Décrire ma relation musicale avec Damien Saez et Saez serait un exercice de style plus que risqué, j’ai déjà écrit sur J’accuse, dernier album qui coule encore dans mon intérieur, me rappelant la rage de cette jeunesse ne se levant plus. J’ai déjà tenté d’expliquer que je préférais le rock incisif aux textes débités comme un flot d’anxiolytiques, et je sors de cinq dates électriques dont j’ai pu ramener des photographies, des souvenirs, beaucoup de souvenirs, des sourires, et surtout – ce qui me laisse à penser que cette passion musicale n’est pas vaine – des rencontres. Qu’elles soient passions, retrouvailles, trouvailles, déceptions, toutes ces expériences ont un commun, elles me rendent vivant, et comme dirait l’autre, “On est vivants tant qu’on est inconscients”.

Je prévois même une sixième date, parce que le chiffre six ne peut pas tenir sur une main, et que logiquement ca doit être bien, après ce doigt en trop peut être celui que la vie me ferait, me ramenant à une réalité amère.

Je ne suis pas du genre à garder le meilleur pour la fin, et je vous confesse que je me tâte à demander la nationalité Lilloise, si elle existe. Les gens ne sont pas plus “formidables” qu’ailleurs, des gens biens il y en a partout, même au fin fond de la Russie. Mais leur public musical est littéralement impressionnant, le Zénith de Lille est un Zénith comme les autres, une scène, une fosse, et des gradins. Mais ce soir-là c’était une seule passion, une seule musique, un seul espoir. J’étais avec mon frère, qui a partagé ce concert à mes côtés, même lui a été bluffé, même lui que j’ai mis quelques années à convertir à ma passion pour Saez. Je n’ai pas compté les demoiselles en fleur évacuées, les jeunes hommes qui slammaient la foule, surfant la vague humaine, les cris, les poings levés quand Damien Saez s’est réservé le luxe de rendre hommage à un certain Monsieur Lennon en reprenant Working class Heroes hommage tout pensé à l’intention du pays du charbon, des corons, où tout le monde n’est pas un postier benêt comme veut nous faire gober l’industrie cinématographique de notre putain de pays. Et là toute la salle s’unit, acclame et se sent forte. La setlist n’a rien de plus qu’ailleurs, deux heures et demie, d’une énergique communion, partagée avec deux femmes qui ne manquaient pas de couilles derrière moi à hurler sur Fils de France, à lever le poing, à sauter là où certains auraient dits “restez calmes, je téléphone”. Je dirai que Lille ce soir là était sur une plaque tectonique, à l’écart du monde, et que ces quelques heures de sueur, de rires, de bonheur, de cris furieux m’ont prouvé qu’on peut encore la sauver, notre étoile….

J’ai vu Paris, villes de rêves, de galères, j’ai croisé le chemin de gens uniques, comme ce génial ami qui m’a prêté un bout de canapé et du wifi pour rester “connecté” et me remettre de ma fatigue, car oui courir les dates, ça fatigue physiquement. J’ai pu croiser le chemin d’étoiles telles que Nili et Ben que vous pourrez vois dans un autre carnet de route. J’ai pu revoir Mike, et rencontrer la douce Tsuki, avec qui j’ai partagé le 6 Mai. Je ne classe pas les concerts, surtout pas ceux de Saez, car à chaque fois la dose d’émotions est différente, mais des deux dates parisiennes, je me suis senti plus épanoui sur la deuxième, qui était une sorte de rappel de la communauté “Saezienne” une sorte de second rideau, éloigné de toute la pression communicante qu’on nous a imposé au travers de ce 5 mai, qui par quelques mots égarés est vite devenu “une date exceptionnelle” alors que seule la durée était exceptionnelle, 3 heures passées de chansons, beaucoup trop d’anxiolytiques, mais Menacés mais libres qui me fait lever le poing, plein de rêve plein d’espoirs, et cette demoiselle qui demande “mais pourquoi vous levez le poing ?” . Que répondre à part “parce que jeunesse ne se lève plus” puisque tant qu’on y est autant citer celui qu’on vient écouter. Alors que le 6 mai, j’ai ressenti un voile levé, celui de la pression sur l’Artiste, celui d’une salle qui n’attend rien, rien d’autre que ce que Damien Saez va lui raconter, rien d’autre que du rêve. Et j’ai dû tomber sur les bonnes personnes, je me suis délecté, à sauter partout là où je n’étais pas censé me trouver, à enchainer la bière à flots, à hurler ma rage, aux côtés d’autres rêveurs. Merci à eux, sincèrement.

