Le mardi 27 juin, nous étions à la Gaîté Lyrique dans le cadre du festival Paris Hip-Hop 2017. Sur scène Marie Sonnette, maîtresse de conférence en sociologie, spécialisée dans l’engagement politique des rappeurs en France, Alice Aterianus-Owanga, anthropologue spécialisée dans le hip-hop et les pratiques musicales urbaines au Gabon, Eloïse Bouton, fondatrice du site Madame Rap, journaliste et militante féministe et Chilla, artiste rap. La conférence proposée s’attaque à plusieurs questions et entend donner un aperçu de la place des femmes dans le rap, de la domination à la transgression. Je vais tenter de vous donner un aperçu de la soirée.

Eloïse Bouton a fondé le média Madame Rap en 2015. C’est le premier média consacré aux femmes dans le hip-hop. Journaliste et militante féministe, Eloïse Bouton évolue dans un milieu où le rap est souvent mal perçu : “quand on dit qu’on kiffe Booba on se fait pas mal charrier“. L’idée de ce média naît de la suite d’une discussion houleuse pendant laquelle émerge la question de l’intersectionnalité et des clichés classiques sur les femmes dans le rap. Elle lance alors un Tumblr sur lequel elle recense jusqu’à trois cents artistes féminines de hip-hop. Le site est relayé par les Inrocks et Rue 89. Avec la DJ Emeraldia Ayakashi, elles créent le site Madame Rap afin de donner une plus grande visibilité aux rappeuses et aux femmes dans les cultures urbaines. Elles mettent en avant un contre-discours sur le genre musical en évoquant le rap queer, et en essayant de sortir des clichés du style. Madame Rap est aujourd’hui une association loi 1901 qui organise des événements, propose des conférences, sponsorise des cours de DJing pour les petites filles, avec comme objectif de devenir un label. L’idée serait notamment de signer des artistes sortants des normes et des clichés.

Eloïse Bouton souligne la présence de rappeuses féministes aujourd’hui, pour elle, le hip-hop est par définition inclusif et ne doit pas être rejetant. Elle identifie trois niveaux de rejet qui persistent. D’abord la position des labels qui imposent leurs conditions et obligent les artistes qui les refusent à rester dans les circuits underground. Ensuite les médias, qui, même lorsqu’ils sont ouverts, gardent une mauvaise image du rap. Souvent les journaliste sont plus intéressés par les “clashs” entre rappeurs que par leur art. Ils véhiculent une image dégradante et stigmatisante du genre, qui serait réservé aux hommes, non-blancs, de préférence musulmans. Ce qui intéresse est souvent la zone d’ombre du rappeur. Il est parfois difficile pour les journalistes de vendre des sujets différents. Enfin, le dernier frein est l’auto-censure des rappeuses elles-mêmes. Il n’existe pas ou peu de modèles pour les artistes. On note une absence de sororité, de réseau ainsi qu’un certain isolement des rappeuses. Une des missions de Madame Rap et de mettre en réseau ces musiciennes. En effet, les répétitions dans les studios de rap sont parfois difficiles à gérer et les femmes sont souvent confrontées à des idées reçues, des réflexions… L’idées est de rassembler les artistes féminines pour qu’elles soient plus fortes. Le rap est souvent considéré comme une des musiques les plus sexistes, mais cette idée est teintée de racisme et d’ignorance. Les valeurs d’inclusion sont très fortes dans le hip-hop, et c’est une musique qui ressemble à celles et ceux qui la font car on y parle principalement de soi. Il existe un clivage entre ce que l’on accepte des rappeurs et des chanteurs de variété ou de rock. Le travail de Nick Cave sur les Murder Ballads ne serait pas possible pour un rappeur. Eloïse Bouton souligne que c’est la culture dominante qui dit ce qui est acceptable ou pas. Elle rappelle que 22 à 37 % des paroles du rap américain sont misogynes alors que c’est toute une société qui est sexiste, à l’image de l’Assemblée Nationale.

Ainsi se closent les interventions des participantes. On poursuit avec quelques questions transversales et un échange riche avec la salle. Cette conférence soulève de nombreuses interrogations quant à la place des femmes dans le hip-hop. Chaque intervenante montre sous un aspect différent l’ouverture naissante qui existe pour les rappeuses. Reste encore à élargir la brèche et à se saisir des dispositifs qui émergent. Une belle idée de la part du festival Paris Hip-Hop.

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