L’underground sort de l’ombre

Quand on n’ est pas dedans, on ne peut pas savoir. Il faut connaitre quelqu’un, traîner sur les forums, chercher un peu. Il y avait bien un petit aperçu du mouvement à la Manifestive, organisée dans les rues de la ville pendant les Transmusicales  depuis qu’il n’y a plus de Teknival, mais rien vraiment qui puisse laisser imaginer l’ampleur du phénomène.

Et dès le premier flyer, il y a comme un choc : plus de trente sound-systems  se réunissent en association pour un évènement, rien que du 35 ! Imaginez : trente collectifs organisés, avec Dj,  matériel sono et visuel, camions, groupes électrogène et des membres qui cotisent pour que ça fonctionne ! Autour de Rennes, il y a des frees tous les week-end, et c’est pareil dans les autres départements bretons ;  en réalité, avec leur public, ça représente des  milliers de personnes ! Un peu en Mayenne, Manche, aussi les Pays de Loire, plus loin, on ne sait pas puisque, justement, il faut être dedans. Il parait que dans la Marne, on pose encore des murs de trente kilos mais c’est peut-être une légende… Si vous avez des infos…

Des chiffres

  • 9 mois de préparation
  • 31 collectifs
  • 50 Dj
  • 100 bénévoles
  • 24 heures de musique
  • 4000 raveurs
  • 2 jours de nettoyage

La Fête

L’hiver a choisit ce jour-là pour arriver ! Dès le matin, le vent est glacial mais il ne pleuvra pas. L’après-midi est plutôt familial avec des animations pour les enfants, des petits groupes qui jouent, des numéros de cirque mais chacun est dans les retrouvailles. Il y a du monde dans les parkings et on ne fait pas trente mètres sans croiser une connaissance ; ça fait vraiment plaisir, surtout ici, à la Prévalaye, lieu mythique des grands teknivals, dans un froid intense ou dans une boue invraisemblable ( les Trans, c’est en décembre ). Beaucoup de sourires et des nouvelles des absents. Les premiers Dj commencent en fin d’après-midi, les sons sont beaux, le grand a un côté Trance qui me plait, en accord avec la line up. Je regarde surtout celle de la scène ” Révolution industrielle”, sachant qu’elle ne sera pas forcément respectée pour voir qui et quand on mixera Hardcore ( Breizhcore !). Le rendez-vous est au chill-out, hippy-freaks, comme il se doit ! A partir de la nuit, il n’y a plus que trois endroits où la température est supportable : dans le son, près du feu et dans le chill-out où on peut se blottir les uns contre les autres ! Mais c’est vrai que je suis un peu chochotte sur le froid. L’année prochaine, il faudra faire du vin chaud ! Les Dj se succèdent mais on ne sait pas trop où on en est, les organisateurs que je croise sont à cran, il y a beaucoup plus de monde que prévu et ils doivent aussi mixer. Ils ont l’impression que tout va mal alors que tout va pour le mieux, le son est à la hauteur de l’évènement , tout le visuel est magnifique dans la nuit, aucune évacuation sanitaire, la buvette marche bien.

Le son

On peut se féliciter qu’il y ait eu une grande variété de style, même si beaucoup regrettent le peu de Hardtek ou de Hardcore. Mais je constate une évolution qui a de bons côtés et qui prouve que le mouvement n’est pas figé. Bien sur, la mode passe par là, beaucoup de Minimale quand même ; on nous refait le coup de la Drum’n bass, qui avait tout submergé, pilotée par des labels très offensifs. J’ai entendu de la très bonne trance qui a  fait regretté de n’être pas plus au sud, ce froid, c’était dur ! Au chill-out, Reggae, Dub, Dubstep, tout était vraiment bien et l’ambiance chaleureuse. C’était le bon coin pour ceux qui vivaient leur première free et que la puissance des gros murs effrayait un peu.  Comme vous l’avez sans doute remarqué, j’ai choisi de ne pas citer les Dj. Ils étaient cinquante, j’en ai entendu vraiment en intégralité, huit ou neuf et je ne peux pas dire : c’est lui le meilleur, parce que le meilleur, il y a des chances pour que je ne l’ai pas vu. Dès le départ, ce sont les collectifs qui ont été mis en avant et c’est préférable de rester dans cet esprit. Cette génération que j’ai vu démarrer, enthousiaste sur ses platines, et qui va sur la trentaine maintenant, a du talent, de l’énergie et des projets. On n’a pas fini d’en parler…

Le bilan

Le jour se lève sur un site bien crado. Il y a plusieurs facteurs :  la proximité de la ville, l’éloignement des voitures où on stocke les déchets habituellement, une partie du public qui  ne connaissait pas les règles de la teuf : chacun ramasse sa merde et tous ceux qui tiennent encore debout le matin restent pour aider à nettoyer.  Chacun a son idée sur le bilan, certains trouvent que le son n’était pas assez fort, qu’il n’y a pas eu assez de Hardcore, que les gens n’étaient pas tous dans un bon esprit… Pour moi, c’est une réussite, même les autorités le reconnaissent. Je ne sais pas s’ils auront le courage de remettre ça l’année prochaine, c’est beaucoup d’investissement pour des gens qui ont un travail, une famille, mais on y sera, encore plus nombreux !

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Reportage et débat sur TV Rennes