Ils sont rares les petits blancs dans le rap à susciter autant d’intérêt dès la première écoute, surtout quand on a 21 ans. D’accord, en 2011 il y a eu les phénomènes Action Bronson, Mac Miller, Yelawolf, Machine Gun Kelly… Du “wild style” à la nouvelle scène de Pittsburgh, en passant par New York, le public et les critiques ont répondu présents. Malheureusement, l’euphorie est gentiment retombée une fois les premiers contrats signés et les premiers solos bancals distribués (mis à part Action Bronson et son Dr.Lecter).

On désespère alors, de dénicher un petit nouveau qui ne nous décevrait pas pour une fois. Car aux Etats-Unis, une fois le talent repéré – merci internet – et le buzz à son apogée, le résultat débouche finalement sur la sortie d’un premier album produit dans la foulée de l’emballement général. Sans recul ou véritable réflexion sur son travail, toujours dans le souci de ne pas faire patienter plus son public et assurer son succès, bien souvent le résultat déçoit.
Et comme le rappelait l’ABCDRduson dans sa chronique à propos de la mixtape de Yelawolf, Trunk Muzik 0-60, du 05 octobre 2011 (voir ici) : “Les blancs dans le rap, ça a toujours été un problème. Il faut toujours qu’ils se démarquent, qu’ils en fassent plus que les autres ou qu’ils inventent des univers déjantés à la limite de la folie.” Tous ces artistes cités plus haut justifient bien à eux seuls cette remarque, il suffit de regarder le clip de Brunch d’Action Bronson ou Pop The Trunk de Yelawolf pour s’en convaincre.

Mais bien évidemment, toute règle possède ses exceptions. Et lorsqu’un beau jour on tombe sur le jeune visage et la voix chargée d’un eemce complètement inconnu pour l’heure, OnCue, sur le morceau Crashing Down clippé pour l’occasion, l’opportunité est trop belle pour la laisser filer.
Le titre, sorti en 2010 sur une mixtape, Cuey Sings The Blues, possède quelque chose de très touchant et de mélancolique. Une atmosphère lourdement chargée dans la production, parfaitement rendue par la voix du jeune rappeur. On n’est pas loin ici du rock à la Death Cab For Cutie (ça tombe bien, l’un des leaders du groupe Ben Gibbard est considéré comme un demi-dieu par OnCue), quelque chose de très sincère  et prenant au niveau des tripes, à l’instar de la soul. Quelque chose qui serait presque palpable immédiatement, sans pour autant tomber de le mélo. Authentique serait le mot juste.
C’est avec Crashing Down que le garçon, originaire de la banlieue de Hartford dans le Connecticut, a commencé à se faire connaître. Juste avant, il avait sorti un premier projet, OnCue presents Cueyfornication. Une nouvelle mixtape conceptuelle sur laquelle il reprenait quelques-uns des standards des Red Hot Chilli Peppers pour y poser son flow carré et solide. Le résultat était plus que bon et annonçait la couleur quant aux inspirations qui dirigent le jeune homme, la vingtaine à peine entamée.

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Cuey Sings The Blues a donc introduit sérieusement OnCue dans la partie. La réception auprès des critiques a été plutôt bonne, ce qui lui a permis d’obtenir une certaine visibilité, sans pourtant affoler le compteur de visites sur Youtube. Pourtant présenté comme une mixtape, Cuey Sings The Blues pourrait très bien se concevoir comme un album à part entière. La qualité des productions, la plupart assurées par son compère Cj Luzi, beatmaker touche-à-tout (21 ans lui aussi) et génial, associé aux textes un brin dépressifs (avec un titre pareil, on pouvait s’y attendre) et toujours à fleur de peau de Cuey font des merveilles.
Les morceaux, souvent très personnels et autobiographiques (Time Machine), dépeignent sur 15 titres la vie du jeune Geoffrey, un certain mal-être d’une génération, les relations amoureuses foireuses, l’alcool, la déprime et son amour pour la musique. Même si les textes et le flow du rappeur ne sont pas aussi techniques et complexes que les pointures du moment, OnCue n’en reste pas moins un excellent rappeur. Flow solide, un débit rappelant parfois un certain Jay-Z (encore une de ses références, écoutez Jump Off), voix grave et posée, c’est surtout lorsqu’il se met à donner de la voix que le garçon impressionne. Chaque refrain est toujours impeccable et semble en parfaite harmonie avec le thème.
De toute façon l’intérêt ici, se situe ailleurs. La capacité que possèdent tous les deux, OnCue et Cj Luzi, pour installer ensemble, dès la première seconde, une ambiance et se laisser envahir par l’émotion étonne. L’alchimie entre ces deux noms est évidemment perceptible et fait des merveilles. Les morceaux vous restent en mémoire longtemps après leur écoute, vous obligeant à vous replonger dans ce disque pour retrouver ce que vous étiez venus chercher.

De cette mixtape découlera une autre, Leftovers. Ainsi, OnCue, qui se fait aussi surnommer  “Cuey” par son entourage, continue tranquillement son ascension, distribuant sur la durée des productions d’une grande qualité.
Sorti en 2011, le disque rassemble plusieurs titres, à l’origine prévus pour Cuey Sings The Blues et qui finalement, n’ont pas trouvé leur place sur le premier projet. Avec Leftovers, Cuey nous prouve encore une fois sa productivité et son attachement pour le travail bien fait quand d’autres se contentent de produire à la chaîne.

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Geoff “OnCue” Sarubbi est tombé dans le rap très tôt, comme il le confie en décembre 2010 à sunsetintherearreview.com (voir ici). Éduqué aux clips diffusés sur MTV et BET pour ce qui est du rap, son grand frère – de 7 ans son aîné – lui a pour sa part élargi son horizon musical grâce au  rock, et plus particulièrement au rock indépendant : “Growing up in predominately white suburbs, you’re exposed to a lot of different types of rock as well. It’s sort of meshed me into who I am today” (Lorsque l’on grandit dans une banlieue blanche, on est exposé à toutes sortes de musiques rock. C’est en quelque sorte, ce qui a fait ce que je suis aujourd’hui).
Cette mixité va définitivement sceller son style, entre hip-hop et rock indé et ainsi donner un sens à toute son œuvre : “I admire a lot of both hip-hop and non hip-hop. I think I finally listed down some people I’d love to work with. For hip-hop dudes: KanyeKid CudiJ. Cole, Drake, and Lupe. Non hip-hop? I’d love to work with Kim of Matt and KimJamie xxRick RubinMike Shinoda, Ben Gibbard and Dntel (la moitié de Postal Service, autre formation crée par Ben Gibbard)“, (J’aime autant le hip-hop que le non hip-hop. Je pense que j’ai finalement listé quelques personnes avec qui j’aimerais travailler. En hip-hop : Kanye, Kid Cudi, J. Cole, Drake et Lupe. Non hip-hop ? J’aimerais travailler avec Kim de Matt and Kim, Jamie xx, Rick Rubin, Mike Shinoda, Ben Gibbard et Dntel).

Récemment, on a pu voir Cuey traîner dans les studios de Shade 45 (la radio lancée par Eminem). Il était venu s’entretenir avec les animateurs pour la sortie de sa dernière mixtape en date Can’t Wait, sortie fin 2011.
OnCue conçoit chacun de ses disques de manière très personnelle et celui-ci pousse encore plus loin cette logique. Il décrit lui-même sa musique comme de l’“Honest music. Emotional music. Soul music.”. Pas besoin de traduction. On tend l’oreille et on se laisse secouer.

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