. On se sent enfin dans un festival d’été.

Le plein d’ondes positives continue avec les filles de Brigitte sur la scène Beauregard. Le duo a ramené flamants roses et palmiers pour une ambiance dilettante et tropicale. L’entrée en scène se fait à coups de samplers avant que ne résonnent les premières notes de L’Échappée Belle. Les filles ont le sourire collé au visage et ont enfilé leur belle robe noire scintillante et leurs talons aiguilles dorés. Les musiciennes sont toutes vêtues de noir et portent un masque blanc. Après Coeur de Chewing-Gum, Aurélie prendra quelques instants pour évoquer son parcours du combattant afin d’avoir un enfant. Parcours qui l’a conduite à écrire le très beau J’veux Un Enfant, qu’elle interprétera à la guitare acoustique et qui mettra quelques larmes dans les yeux de certain spectateurs. On bifurque vers une ambiance plus légère avec A Bouche Que Veux-Tu ? puis Ma Benz dans une version électro sombre et puissante. Leurs robes pailletées dessinent un cœur dans leur dos, les mains se lèvent pour les superbes vocaux et la chorégraphie plein de sensualité sur La Vengeance D’une Louve suivi par J’Sais Pas. Elles dédicacent Plurielle à leurs mères, sœurs, filles, amies, nanas, aux mecs à côté de ces nanas, à la liberté, aux filles qui sont toutes belles, maquillées ou légères, mamans et putains. C’est émouvant, chaleureux et très bien interprété. Jesus Sex-Symbol est réinterprété façon gospel juste avant le formidable Hier Encore. On termine le concert tout sourire avec Battez-Vous. Un vent de douceur et pep’s.

Il est 20h30 lorsque La Femme s’empare de la scène John. Plusieurs titres sont issus de leur prochain album qui sort le 2 septembre. Les musiciens ont des dégaines improbables et le son est enrobé d’une grosse orchestration électro-punk. Clémence se fait impassible avec son col-roulé pastel qui contraste avec la tignasse rousse et le look à la Plastic Bertrand de Marlon.  L’orchestre déglingué est remonté à bloc et attaque fort avec Packshot suivi du douloureux Mycoses. Leur côté punk 80’s est plein de folie et de fraîcheur. Les notes de Si Un Jour retentissent et mettent le feu au public. Nous Étions Deux se fait strident et poursuit les festivités. Les slams vont bon train dans les premiers rangs. Le micro est jeté dans la foule est revient après une folle traversée. Ils poursuivent leur délire avec Où Va Le Monde et le psychédélique It’s Time To Wake Up (2023). La prestation de La Femme évoque un mariage fou entre Billy The Kick et Vive La Fête. Les musiciens s’octroient une petite pause clope avant de balancer Sur La Planche, monstrueusement efficace. La fin de concert est complètement borderline et jouissive. Une superbe prestation !

On se pose un peu devant la scène Beauregard pour la prestation de Robert Plant & The Sensational Space Shifters qui entre sur le furieux Misirlou de Dick Dale (Pulp Fiction). Le groupe installe une ambiance blues-rock à souhait avec un son impressionnant et des guitares qui résonnent. On a le droit à quelques bonnes reprises de Led Zeppelin, notamment une superbe version de Black Dog. L’ancien de Led Zep est venu accompagné de l’immense Juldeh Camara armé de son goje et de sa plus belle voix. L’interprétation vocale est toute en douceur alors que la batterie et les guitares se font vrombissantes. Les chœurs africains rendent un bel hommage à l’âme noire du blues. Avec ses cheveux longs et sa chemise country, Robert Plant garde une dimension intemporelle. Les instrumentaux à la guitare acoustique sont particulièrement agréables sur Baby, I’m Gonna Leave You. La conviction est toujours présente et palpite dans la voix de l’artiste. Le groupe nous offre un joli salut collectif avant un rappel bien senti, ce qui sera l’unique sur cette journée de festival.

Lilly Wood & The Prick débute à peine son concert lorsque nous rejoignons la scène John dans une ambiance cool et planante. La foule s’est densifiée et se fait compacte. Le très bel éclairage rouge et bleu donne une atmosphère à la fois douce et chaleureuse. Les grands tubes sont au rendez-vous avec Prayer in C, I Love You et Middle Of The Night. Nili, la chanteuse, a un côté prêtresse et invoque les chœurs de la foule sur Where I Want To Be (California). Le set est varié, les morceaux s’enchaînent avec fluidité et cohérence. Les sessions de claviers sont plutôt enjouées, les voix féminine et masculine du duo se mêlent avec harmonie. Nili tutoie la masse des spectateurs qui lui répond à grand renfort de bras levés. L’ambiance est joyeuse et envoûtante. On sort souriant rejoindre la scène Beauregard.

A minuit c’est The Avener qui pose ses machines et son décor sur la grande scène pour une énorme session électronique. Le mix est assez intéressant, entre arpèges acoustiques et beats house. Let Myself Go nous emporte avec ses samples lancinants. Le fond de la scène est illuminé d’un carré de leds à l’effigie de sa pochette de single sur Fade Out Lines. Les effets de lumières sont très esthétiques. L’hystérie gagne peu à peu les festivaliers. Aucune goutte de pluie n’a encore pointé le bout de son nez. Les oscillateurs sont poussés à plein régime. Le DJ producteur jongle entre PC, pads et tables de mixage. Les samples de blues côtoient ambiance soul et sons jazzy sur fond de house bien sentie. Fade Out Lines est enrobé d’une nouvelle orchestration encore plus rythmée. La fumée envahit la scène et les vocaux s’envolent en chœurs envoûtants. Beauregard s’enflamme et n’est plus qu’une masse qui saute au rythme des basses vibrantes. The Avener soigne son public d’un “Vous êtes merveilleux“. Un petit Around The World des Daft Punk finit par convaincre les plus sceptiques. Le DJ passe au piano pour une fin de morceau un brin nostalgique et un très bon remix de We Go Home pour clore ce set festif.

La fatigue commence à nous gagner mais on est vite réveillés par la prestation rugissante des Kills sur la scène John. Allison Mosshart se fait furieuse et sensuelle. La guitare est lourde et les machines en tension. Leur prestation s’ouvre sur Now How suivi de U.R.A et Fever. Un bassiste et un batteur ont rejoint le duo. Le dernier album est bien représenté même si leurs gros tubes ne sont pas en reste. On poursuit les hostilités avec Kissy Kissy, Hard Habit to Break, et Heart of a Dog. La voix est à la fois éraillée, sensuelle et violente. Le corps ondule et la chevelure blonde est lancée en avant et en arrière dans un jeu de scène du plus bel effet. La guitare est blues profonde soutenue par des machines solides. Black Balloon est superbe. Allison ne se ménage pas et poursuit le show tantôt le pied droit sur l’enceinte de retour, tantôt tombée à genoux dans un cri. Jamie Hince se fait ange gardien à toute épreuve et assure de très jolies double voix. Le duo nous régale d’une prestation puissante et profondément rock.

On quitte le festival avant l’arrivée du petit prodige Fakear, fatigués mais comblés par cette belle journée.

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