Mais avant tout ça, avant ce pèlerinage musical, je partais en procession pour une longue aventure. Il me fallait m’imbiber du son de Saez, et c’est à Amnéville que ça s’est joué. A chaque concert je croise d’autres personnes, certaines avec qui j’ai vécu ces moments il y a des années, et on partage ces moments avec émotions. J’ai apprécié ce concert, mais plus dans l’esprit que dans l’oreille. J’avais obtenu une accréditation photo pour la première partie et quelques chansons de Saez (trois sans flash pour ceux qui se demandent si on voit tout le concert devant les barrières comme un enculé de privilégié capitaliste). C’est là que j’ai le plus apprécié la première partie. Cascadeur qui le suivait sur la plupart des dates en parallèle de Guillaume Favray dit “Kaliocha“. Cascadeur avait sa place en première partie de Saez, c’est indéniable, peut être pas de Saez, mais de Damien Saez c’est sûr. Un poète masqué, anonyme, discret, pianiste subliminal, aux jeux d’images subjuguants, j’étais conquis, et amusé par la dictée magique. Cascadeur devrait sortir quelque chose en 2011, surement un EP, puis un album, etc etc, la longue logique communicante se mettra en marche d’elle-même. Il n’avait pas les faveurs du public derrière moi, allez comprendre, il ne doit pas dégager assez de testostérone suicidaire pour une jeune blonde à la poitrine en fleur, venue pour et par un certain DAMIIIIIIIIIIIIIIIIIEN (assez de “i” là?) mais il a conquis sans se faire prier l’âme des rêveurs, au son de son clavier, mélodique, onirique. Oui encore un gros, que dis-je un énorme coup de cœur pour moi. Le temps de se remettre, et les guitares entrent, puis Damien. C’est là aussi que j’ai le mieux apprécié le jeu de scène de son guitariste Cédric Le Roux, un show man incontestable, qui virevolte et s’accapare la scène, peut être un peu trop des fois, mais c’est ça aussi le Rock, c’est pas de la musique de Bisounours. Cédric fait crisser ses cordes et c’est divin, il taquine le public, il taquine Damien, il joue. Il donne de l’amour à sa guitare, cet amour qu’on ressent pour la musique. Le morceau Rambo est bandant, littéralement. Car il donne loisir aux guitaristes de nous épater, encouragé par le batteur, et de chauffer une salle déjà à blanc.

Après un tel apéritif, j’avais le hors d’œuvre de Strasbourg, et son Zénith “lunaire” comme un ovni posé là, au milieu de rien. Toujours des rencontres et ma Maman qui m’a suivi sur cette date, oui elle aussi maintenant écoute Saez. Et j’en suis pas peu fier. J’ai aimé ce concert, cette ambiance, premier accès au rêve après un Amnéville où j’avais mon matériel photo, et forcément ne pouvait pas me permettre de casser de l’adolescente. Et ah qu’elles sont belles quand innocentes, elles vous demandent le silence pour téléphoner, en plein milieu d’une fosse, aux aurores d’une communion avec quelqu’un qui constate qu’on ne sait plus se parler, qu’on ne sait plus communiquer. Paradoxal, je reconnais, un peu comme les iPhone qui se lèvent pour essayer d’attraper une image de celui qui lutte pour en défendre une autre… Un bon concert, une excellente prise de contact avec le son de Saez.

Je me retrouverai sur la prochaine tournée, toujours avec cette magie des rencontres, toujours le poing levé, et je me souviendrai que j’avais des rêves…

L’album Flickr du concert a Amneville.