Après avoir découvert l’improbable groupe Rufus Bellefleur avec son album Temples, Idols & Broken Bones, on a sauté sur l’occasion de son passage à Paris lors d’un concert au Batofar pour aller le voir.

Rufus Bellefleur arrive et enflamme littéralement la scène. Il balance son rock’n’b/métal du monde à un public qui, s’il n’était pas très dynamique au départ, s’est laissé emporter par l’enthousiasme du quintet. Yuz, le guitariste est tout à gauche, presque caché derrière les baffles. Les filles sont côte à côte sur la droite derrière leurs micros tout enroulés de fleurs. Le micro de Julien, le chanteur, est au centre, légèrement à gauche, orné d’une poupée vaudou en tissu. Laurent, le batteur est campé juste derrière lui, prêt à intervenir en cas de délire.

Le show est impressionnant. Julien, sanglé dans une salopette vintage et arborant un T-shirt gris à carreaux, ne se lasse pas de donner de sa personne. Il court dans la foule, saute sur scène, envoie des coups de pieds façon Van Damme dans les airs. Les filles ne sont pas en reste et balancent des chorégraphies à la Flashdance à presque tous les morceaux. Elles jouent de l’éventail sur Zombie Geisha et chaussent même les gants de boxe pour mieux se jeter sur Julien et Laurent qui font preuve d’une résistance légère et amusée. Yuz donne tout ce qu’il a dans des solos impressionnants, tant au banjo qu’à la guitare, pour lesquels il n’hésite pas à migrer au centre de la scène. Le batteur n’est pas en reste et finit debout sur sa batterie en gesticulant comme un possédé. Ce petit monde s’éclate et le public en redemande.

La setlist est une succession de morceaux bien groovy. On saluera Party of the Dead qui soulève littéralement les spectateurs. Never Ask the Twins est hyper efficace. Les quelques morceaux de leur premier album fonctionnent toujours aussi bien. On restera complètement scotché par leur géniale reprise de I believe I can fly qui fait marrer tout le monde et qui est le prétexte à des jeux de scène absolument hilarants.

Ils invitent un type déguisé en diable sur Tonight the Devil is the DJ qui sautera dans la foule pour un slam délirant à la fin du morceau. On se retrouve plongé au cœur de l’univers du groupe, avec des références qu’ils arrivent à transmettre avec cohérence, pour le plus grand plaisir des spectateurs. L’humoriste Dedo du Jamel Comedy Club s’incruste sur les dernières chanson et donne au show du Batofar des allures de fête entre potes à laquelle on est content de participer. Tout ça est joyeux et ne se prend pas au sérieux, à l’image des membres du groupe. L’ensemble de la prestation reste bien pensée et on sent le travail de mise en scène nécessaire à une telle qualité de show.

Le concert a tellement plu que le public reste et réclame un rappel. Rufus Bellefleur revient donc pour nous offrir trois morceaux dont The Operator, Rocky Rocket, et l’énorme reprise de Walk this Way de Run DMC et Aerosmith. Ce jeudi soir au Batofar, on a vu un show haut en couleur, bien ficelé, chaleureux et drôle comme un film de zombie.

 

Suite à l’excellent moment qu’on avait passé en sa compagnie, on a voulu en savoir un peu plus sur ce groupe étonnant qu’est Rufus Bellefleur. On est donc allé rencontrer les membres du groupe pour un entretien décontracté à l’hôtel Hidden à Paris. Quand on leur demande “Qui est Rufus Bellfleur ?”, Yuz le guitariste souligne d’emblée que c’est à la fois le nom d’un personnage, incarné sur scène par Julien mais aussi le nom du groupe. On comprend plus finement le concept lorsqu’on les entend parler tous ensemble de leur expérience de ce groupe. En effet, l’union de ses cinq musiciens forme un tout cohérent qui s’exprime par l’intermédiaire du personnage principal et de l’univers dans lequel il évolue.

Côté musique, ils sont un peu touche-à-tout, chacun issu d’horizons différents. Yuz et Julien viennent du milieu métal toulousain, ils sont rejoints par Laurent Bechad des Zombies Eaters. Caro et Bera, les deux filles du groupe, sont rentrées dans l’aventure dès le premier album après avoir été découvertes lors d’un concert sur Toulouse.

