Que ce soit clair, malgré une addiction certaine pour les sons en tous genres, la fête de la musique n’a jamais été ma tasse de thé. D’abord, j’en ai des souvenirs d’heures de marche dans la foule avec des potes, dont aucun n’avait les mêmes goûts musicaux, ce qui résultait inévitablement en une frustration collective (ou la scission dudit groupe). Ensuite, quand on allait voir d’autres potes métalleux jouer, c’était parfois, comment dire, un peu… étrange. Enfin, il y a inévitablement ces adolescents (dont j’ai fait partie) qui braillent du Nirvana sur de mauvais amplis devant le Bar à Gégène, avec leurs potes chevelus (dont j’ai fait partie) qui pogottent à huit devant la scène… bref, la fête de la musique a souvent tendance à se transformer en massacre de la musique autorisé à tous…

Ma vision des choses a changé lorsque j’ai fait ma première fête de la musique, il y a deux ans, en tant que joueur, et je vous propose une petite chronique “insider” pour changer (et aussi pour faire une peu de pub !). Alors oui, histoire de raconter un peu ma vie, je fais partie d’une batucada. Kézaco ? C’est facile, c’est un orchestre de percussions brésiliennes comprenant, entre autres, tambours (des gros, les surdos), des caisses claires (caixas avec l’accent du soleil) et autres repiniques, des cloches (agogos) et des tamborims (des tout petits tambourins qui claquent à pas loin de 160 db). Le tout est dirigé par un maestre qui donne le tempo, envoie les breaks et gère tout son petit monde histoire qu’on reste ensemble et que ça ressemble à quelque chose. Là-dedans, moi je joue du surdo, parce que c’est gros et que ça plait aux filles (un peu), aux gosses (trop), aux gars bourrés et aux consanguins (mais j’y reviendrai).

Caixa !

Donc vendredi soir, entre deux averses, je trainais mon tambour dans les rues de Montargis (Loiret – oui, on choisit pas toujours sa ville) pour rejoindre mon groupe, Sambar’Ouf le bien-nommé. Au passage, je constatais que la fête de la musique ne changeait décidément pas en croisant le traditionnel groupe d’ados en train de massacrer un Matmatah comme il se doit, bref, une super soirée en perspective :). Pour nous, ce genre de représentation est toujours synonyme de stress : va-t’on y arriver ? Pas trop faire de pains ? Qui va finir bourré ? Laquelle va jeter son soutif dans le public ? Bref, grosse pression. Il y a aussi le fait que, en général, les gens sont plutôt indifférents, voire carrément hostiles, aux batucs : ça fait du bruit, ça prend de la place, faut se boucher les oreilles, et Christine ne jette pas toujours son soutif… Donc souvent on joue pour nous, dans la rue, sous le regard hagard d’un public clairsemé… sauf le 21 juin.

Car oui, ce vendredi comme les autres 21 juin, c’était la folie. Nous avons commencé doucement devant le bar d’un pote du groupe, nos familles et amis sont là, puis un peu de monde, et de plus en plus, certains bougent presque au rythme d’Olodum et de Timbalada (j’ai dit presque hein, le montargeois est timide et nos groupies n’avaient pas sorti leurs plumes). Le deuxième set nous permet de rejoindre Batuca Délires, l’autre batuc de Montargis avec qui “l’Encontro” donne lieu à quelques belles notes, sous le regard de dizaines de personnes, incroyable… jusqu’à ce que l’averse tant attendue finisse par couper court à ce moment de grâce.

Christian au surdoQuelques minutes plus tard, c’est reparti pour une nouvelle traversée, c’est assez dingue mais les gens nous suivent, nous félicitent au passage, ce qui galvanise le groupe forcément, on oublie les erreurs pour se concentrer sur la pulse, sur le rythme et sur ce public qui a l’air content de nous voir. La dernière traversée, tardive, se termine sur une place près du canal, suivis par des fans apparemment inconditionnels, mais aussi par le lot traditionnel de bourrés consanguins, teufeurs paumés, et flambeurs, qui foutent autant le dawa que l’ambiance… Encore quelques applaudissements, notre maestre jette une baguette dans la flotte, c’est fini, il est 23h30 mais qu’est-ce que c’était bon !

Le temps d’une dernière bière entre amis du groupe, je traine le surdo jusqu’à la voiture pendant que les autres vont fêter ça au bar, et pendant aussi que certains finissent la soirée dans un nuage de lacrymo, ou le nez dans le goudron les menottes au poings… C’est aussi ça la fête de la musique.

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