God Blesse a été un des albums que j’ai eu le plus de difficultés à digérer. 29 pistes sur deux albums. Autant que le triple album Varsovie qui sortira 6 ans plus tard. Oui, il m’a fallu du temps, pour parcourir cet opus. A chaque chanson, je m’arrêtais pendant quasi une semaine, me repassant cette nouvelle découverte en boucle, jusqu’à l’indigestion, et puis je passais à la piste suivante. Usé était en 25ème position sur cette liste. Vous imaginez donc bien qu’il s’est écoulé un petit bout de temps entre la sortie de l’album et le moment où j’ai écouté pour la première fois ce titre.

Pourtant, quand ce jour est arrivé, je suis resté scotché. Damien Saez, seul avec son piano. Sa voix, d’abord posée, qui récite ce texte presque rébarbatif. Et pendant que je me laisse envoûter, la puissance monte. La voix s’écorche. Le piano devient de plus en plus violent. Le rythme s’accélère. Pour finir dans une explosion, sans parole, juste des « lalala » hurlés et des poings rageurs sur un piano en guise de mélodie.

La magie de l’instant, capturée par miracle sur un album. Car oui, jamais Saez n’aura réussi à reproduire ce moment lors des reprises lives de la chanson. Trop de vagues, l’intensité monte, puis le calme revient, avant de repartir de plus belle. Et ce « lalala » accompagné d’un sourire heureux de retrouver son public n’a pas le même goût que celui rageur offert sur God Blesse.




Usé par les hommes
par le bruit qui rend fou
usé par la vie
par les hurlements
usé par le silence
usé par le vent
usé par l’oubli
on oublie pourtant
qu’un jour on s’est aimé
qu’un jour on a vécu
que la vie est passée
que le passé n’est plus
qu’un jour on s’est aimé
que ce jour n’est plus
qu’une postérité
noyée dans l’inconnu
usé par un monde
qu’on ne comprends plus
qu’on n’a jamais compris
mais qui continue
à tourner encore
à tourner toujours plus
à faire tourner la tête
à nos âmes perdues
à nos cœurs qui appellent
et hurlent au secours
mais non y a plus de ciel
et non y a plus d’amour
et plus que des troupeaux
des vendus des vautours
des vendeurs de merveilles
des joueurs de tambours

usé par l’avenir
usé par un meilleur
qui ressemble au pire
et oui ça fait mal au cœur !
usé par l’ironie
qui tua ma jeunesse
usé par la comédie
usé par les promesses
usé par la folie
usé par le dégoût
usé d’être incompris
de marcher à genou
usé par l’usure
usé par les regrets
d’avoir fui l’aventure
d’avoir fui la beauté
te voila qui revient
te voila toi mon frère
qui me dit prend ma main
marchons vers la lumière

Et nos cœurs pleins d’espoir
et le cœur infini
on oublie qu’il fait noir
alors enfin on vit
et loin de leur tombeau
et loin de l’inhumain
on redevient fou à chaque matin
un jour on s’est aimé
et ce jour c’est demain
un jour d’humanité
un jour de gloire
un jour on s’est aimé
et ce jour c’est demain
un jour d’humanité
un jour d’humain
la la la la la la la la la la …