En ce vendredi de mai, on se glisse dans l’air chaleureux du quartier de la Goutte d’Or dans le dix-huitième arrondissement pour arriver jusqu’à l’Institut des Cultures d’Islam. A l’intérieur, une scène est dressée dans une cour ouverte sur le ciel. Le cadre de ce concert est déjà une invitation au voyage.

Nawel définit son style comme de la poésie pop urbaine, mais ce soir, on découvre quelque chose de plus grand et de plus fort qu’une catégorie musicale. Elle a grandi entre la Tunisie et la France où elle écume les bars et petites salles dès l’âge de dix-neuf ans avec le groupe Cirrus. Elle poursuit sa route en musique avec le groupe Orange Blossom en les accompagnant pendant un an. Elle a participé à de nombreux projets, notamment les films Yasmine et La Révolution de Karin Albou en 2011 et Indignados de Tony Gatlif en 2012. Elle s’engage en Tunisie pour sensibiliser les populations au vote et à l’égalité hommes-femmes.  En 2013, elle sort son premier EP, qui lui permettra de tourner auprès d’artistes tels que Zebda, Natacha Atlas, Susheela Raman ou Ayo, avec des performances dans plus de quinze pays à ce jour. Elle présentera ce soir quelques morceaux de son premier album actuellement en cours de préparation. La musique de Nawel évoque tous ces éléments : les origines, le voyage et les rencontres, toujours enrobés dans un écrin de poésie qui rend ses textes si forts.

Le concert s’ouvre sur Ala Jalek, titre avec lequel elle nous prend par la main pour nous emmener dans son univers. Le regard est rayonnant, la main ondule, la gorge tremble au rythme des mots. Elle nous invite ensuite à occuper la place comme un lieu d’accueil, et à voir comment résonne la place de Paris. Le public l’accompagne de ses claquements de mains. L’émotion est touchante, la conviction sensible. Son chant réchauffe les corps et colle des sourires sur le visage des spectateurs. Elle attrape la guitare et nous interprète Par Mon Nom accompagnée par une rythmique punchy et de belles percussions. Les “yababa” sont repris en chœurs par un auditoire qui se laisse charmer. Le sourire de la chanteuse est contagieux et gagne petit à petit chacun d’entre nous. Nawel danse la guitare à la main, avec un naturel qui désarçonne. Elle poursuit avec une chanson en hommage aux grands-mères et invite la salle à lancer des youyous endiablés. La musique transmet une énergie et une émotion brute, donnée au public comme un cadeau.

On poursuit le voyage avec le titre J’arrive, chanson écrite sur la route d’un concert à Beyrouth. C’est aussi du voyage qu’est née la rencontre avec les musiciens qui l’accompagnent ce soir. Elle reste ensuite seule sur scène, accompagnée de sa guitare, pour le touchant et intense A La Marge. Les musiciens la rejoignent pour Ma Région, qu’elle interprète avec force et mélancolie, assise sur le bord de la scène. Les claviers sont légers, la dimension acoustique prime, les arpèges caressent doucement les oreilles. On replonge dans l’émotion et la résilience avec le puissant Navigue qu’elle termine en dansant devant un enfant hilare. “Après la pluie le beau temps“, nous dit-elle pour introduire Shams qui signifie “soleil”. Les mains des spectateurs se lèvent au rythme que Nawel leur propose et accompagnent celui de la batterie. On accueille enfin le superbe titre Majnoun, rempli de joie et d’énergie. La chanteuse descendra danser avec la foule qui en est ravie. Le concert se termine sur une chanson en hommage au quartier de Tunis où elle a grandi. Le morceau prend fin sur le chant murmuré du public, guidé par Nawel. Elle sera rappelée pour un dernier morceau et nous interprétera une superbe version de Me & Bobby McGee de Janis Joplin.

Nawel et ses musiciens nous emportent dans un voyage doux et intense où chaque titre dessine un paysage. Les morceaux de l’EP sont marqués par une belle originalité musicale et ceux de l’album prennent une dimension plus pop qui les rend accessibles. On attend l’album avec impatience.

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