Et voilà, comme à chaque fois dès que l’année s’achève c’est la même chose ! Tous les ans tout le monde nous bassine les oreilles (ou les yeux en l’occurrence) avec ça : “Salut c’est la fin de l’année, l’heure des bilans !” Et tous les ans chacun y va de son petit classement, ressort du fond du tiroir les grands oubliés de l’année -histoire de ne pas trop se faire engueuler par les fans quand même, faut bien garder ses lecteurs- ! Et bien cette année rassurez-vous, si Les Inrocks vous ont gavé, si Mojo vous a gavé, si Uncut vous a gavé, si Q magazine vous a gavé (flatteur la comparaison non ?)… et bien tant pis pour vous !

Ce n’est pas dans cet article que vous allez pouvoir espérer dénicher un tant soit peu d’originalité. Et bien oui. Quoi de mieux en effet, qu’un classement des meilleurs disques de l’année pour balayer l’année qui vient de s’écouler en musique, permettre à certains qui auraient raté tel ou tel artiste de se mettre à la page, évoquer certains noms qu’on aurait nous-même oublié et bien sûr pour le reste, se remettre à nouveau dans les oreilles ce qui nous a fait vibrer durant ces douze mois ? La recette est éculée depuis des dizaines d’années mais fonctionne encore, alors pourquoi s’en priver ?

C’est dans ce sens que je vous envoie mon classement personnel de cette année. Pas de prix récompensant le numéro 1 cela dit en passant (d’ailleurs il n’y aura pas de classement par numérotation), juste un retour sur les 10 albums qui m’ont énormément plu et cette année c’est vrai, les choix ont été très difficiles. Enjoy !

Bruce Springsteen – The Promise

Le retour du Boss. Sorti le 16 novembre, un double album  contenant 21 chansons -presques- inédites (quelques morceaux  sont déjà inscrits dans certains lives de l’artiste) extraites des  sessions d’enregistrements du mémorable Darkness Of The  Edge Of Town. Avec ce disque Bruce  Springsteen mérite définitivement son surnom de “futur du rock’n’roll”. Des morceaux comme Racing In The Street, Outside Looking In, Candy’s Boy, Talk To Me et City Of Night pour finir attestent du crime qui a été commis. Avoir enterré ces chansons toutes ces années durant avant de pouvoir les écouter dans leurs versions studio aujourd’hui est un véritable acte illégal et irresponsable ! Avec The Promise, on retrouve ici le songwriter génial et les influences 50’s, 60’s des débuts qui ont scellé son amour pour le rock’n’roll. De l’énergie brute et communicative des compositions aux ballades poignantes, le leader du E-Street Band réussi encore un tour de force et offre une belle leçon aux nouvelles générations. Une leçon qui a 35 ans déjà…

Die Antwoord – $o$

La Coupe du monde 2010 a bien fait son boulot et a permis à  l’Afrique du Sud d’être exposée sous le feu des projecteurs cette  année. Mais cette lumière a peut-être révélé des zones d’ombres  qu’on aurait préféré laissé plongées dans les ténèbres. Un grand  gringalet et une petite pin-up albinos ont pas mal fait parler d’eux ces  derniers mois jusqu’à la sortie de leur premier album $o$. Le  groupe Die Antwoord mené par le leader  charismatique Ninja ont révélé au monde les freaks qui se terraient sur le continent, ces classes moyennes dont la population est constituée principalement de white trash dévergondés à la gueule cassée. Un univers un peu glauque qu’ils n’ont pas hésité à développer jusque dans leurs clips pour ainsi obtenir des images presque terrifiantes et dérangeantes que n’aurait pas rechigné Aphex Twin. Au passage, il impose quand même un style, le “zef rap”. Un mélange entre électro rave, hip-hop et disco. Depuis cette découverte, l’album se faisait attendre et le 12 octobre 2010, on n’a pas été déçus. $o$ est trash, complètement barré, bourré d’excès et on adore ça !

Milk Coffee & Sugar – Milk Coffee & Sugar

Les deux grosses révélations hip-hop français cette année pour  moi se sont limitées à Casey et Milk Coffee & Sugar. Si la  première dans un style bien plus hardcore confirme avec Libérez  La Bête son statut de meilleur plume du rap français, les  slammeurs de Milk Coffee & Sugar sont loin d’être en reste, je  dirais que la première place est partagé. D’un autre côté est-ce  que la comparaison s’impose, chacun officiant dans un style de  hip-hop bien distinct l’un de l’autre. Avec des invités prestigieux comme Tumi & The Volume, Beat Assaillant, le premier album de Milk Coffee & Sugar embrasse le jazz, parfait support sur lequel vient se déposer la poésie d’Edgar et Gaël. Une musique et des mots conscients qui viennent rappeler l’âge d’or du rap en France. Mais c’est surtout dans leur vision de la France et du monde que le message de Milk Coffee & Sugar devient intéressant. De Hope Anthem à Allumez Les Briquets, de A La Ma’ à Big Bang, Milk Coffee & Sugar est un indispensable pour tous les amoureux de hip-hop et de musique tout simplement. Sortie le 10 mai 2010.

Noisia – Split The Atom

Révélation drum’n’bass, les trois DJ de Noisia originaires  des  Pays-Bas auront bien fait parler d’eux en un an.  Plusieurs EP  très remarqués préparant la sortie d’un  album, la production de  l’album For The  Masses d’Hadouken! et finalement le 5 avril  2010 la  sortie de Split The Atom. Un premier album qui a remis  les  pendules à l’heure dans le milieu drum’n’bass comme le  laissait présager Machine Gun et Stigma. Jamais encore  on  avait fait utilisation des basses de cette façon.  Compressées à mort, vibrantes, abrasives, chaque chanson vous décolle les tympans avant de vous plonger dans le coma le plus profond, assommé par une rythmique surpuissante. Sans compter que l’album contient l’énormissime Alpha Centauri, qui à lui seul mérite l’achat de Split The Atom.

