Ce rêve qu’on a fait

Le convoi s’arrête tous les trente mètres. Notre horizon :  les feux- stop de la voiture devant. La campagne a succédé progressivement à la ville, puis aux zones industrielles et la fraîcheur de la nuit me donne des frissons. Toutes les cinq minutes, quelqu’un vient à la fenêtre : ” il y a les flics devant, mais on continue”. Je n’en peux plus de l’aquarium dans la voiture, je sors. Et là, j’en ai un vertige tellement c’est énorme ! Le serpent lumineux s’étire à l’infini, devant et derrière, il y a des centaine de voitures et de camions, des cris et des rires. C’est tellement dingue qu’on dirait un rêve, un rêve de rythmes, de liberté, un rêve qu’on serait des milliers à faire ensemble et qui a commencé par un numéro, griffonné sur un petit bout de papier. Ce rêve, musical, politique, poétique, c’est celui des Heretiks, qui sont quelque part à l’avant du convoi, mais il se partage à l’infini. Je m’y suis précipitée à cause de cette soif qui ne s’arrête jamais, pour le son, l’anarchie et la fraternité. Un type surgit de la nuit, une loupiote sur le front : “on se pose, ça y est”. Ses yeux brillent comme des étoiles, c’est magnifique.

En voyant ce convoi dans un documentaire, des années plus tard, je me demande : “Ce rêve qu’on a fait, en quoi nous a-t-il changé” ?

Projection à l’Ubu dans le cadre des Transmusicales

16h30, samedi. La ville bouillonne et prépare sa dernière soirée. L’Ubu présente le documentaire de Damien Raclot-Dauillac sur l’histoire du collectif Heretik system en présence du réalisateur et de certains des protagonistes. Il y a du monde.

Ce n’est pas si vieux et pourtant, les choses ont beaucoup changé. Ces évènements se dérouleraient maintenant, on aurait des dizaines de vidéos, des milliers de photos… Pas sûr que la réalité en serait mieux retranscrite. Les témoignages ont l’intérêt de garder l’essentiel, le regard que chacun pose sur l’histoire et la trace gardée dans son cœur, tout ce qui compte, finalement.  Ce fut et cela reste une intense aventure humaine, faite de défis permanents, de créativité révolutionnaire, malgré l’Etat, malgré la vie qui déchire tout, la mort, et même malgré le succès. Je ne vais pas vous dévoiler le film, je vous laisse plutôt découvrir la bande-annonce.

Après le film, un débat est organisé. Sur la scène : Léo, KRS, Damien Raclot-Dauillac, qui se cache un peu, Ben et d’autres encore. La discussion est vive, normal, ce ne sont que des passionnés ! Redéfinir à l’infini la free-party, encore et toujours, l’argent, le manque d’argent, la liberté… J’ai quand même la honte quand KRS demande s’il y a des représentants des sound-systems bretons et qu’il n’y a qu’une jeune fille qui lève la main ! A leur décharge, il y en a quelques-uns qui préparent le off de ce soir.

Le débat s’achève dans une certaine confusion et l’Ubu se vide d’un seul coup mais je traîne au bar avec quelques autres. KRS nous fait un petit mix bien cool, parfait pour un apéro entre amis. C’est le meilleur moment de l’après-midi et ils sont tous partis ! On parle de la prochaine rave, en février, mais ça, ce sera la suite de l’histoire d’Heretik System. Je vous tiens au courant.

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