Alex Clare nous vient du Royaume-Uni, plus précisément du quartier Southwark de Londres, dont il est originaire. Lui qui a grandi dans un univers où les disques de jazz de papa, mais aussi la musique de Cole Porter et Stevie Wonder rythmaient la baraque, a aussi côtoyé pendant un temps la défunte Amy Winehouse. Le décor est planté. A 25 ans, le garçon est un chanteur de soul bourré de talent. Lorsqu’il ne chante pas, Alex Clare part se perdre dans la froideur des hangars où se jouent les raves, à la recherche d’un peu d’excitation musicale : “I used to party hard, loved off raves and warehouse parties, waking up in strange places and doing the walk of shame home, but I’m a lot more chilled these days” (“J’ai fait pas mal de grosses fêtes auparavant, j’adorais les raves et les soirées dans les hangars, me réveiller dans des endroits étranges et faire le chemin de la honte pour rentrer chez moi, mais je me suis beaucoup calmé aujourd’hui“), déclare-t-il à thecouchsessions.com en 2011.

Si le garçon s’est en effet calmé sur les fêtes et les excès en tout genre, sur disque autant dire que la voix porte et résonne longtemps. Impossible pour les voisins qui voudraient leurs neufs heures de sommeil de s’endormir paisiblement. Le premier objet du délit : Up All The Night déjà sorti en 2010 et qui introduit l’album The Lateness Of The Hour. Alex Clare voit loin du haut de son Tower Bridge, et avec ce titre en forme de rappel des souvenirs de ses plus jeunes années, l’artiste surprend. Up All The Night est un ovni, mélangeant autant d’univers qui témoignent de l’ouverture musicale du jeune homme. La rythmique sexy empruntée au moombathon, posée sur un riff de guitare métal énervée, laisse tout le plaisir à Alex Clare de faire état de son impressionnante puissance vocale. Jamais la voix ne tremble et le chanteur est capable  d’exprimer la plus violente des émotions d’une seconde à l’autre en tirant un peu sur ses cordes vocales. Toute la puissance de la musique soul au service d’une production tout aussi féroce. C’est-à-dire qu’Up All Night est produit par l’un des duos les plus excitants du moment, Major Lazer. On met alors tout de suite un nom sur les deux producteurs associés que sont Diplo (l’américain) et Switch (l’anglais).

Le premier, que l’on connaît mieux, cultivait jusqu’ici un goût pour les sonorités extrêmes et les vibrations tribales, presque outrancières. Appuyé par son collaborateur, les deux producteurs ont su insuffler dans leurs compositions le souffle et l’âme qui caractérisent la musique soul. Diplo et Switch remettent ici le genre au goût du jour. Treading Water joue sur le même schéma. On entre progressivement dans le morceau avec la voix délicate d’Alex Clare, jusqu’à l’explosion lors du refrain. A l’écoute, la basse ronflante pourrait très bien remplacer les habituels cuivres, les roulements drum’n’bass eux, maintenant la tension sous-jacente qui émane de la production et du texte chanté par Alex Care. Cette intrusion dans la bass music, deux univers que l’on aurait pu imaginer à mille lieux l’un de l’autre, reflète vraiment la véritable bonne idée de l’album.

Jusqu’ici les artistes de musique soul se contentaient d’imiter leurs prédécesseurs de Joss Stone en passant par Raphaël Saadiq. Avec The Lateness Of The Hour, Alex Clare fait enfin entrer la soul dans le XXIème siècle. Là, il se positionne enfin en phase avec son temps : la violence et l’exacerbation des sentiments chez les jeunes générations, avec pour fond sonore, la froideur d’une musique électronique pesante et libératrice.
Too Close, deuxième extrait à avoir fait son apparition sur nos écrans de télévision à l’occasion d’une publicité, va chercher encore une fois dans son orchestration dubstep, à tirer le meilleur parti de ce concept. Quelques accords de guitares viennent se placer ici et là, en attendant le cri de désespoir que lance Alex Clare juste avant le refrain. Un moment suspendue en l’air, retenue par sa voix, la déferlante de basses vient inonder nos oreilles, exprimant le plus démesurément l’émotion ressentie par le chanteur. Mais The Lateness Of The Hour ne fait pas que dans le dégoulinant et les larmes. Au contraire, les productions se montrent très réfléchies, en parfait accord avec les textes et la voix d’Alex Clare. Si dans certaines comme When Doe Cry où on n’est pas si loin de la dance music, Humming Bird et I Won’t Let You Down elles par exemple, ainsi que leurs notes de piano ensoleillées, constituent les plus belles propositions de l’album.

 Avec ce premier album, Alex Clare a réussi à redonner à la soul un intérêt pour un genre qui avait tendance à sommeiller sur ses acquis. Le disque, bien que produit par une grosse maison comme Island Records, conserve une énorme part de créativité et de qualité. Alex Clare est un artiste bien entouré, aussi il se fait plaisir, et ce, qu’il regarde droit devant lui ou par-dessus son épaule.
Hands And Clever s’offre un retour vers le futur, dans une instrumentation plus classique : retour aux cuivres, aux claps chauds et aux cymbales braillantes. L’album lui, rayonne d’un noir étincelant et comme l’artiste, on irait bien se perdre, quelques heures de plus, jusqu’au bout de l’expérience.

Tracklist :

  1. Up All Night
  2. Treading Water
  3. Relax my beloved
  4. Too Close
  5. When Doves Cry
  6. Humming Bird
  7. Hands Are Clever
  8. Tight Rope
  9. Whispering
  10. I Love You
  11. Sanctuary
  12. I Won’t Let You Down

Site officiel d’Alex Clare
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