Mötorhead – The Wörld Is Yours

Cette année Lemmy Kilmister et sa bande  de Mötorhead étaient de retour. 24ème album pour ces  vétérans increvables qui, malgré l’âge et les excès restent  toujours droit sur leurs jambes et nous livrent avec The Wörld Is  Yours 10 morceaux de rock’n’roll noyés sous acides,  amphétamines, speed et autres drogues… Certains y verront du  heavy metal, moi j’y vois une groupie des Beatles, fan  de Elvis et Little Richard qui oeuvre depuis plus de 30 piges maintenant au service du rock. Born To Lose, Rock’n’roll Music, OutlawThe Wörld Is Yours est un concentré des riffs puissants -solos à l’appui-, de batteries qui mitraillent et remplit par la voix de Lemmy (Dieu) rauque, profonde, cassé, granuleuse mais toujours là…  Encore ! Sortie le 10 décembre 2010.

Hifana – 24h

Les japonais d’Hifana ont encore fait des leurs cette année.  24h, un album concept qui permet aux deux compères, anciens  percussionnistes d’y aller de leurs expériences électroniques.  Amoureux de musique, le disque traverse en 11 pistes 24h de la  vie d’un homme, et à l’image de la vie pleine de surprise, de  rencontre et de découverte, 24h s’attèle à mélanger les genres.  Rien n’est simple chez Hifana, c’est parfois tumultueux,  déroutant mais au final, tout retrouve sa place et l’harmonie peut enfin se détacher de tout ce bordel. Avec 24h Ju-C et Kezomachine livrent un disque en parfaite osmose entre leur ambition et leur musique scratchée, samplée, bidouillée, remixée… Futuristique et génial ! Sortie le 28 juillet 2010.

Aloe Blacc – Goods Things

I Need A Dollar a été le tube de cet été, Goods Things a confirmé  l’engouement prêté au rappeur reconverti soulman qu’est Aloe  Blacc. Difficile de choisir entre lui et son concurrent  anglais Plan B, lui aussi ancien rappeur devenu chanteur.  Finalement mon choix s’est porté sur le premier. Goods  Things, son message social et politique, sa musique, mélange  d’influences 60’s à la Motown et de modernité et la voix parfaite  d’Aloe Blacc ont emporté mon jugement. Avec Goods Things Aloe Blacc s’est enfin découvert et c’est tant mieux pour lui… et pour nous aussi ! Sortie le 27 septembre 2010.

Dels – Shapeshift

Il ne s’agit pas ici d’un album mais d’une chanson en  particulier. Le rappeur anglais Dels n’ayant toujours pas sorti  d’album, j’ai quand même décidé de le faire apparaitre dans ce  classement via son EP Shapeshift dont est extrait le morceau du  même nom. Quand j’ai reçu l’EP dans ma boite aux lettres et que je  l’ai écouté (sur mon lecteur, pas dans ma boite aux lettres) la  claque a été immédiate. J’ai eu beau chercher, je n’ai jamais rien  entendu de semblable dans la scène  hip-hop anglaise récemment. Avec Dels, le hip-hop en Angleterre a de beaux jours devant lui. Cette projection restera à confirmer avec un premier album, en attendant Shapeshift (produit par Joe Goddard de Hot Chip) a tout pour séduire ceux à qui hip-hop et électronique parlent plus que techno expérimentale et chants inuits. Sortie le 23 août 2010.

Various Artists – Jahtarian Dubbers Vol.2

On ne parle que trop peu des compilations qui sortent ces  derniers temps, submergées par les sorties plus commerciales des  compilations radio ou autres qui pourrissent le paysage. Il  demeure que certaines compilations ont encore leur place dans nos discothèques et Jahtarian Dubbers Vol.2 en fait  partie. Pur produit du label Jahtari, Jahtarian  Dubbers regroupent quelques uns des meilleurs morceaux issus  de la scène digi-dub actuelle. Chacun y trouve ses marques, que ce soient les amateurs de reggae avec Puff That Weed, LTD ou les mordus d’électronique avec Mars Reprise, Gun Dance. Un disque de qualité et un bon billet d’entrée pour tous ceux qui voudraient découvrir un peu plus cet univers. A noter parmi les meilleurs titres, International Farmer du breton Pupajim et ses blips entêtants. Sortie le 22 mars 2010.

Beataucue

J’ai remarqué une expression qui revient à la mode en ce  moment pour signifier que l’on va aborder un dernier point avant  de mettre un terme à ce que l’on exposait : “Least But Not Last“.  Cool… alors j’y vais “Least But Not Last” voici Beataucue !  Cas particulier une fois encore, le duo électronique français est  propriétaire d’un seul et unique EP Cha Cha Cha sorti le 20 mai  2010. Tout au long de l’année j’ai gardé un oeil sur ce groupe  qui nous a livré quelques uns des meilleurs mix et remix de ces derniers temps. Brodinski, Boys Noize, Paul Chambers, Major Lazer… tous sont passés sous le terrible mixer de Beataucue (comment c’est une blague ce nom ?). Ça commençait à faire un moment que l’on était en manque de grands noms de l’électronique à l’intérieur de l’hexagone. Le problème est maintenant réglé grâce à Mederic & Alexis. Deux cannois, la vingtaine et un nom qui commence sérieusement à grossir au sein de la scène électro grâce à des productions comme Wolves, Cha Cha Cha, Drop Down, Peanuts Club… A écouter et à surveiller de très très près !