De l’aveu de Yuz, l’univers de Rufus Bellefleur est un prétexte pour aborder des styles musicaux auxquels ils n’étaient pas prédestinés, notamment la musique cajun et le blues/folk de la région du Mississippi. Le projet est écrit principalement en anglais malgré un titre en français sur leur premier album Souviens-toi du bon temps chanté avec l’accent du Mississippi. Les légendes de cette région et l’ambiance du bayou planent sur les compositions du groupe et le look presque redneck de Rufus sur scène.

Le deuxième album a été composé à la suite du premier et de l’avis de tous, Yuz a déjà en tête les grandes lignes du prochain. Si le premier opus présentait un personnage et son univers, à travers une imagerie très bande-dessinée, le deuxième album est l’occasion de le faire voyager. Les sonorités nous emmènent en Chine, au Japon et même au Moyen-Orient à travers des ambiances arabisantes sur certains morceaux. Le voyage commence dès la pochette. C’est là qu’on rejoint l’autre source d’inspiration du groupe qu’est le cinéma. Laurent nous fait remarquer les détails de la pochette de l’album construite comme une affiche de film. On y voit en effet un dragon, un avion, Rufus et les filles avancent vers une espèce de jungle avec les ombres de Yuz et de Laurent qui planent dans le ciel.

Très fans d’Indiana Jones, de Creepshow, et du cinéma de genre, ils avouent avoir dû spécifier sur les affiches de leur tournée que c’était un “live” et pas un film. Ces influences cinématographiques inspirent également la construction de leur show. Côté influences musicales, on découvre un éclectisme à toute épreuve. En effet, ces petits gars issus de la scène métal nous avouent écouter autant Timberlake et Beyonce que Primus, et passent de la pop au r’n’b ou au métal sans aucun scrupule. Cela peut surprendre au premier abord, mais quand ils nous expliquent qu’il aiment les choses “bien ficelées”, le lien se dessine petit à petit. Laurent souligne l’importance de divertir le public dans la création de leur show.

Le live est construit en amont avec des parties mises en scène et une place laissée à l’improvisation. Laurent souligne que la place des filles sur scène et dans les retours sur le show a augmenté avec la nouvelle tournée. Le groupe a eu le soutien de l’humoriste Dedo (du Jamel Comedy Club) pour mettre en place son jeu de scène et créer un live cohérent. Si on retrouve les même grandes lignes sur l’ensemble de la tournée, ils expliquent essayer de donner quelque chose de spécial et de nouveau dans chaque ville où ils passent. Leur ville d’origine, Toulouse, est notamment source d’un ressort de créativité à chaque montée sur scène. En se remémorant des anecdotes de tournées, Julien explique que les filles lui avaient planqué un faux serpent au pied de son micro pour un concert, à lui qui est phobique des serpents. Ils ont pu notamment créer une roue de la torture avec une peluche Guizmo en guise de mascotte. Ils ont fait une édition spéciale Noël et spéciale Halloween de leur show. Un petit scoop pour la route, sachez qu’ils préparent une version Bloody Saint Valentin de leur concert qui promet d’être assez démente.

Ce petit monde fonctionne aussi grâce à Claire, la femme de Yuz, qui est l’accessoiriste et contribue à construire l’univers du groupe. Le baquet du clip Rocky Rocket dans lequel Rufus prend son bain a été trouvé dans une brocante, tout comme les éventails que les filles utilisent sur scène. Ces anecdotes soulignent le côté home-made du groupe et rajoutent à l’ambiance carton-pâte et cartoonesque des clips et du show. Les clips sont réalisés (pour l’instant) par le groupe lui-même et rendent compte de leur leitmotiv qui est de “faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux”. Ils avouent qu’ils aurait à l’heure actuelle, du mal à revenir à une attitude sérieuse et sombre dans leur façon de jouer de la musique

En tournée dans toute la France avec encore plusieurs dates jusqu’à l’été dans de nombreux festivals, on vous conseille vivement d’aller les voir et d’en prendre plein la vue.

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