“Je n’ai pas de futur, Je n’ai qu’un destin”… Refrain punk anarcho-rock, porté par le râle puissant d’un enfant de Paname. Mano Solo et ses Frères Misère, les Chihuahas, apparaissent à nos oreilles en août 1996, entre Les années sombres et Je sais pas trop, comme une attaque frontale envers les conventions matérialistes et consuméristes naissantes. Ils n’ont pas de futur… “Quelle aventure!”

“Je n’ai pas d’enfants
Je n’ai pas d’parents
Je n’ai pas d’mémoire
Je n’ai pas d’histoire”

Sur Je n’ai pas, les Frères Misère tirent un trait au pistolet sur les préoccupations futiles et asservissantes d’un monde d’apparat. Pas de voiture, pas de travail, pas de pouvoir, en un mot marginal, et alors? L’image donnée n’est pas lissée au peigne fin des regards malsains de ceux qui s’en préoccupent avant de s’occuper d’eux. Ils n’ont pas d’origine, ils n’ont pas de papiers, mais ils ont un trou d’balle… “Et c’est plutôt banal”.

Rejet des attaches, comme autant de contraintes, qui nous engluent dans une illusoire quête du bonheur par la consommation et la possession, les Frères Misère donnent des coups de pied dans la fourmilière, avec leurs rangers pourries et leur rage de n’être rien d’autre qu’eux-mêmes. “Je n’ai pas de visage”. Ça pète un rock sans concession, sans soumission, dont les quelques accords d’intro feraient pousser une crête à n’importe qui.

Un cri du cœur, résolument punk, qui résonne encore dans les squats glauques des ruelles de France. Il y a ceux qui désespèrent, et ceux qui n’ont jamais eu d’espoir, et entre eux ne reste rien que la dignité d’être. Les Frères Misère, eux, n’ont jamais eu le privilège de se permettre d’être suffisamment naïfs pour croire en quelque chose. Constat finalement lucide d’un monde où chacun de ses acteurs préfère avancer seul.

Je n’ai pas sur Deezer
Les paroles de Je n’ai pas
Les Frères Misère sur Wikipedia
L’hommage de Désinvolt à Mano Solo