Il y a un tas de concerts que j’ai raté et pour lesquels j’éprouverai sans doute un regret éternel. Je pourrais ainsi citer le dernier concert de Noir Désir aux arênes de Nîmes, raté bêtement car je me suis dis “fais chier, je suis un peu sec ce mois-ci, c’est pas grave, ils repasseront bientôt”. Moins d’un an après Bertrant Cantat était en prison. Il y a aussi Oasis, raté au festival d’Arras car “ils passent à Rock en Seine, pourquoi aller les chercher plus loin ?”. Le groupe s’est séparé 5 minutes avant le concert de Rock en Seine. Et je pourrais continuer ma liste un long moment, mais ce n’est pas le sujet. A l’inverse, j’ai vu Saez en concert un bon nombre de fois, cependant je garde en bouche un gout très amer de ne jamais avoir pu vivre un concert de la tournée God Blesse. D’ailleurs à la base, j’avais décidé d’écrire une chronique sur les divers concerts acoustiques de Saez que j’ai fait. Et puis… le gout amer est revenu, la tentation a été trop forte. Faire l’apologie de l’acoustique ? Non, il fallait que je parle de la tournée God Blesse. Pourquoi ? Réponse en 5 points.

  1. Pour ce 1er juillet 2002.

    La tournée God Blesse a officiellement débuté le 1er juillet 2002. Un concert à la Cigale de Paris. Vous savez où j’étais moi ce jour là ? À environ 800km de là, premier jour de boulot. Mais le vrai premier jour, le premier de mon premier job. Oui, pendant que Saez s’apprêtait à donner le feu vert d’une tournée qui s’annonçait magistrale, moi je jouais les apprentis menuisier. Le lendemain, au réveil, j’ai pu lire sur Internet les retours sur ce concert exceptionnel. Et alors que je rageais de ne pas avoir pu, moi aussi, lever le poing sur «Il n’y a toujours pas de pétrole dans cette putain de Yougoslavie» je me suis habillé et je suis parti jouer les employés modèles.

  2. Pour les intros.

    La tournée God Blesse, ça a été la tournée des intros. Déjà l’intro du concert, avec la chanson La chute et ses phrases cinglantes : «Afrique, le SIDA termine son travail», «Guerre Sainte à Jérusalem, l’Église baise les enfants de Dieu». Mais aussi l’intro de Sauver cette étoile : avec ce gamin qui chantait a cappella les premiers couplets de la chanson, puis Damien qui enchainait «pas besoin de laisser-passer pour entrer dans la compagnie, qu’importe qui tu es si tu peux payer le prix, bien au dessus des foules règnent les compagnies, c’est les tours qui s’écroulent est-ce qu’on a bien compris ?». Rien qu’en écoutant les enregistrements, ce putain de public qui récite ces textes sans aucune musique derrière, j’en ai la chair de poule. Oui, j’aurais donné un de mes reins pour être l’un d’eux.

  3. Pour Défoncé.

    Défoncé est une des chansons les plus atypiques de Saez. Loin de Sexe, trop formatée à mon goût, je suis tombé amoureux de ce «tu es beau quand tu jouis, c’est moi qui m’extasie» dès la première écoute. Ensuite, le débat créé par la pseudo homosexualité de Saez n’a fait que renforcer mon amour pour cette provocation. Et si la chanson a été reprise de nombreuses fois sur la tournée Debbie, il n’y a qu’à Marseille en 2002 qu’elle a fini dans «que l’on brûle en enfer» explosif et, je n’étais pas là.

  4. Pour le God Blesse America.

    Et oui, il était impossible de parler de tournée God Blesse sans parler du God Blesse America. Pour ceux qui ne sauraient de quoi je parle, il s’agit du final de la chanson A ton nomSaez chante «God Blesse Blesse America, Inch’Allah». Dès la première date de la tournée, le public s’est mis à reprendre cette phrase en boucle pendant de très longues minutes. C’est resté l’hymne saezien de référence, et 8 ans après, il n’y a pas un seul concert où le public ne le relance. Et moi, j’aurais bien donné mon autre rein, juste pour être là en 2002, à l’origine de tout, à chanter «God Blesse Blesse America, Inch’Allah» pendant un bon quart d’heure, devant le sourire béat de Damien.

  5. Pour la chemise militaire trouée.

    Tout au long de la tournée God Blesse Damien a arboré la même chemise militaire, vert kaki, avec le drapeau allemand, et surtout un gros trou sous le bras droit bien visible lorsqu’il levait le poing. Si l’hygiène de cette chemise m’a toujours paru douteuse, elle représente à elle seule l’ensemble de cette tournée. Loin de l’époque Debbie et du costume-cravate bien classe, loin de l’acoustique, loin du look grunge-SDF d’aujourd’hui. Oui, cette chemise représente le rock, le vrai, mais aussi la fin de mon adolescence, de ce moment où je n’étais qu’un jeune con et rebelle… sur le point de devenir un vieux con qui a baissé les bras et accepté la défaite.