Il y a tout juste 68 ans, naissait une certaine Patricia Lee Smith à Chicago dans l’Illinois, d’un père employé de bureau, ancien danseur de claquettes et d’une mère serveuse, ancienne chanteuse jazz. Elle va traverser les décennies et l’Amérique des années soixante à nos jours pour devenir la chanteuse et artiste Patti Smith que l’on connait. A ceux qui n’ont jamais entendu parler d’elle, ou seulement de loin en loin, à ceux qui n’accrochent pas avec sa musique, aux sceptiques et aux critiques, voici quelques éléments qui permettent de comprendre ce qui fait de son oeuvre un pilier de la culture rock.

De l’éducation religieuse qu’elle reçoit de sa mère, elle gardera un côté un peu mystique, voire ésotérique qui peut autant fasciner que déranger. Elle arrive à New-York à l’âge de dix-neuf ans, ses rêves de devenir institutrice s’étant quelque peu envolés en chemin. A Big Apple, elle croise le regard et le chemin d’un certain Robert Mapplethorpe, qui deviendra un photographe célèbre. Elle décrira en détail leur rencontre et leur relation dans le livre Just Kids sorti en 2010. Elle commence à travailler comme vendeuse et s’installe avec Robert au fameux Chelsea Hotel. Ensemble ils dessinent, peignent, écrivent et créent, se nourrissant de leur créativité mutuelle. Patti Smith posera pour de nombreuses photos de Mapplethorpe. Ils traînent au Max’s Kansas City et au CBGB, alors célèbres clubs où une communauté d’artistes underground se retrouve.

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Photos CC BY-NC 2.0 par tathspep.

En 1970, elle écrit des poèmes et se rapproche du groupe des St Mark’s Poetry Project, avec qui elle participe à une représentation théâtrale. Elle aborde la musique via l’écriture de chansons et ses échanges avec les membres du groupe Blue Öyster Cult, mais aussi en écrivant des articles pour les magazines Rolling Stone et Creem Magazine. On a là le premier pilier de son oeuvre, constitué par l’écriture poétique et la chanson perçue comme une mise en musique de poèmes. C’est aussi ce qui rend parfois difficile l’immersion dans le travail de Patti Smith.

Entre 1970 et 1974 elle propose de nombreuses lectures publiques de ses poèmes, soutenue dans sa démarche par Mapplethorpe, depuis devenu plus son ami que son amant. C’est aussi la période où elle rencontre Sam Shepard, un dramaturge avec qui elle travaille sur la pièce de théâtre Cowboy Mouth. 1974 donne le jour au Patti Smith Group qui se trouve être la poursuite du travail poétique de l’artiste, et de sa mise en musique par le guitariste Lenny Kayle. Avec Ivan Kral à la basse, Jay Dee Daugherty à la batterie et Richard Sohl au piano, ils enregistrent leur premier single, Hey Joe/Piss Factory, le 5 juin 1974. Le premier album du groupe sort en 1975, il s’intitule Horses et reste encore aujourd’hui une référence du punk-rock.

L’opus est produit par John Cale qui est aussi auteur compositeur du Velvet Underground. La pochette est un cliché de Mapplethorpe et on retiendra la reprise complètement revisitée du titre Gloria du groupe Them écrite par Van Morrisson (pas Jim, attention, faut suivre). Le titre comporte une ouverture avec une partie parlée qui annonce la teneur du message transmis : “Jesus died for somebody’s sins but not mine“. On y trouve le rapport au sacré et la rébellion, deux thèmes qui ponctueront régulièrement les textes de Patti Smith.

Le deuxième album Radio Ethiopia sort en octobre 1976. Dans une mouvance plus punk que le précédent, il est aussi considéré comme moins accessible. On retrouve la même équipe que sur le premier album, mais John Cale n’est plus de la partie. Il a été remplacé par Jack Douglas, qui a notamment travaillé sur l’album Imagine de John Lennon. Si ce deuxième opus ne connait pas un franc succès, certains morceaux sont encore joués sur scène par le groupe.

Après une chute lors d’un concert en Floride, Patti Smith a plusieurs vertébres fracturées et se voit contrainte au repos. De cette période de convalescence sortira l’album Easter en 1978, qui comporte l’immense Because the Night écrit avec Bruce Springsteen. C’est une des chansons les plus accessibles de Patti Smith. On retrouve une ligne mélodique plus classique que dans ses précédents morceaux, ce qui donne la part belle au texte. C’est le morceau idéal pour entrer dans l’oeuvre de l’auteur.

En 1979 sort l’album Wave, qui poursuit le travail proposé sur Easter mais sans rencontrer le même succès. A la même période, Patti Smith rencontre celui qui deviendra son compagnon de vie : Fred “Sonic” Smith, guitariste des MC5. Elle se retire alors de la scène musicale pendant une dizaine d’années et ne sort un album qu’en 1988, intitulé Dream of Life. C’est le premier album depuis la dissolution du Patti Smith Group. On y retrouve néanmoins quelques anciens musiciens et bien sûr Fred Smith à la guitare.

La vie de Patti Smith devient plus secrète jusqu’au début des années 90. Frappée par de nombreux deuils, elle tente de se reconstruire (notamment sur les conseils du poète beat Allen Ginsberg) en remontant sur scène. Elle tournera un peu avec Bob Dylan et sort en 1996 l’album Gone Again. De ces expériences douloureuses naîtra le titre About a Boy, hommage à Kurt Cobain dont le suicide fait écho à la perte de ses proches.

Un tournant semble se dessiner à cette période et lancer sa véritable carrière musicale. Elle sortira environ un album tous les deux ans à partir de 1997, dont on retiendra les excellents Peace and Noise (1997) et Trampin’ (2004). Aux sceptiques, on conseillera l’album de reprises intitulé Twelve sorti en 2007, dans lequel on prend toute la mesure du talent d’interprète de Patti Smith. Cet album comporte notamment une reprise de Smells Like Teen Spirit de Nirvana, qui prend une toute autre dimension.

http://youtu.be/m2tv1ShcVmQ

Son dernier album studio est sorti le 4 juin 2012 sous le titre Banga. L’opus comporte douze titres dont le très beau This Is the Girl, écrit au moment de la mort d’Amy Whinehouse. On y trouve aussi la chanson Nine, offerte à Johnny Depp et Maria, en hommage à la comédienne Maria Schneider. Le morceau Fuji-san est une sorte de prière de protection pour les japonais victimes du tremblement de terre de 2011. Le dernier titre est particulièrement touchant. Écrit par Neil Young et joué par les enfants de Patti Smith, il évoque un dénouement sur fond de lever de soleil.

Patti Smith a traversé l’histoire du rock en laissant une oeuvre complexe et riche. Alliant poésie et musique punk-rock avec sensibilité, elle a mis en valeur la dimension artistique d’un courant musical parfois mal compris. Pour tous ceux qui souhaiteraient la découvrir sur scène, on ne peut que leur conseiller de foncer jeudi 23 octobre à la Fondation Cartier pour la découvrir en compagnie de son acolyte John Cale, comme au bon vieux temps de l’album Horses.

 

Photos CC BY-NC-ND 2.0 par Susana.

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