Kévin Kelly c’est d’abord un nom. Facile à retenir, Kévin Kelly, ça claque dès la première prononciation à l’instar des groupes et des superstars comme Robert Turner ou Fred Smith. Un nom qui sonne comme celui d’un rock band adolescent ou encore d’un chanteur à midinettes. Kévin Kelly c’est donc le nom que s’est attribué ce chanteur et guitariste originaire de Saint-Nazaire pour lancer sa nouvelle formation. À raison ou à tort, puisque de toute façon, il s’agit là du vrai patronyme de l’artiste. Le choix s’avère pourtant évident une fois qu’on a rencontré le personnage. Après quelques échanges, les barrières tombent rapidement et on se rend compte alors que la frontière qui sépare l’individu du personnage n’existe pas : “J’ai l’impression d’être un être humain avant d’être un zicos, car les zicos sont tous des connards“. Exit chez Kévin les considérations un peu fantasmées sur les rock stars et le statut de l’artiste que l’on monte sur un piédestal : “On ne sert à rien. Je ne suis pas indispensable. Si demain je disparais, tout le monde s’en fout”. L’homme est là pour mettre les choses à plat. Qu’on se rassure, Kévin est loin d’être un aigri, mais plutôt un bosseur qui garde les pieds bien sur terre, conscient que l’on peut se sacrifier pour la musique, essayer d’en vivre sans pour autant espérer en tirer quelque chose en retour.

La rencontre se fait autour d’un café. L’air fatigué, comme s’il venait tout juste de se réveiller, une barbe de trois jours qui vient lui vieillir un peu ses traits, Kévin a des heures de sommeil à rattraper. Sa dégaine lui ferait presque oublier son jeune âge. Seulement, le T-Shirt AC/DC qu’il arbore sous sa veste le trahit et vient rappeler à quel point lui aussi est un fan et un passionné avant tout : “Tu vois ce T-Shirt, je suis fan d’AC/DC, c’est un putain de groupe de scène, je les ai vu à Paris et j’ai pris ma claque ». 
Le projet Kévin Kelly se déclinait à l’origine sous la forme d’un trio rock classique avec basse, guitare et batterie. Créé il y a un an et demi environ, le trio a récemment été rejoint par un quatrième membre, un ancien élève de Kévin à qui il donnait des cours de gratte : “Je compose toujours à deux guitares”. Ce dernier vient d’arriver en renfort à la guitare rythmique, puisqu’il faut bien le reconnaître, le point fort de Kévin, c’est la six cordes. Seulement sur scène, l’homme aime bien se lancer dans des solos habités, influencé par des artistes allant de AC/DC à Prince en passant par Nirvana. Difficile derrière de maintenir la pression lorsque Kévin lâche le micro pour se défouler sur les cordes : “La musique je la fais pour moi et les gens l’acceptent ou pas. Je suis là pour ressentir et faire partager des émotions”. Dans le son, on pense aux australiens de Jet, les riffs de guitares acérés et secs sont là pour jeter les bases d’un hard rock où il est quasiment interdit de s’endormir ensuite. Dès le début, Kévin Kelly a vite compris que pour imposer un trio sur scène, ou comme ce fut le cas pour des combinaisons guitare, batterie à l’instar des Black Keys voir, plus proche de chez nous, le groupe Inspector Cluzo, il allait falloir jouer fort et faire du bruit. Une formule qui semble séduire le public : « Je pense qu’on a une bonne réputation scénique ».

En effet, chez Kévin Kelly, ça joue fort, une énergie qui rappelle celle des jeunes groupes qui en veulent. Pourtant, la bande connaît déjà une petite notoriété à l’échelle locale et même en dehors du territoire nazairien, dû notamment à l’expérience accumulée grâce à son ancienne formation Joke’Hurts : “J’ai toujours joué en groupe. Depuis le lycée. Mais Joke’Hurts a été le premier truc sérieux. On a eu très vite de la crédibilité“. Une confiance de la part du milieu qui lui a permis de remporter un tremplin jeune talent et de jouer devant plus de 2000 spectateurs aux festival Terres Blanches de Guérande. Il reste que le garçon pose aujourd’hui un regard assez sévère sur ce même milieu : “Je ne veux pas prostituer ma musique“. Ça y est, le verbe est lâché.
Quant on lui demande pourquoi ne pas aller se rapprocher d’une ville comme Nantes où l’activité culturelle est bien plus riche qu’à Saint-Nazaire, on comprend mieux sa réponse : “Nantes c’est trop grand. Saint-Nazaire c’est la bonne taille. Tu sais l’adage qui dit que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, c’est des conneries. J’ai vécu à Londres mais c’est ici que je me sens bien. J’aime la ville. Au moins ici je peux faire du bruit. L’idée c’était aussi pouvoir aller à pieds au studio pour répéter, la guitare sur le dos”. Le studio auquel il fait référence c’est le VIP de Saint-Nazaire, “la deuxième maison” où il se rend avec sa formation lorsqu’il n’est pas en train de composer dans le home-studio qu’il s’est aménagé chez lui : “Je suis multi-instrumentiste. Je compose tout chez moi et ensuite je le montre aux autres“. Si Kévin Kelly est bien un projet solo, c’est accompagné qu’il se réalise, entouré des musiciens qui sont aujourd’hui devenus ses amis : “ Il y a une vrai cohésion de groupe. Je vois le truc un peu comme Mathieu Chedid qui a gardé les mêmes mecs à ses côtés depuis ses débuts”.

“L’humain”, un mot qui revient souvent dans sa bouche. Kévin se sert de la musique comme d’un moyen pour échanger avec son groupe, avec le public et c’est sans doute cela qui rend sa musique aussi communicative : “Ce que j’aime c’est l’échange, plus que la musique je pense. Et lorsque les gens me parlent de leur boulot, souvent ils me disent ensuite : mais ça doit être moins passionnant que toi… Je me dis mais pourquoi ? Je ne demande à personne de me mettre sur un piédestal. Moi j’ai un pote qui est boucher, il est dingue de ses couteaux. Quant il m’en parle, il est à fond dans ce qu’il raconte et moi je l’écoute, ça devient passionnant. Ça lui plait, et lui au moins il sert à quelque chose. (…) Les gens parlent de talent ou je ne sais pas quoi. Mais derrière il y a surtout 15 heures de boulot par jour“. Toujours les pieds sur terre, perfectionniste et bosseur invétéré, Kévin Kelly fait partie de ces jeunes groupes qu’on est fier d’avoir découvert. A l’heure où tout le monde sort de l’anonymat grâce à internet, découvrir ce genre de talent au détour d’un concert alors qu’on y attendait rien de particulier fait toujours plaisir. Le partager aussi. Il ne saurait tarder avant que Kévin nous ponde un premier projet physique à se mettre dans les oreilles. En attendant on peut patienter et aller le(s) voir sur scène.

Photo : © Stéphane LeLudec

 Myspace : “Je n’aime pas trop les morceaux qui sont présents sur le Myspace“. – Kévin Kelly
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 Gallerie photo de Kévin Kelly sur le site officiel de Stéphane LeLudec