Le montage

Enfin nous y voilà ! Sur la route de Saint Jacques, nous sommes plutôt calmes, Camille et moi. On sait que l’on est parties pour quelque chose comme trente heures et qu’il vaut mieux économiser les cartouches. Il y a déjà quelques voitures et camions garés au bord de la route, devant le site et il n’est que dix heures du matin ! Un quart d’heure plus tard, Jagger Jack nous donne nos bracelets et je dois préciser que nous avons été entièrement libres et que les seules restrictions que l’on ait eu ont été données pour des raisons de sécurité, comme la scène au passage du Cirkus road system. Les techniciens sont là depuis plusieurs heures et la scène est montée. Vide, la salle est impressionnante, il y a des gars qui travaillent au plafond, assurés par des harnais : les grappes, les projecteurs, les rideaux. Au sol, on commence déjà les branchements. C’est vite fait, bien fait, dans le calme, la sécurité et la concentration.

Un peu plus tard, Gino arrive avec une partie de son équipe pour installer ses machines infernales, ses rampes, ses tuyaux, alimentés au gaz. On teste et on re-teste encore : la précision est vitale et la surprise totalement prohibée ! Pendant ce temps, ses artistes répètent dans un coin de la salle … Petit à petit, les loges se remplissent, les DJs arrivent, les copains, les copines, embrassades, déconnades, KRS est déjà déchainé et ce n’est qu’un début ! On nous dit qu’il faut aller manger, qu’après ce sera trop tard. Il y a des milliers de personnes dehors, dans une heure, les portes seront ouvertes.

The rave

Pour être honnête, je me demande vraiment comment restituer une nuit comme celle-là ! Je ne vais pas vous faire un report de tous les DJs qui se sont succédés, ce serait fastidieux, tous ont produit un set d’un super niveau et ont eu beaucoup de plaisir à le faire. Il y en a que j’ai découvert, comme Dick Lorentz ou Lim-K, d’autres que je n’avais pas vu depuis longtemps, mais pour tout le monde la consigne était : ” du lourd ” ! De la bonne techno à l’ancienne pour le début de soirée, les jeunes ont pu être surpris, c’est pas de la branlette psy-machin made in Berlin 2010, c’est puissant et les basses te transpercent les tripes. Au bout d’un moment, la salle est tellement pleine qu’on ne peut pratiquement plus y aller. J’ai peur quand je vois  les échassiers du Bing Bang Circus marcher dans la foule, vu d’ici, ça semble impossible ! Dans les loges, la chaleur est étouffante et c’est finalement sur scène que l’on va passer la plus grande partie de la nuit.  L’esprit de la rave y règne, les gars jouent, tout le monde qui danse autour d’eux, des potes qui viennent les embrasser, KRS qui les taquine.

Quand le Driver monte sur scène, je vous jure, les loges sont quasiment vides et la salle est à son comble. Avec Manu, il y a autant à voir qu’à entendre,  et bon dieu, comment il fait ça ? Rendre la techno aussi dark et en même temps aussi sensuelle, c’est le mystère du Driver. Ce mix qu’il nous a fait, c’était comme voir Picasso peindre ou Pina Bauch danser : si la perfection n’existe pas, ça n’est pas passé loin ! Camille le mitraille mais à la fin, je vois son regard : elle est toute chamboulée, encore une fois, il a tapé dans le mille, il a trouvé la petite porte au fond de sa tête. Bienvenue au club.

Dans les loges, je tombe sur un pote qui me dit qu’ils sont posés sur les gradins au fond, je décide de l’accompagner pour voir le show de Cirkus road system de loin. On ne peut plus approcher de la scène, le risque est réel et les pompiers sont aux taquets. Nout aux platines pour un set Hardcore, et c’est l’enfer qui s’installe sur scène. Grâce aux grappes, le son est puissant jusqu’au fond de la salle et le spectacle extraordinaire, il y a du feu, du sang et des prêtresses vaudou, le son tabasse sans pitié. Je me dis que ceux qui sont en trip vont en prendre plein la gueule. Par moment, le feu, le son et les lumières explosent ensemble, c’est vraiment énorme. Musicalement, le tempo est donné pour le reste de la soirée, ce sera Hardcore et c’est tout, Jagger Jack et Trypod vont s’en charger. Déjà, à plusieurs reprises, on avait frôlé le dérapage prématuré :  si c’est bien Lunatik Asylum qui a commencé son live, son alter-égo Docteur Macabre le démangeait de l’intérieur et on avait l’impression que les freins n’étaient pas loin de lâcher. KRS clôture la soirée qui est devenu subrepticement matinée, Camille est désolée de plus pouvoir le photographier, la fumée, la fatigue…On s’est rendues compte après coup que ça n’était pas bien grave puisqu’il est sur presque toutes les autres photos . Il a été le korrigan farceur de cette nuit magique : arrivé le premier, mixant en dernier, il a animé toute la soirée en coulisses et sur scène avec sa bonne humeur et  son esprit de la fête. C’est en remontant pour dire au revoir et remercier tout le monde que j’apprends ce qui est resté clos dans le bureau de la production toute la soirée : des gens ont saccagé les navettes, on parle des supporters du PSG, de gens sans billet qui, théoriquement ne pouvaient pas les emprunter. Il y a eu aussi trois mille personnes sans billet à l’extérieur qui ont tellement poussé qu’il a fallu en faire entrer pour éviter le pire. Je comprends alors que tout le monde n’a pas passé la nuit à rigoler des blagues de KRS, mais aussi que les Heretiks ont encore frappé très fort. Même si on les voit séparément, et même si des années séparent leurs réunions, comme hier, tous ensemble, comme avant, c’est toujours trop petit ! Quelque soit la salle, c’est jamais assez ! La prochaine fois, pourquoi pas une plage ? Dans tous les cas, j’y serai.

À Léo.

 
 

Photos © Camille Lamy.

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Site officiel du Bing Bang Circus
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