Combinaison jean oversize pour Cleo Tucker, robe salopette en velours, socquettes blanches et mèches délavées bleues pour Harmony Tividad. A les observer en pleines balances sur la scène du Point Éphémère à Paris ce 16 septembre 2015, on croit voir deux adolescentes aux sourires encore enfantins, lumineux, tout juste sorties du garage de leurs parents. Et puis, elles commencent à jouer, à chanter… Cleo et Harmony n’ont pas 20 ans, mais surprennent par leur maturité. Rencontre dans un bistrot parisien avant leur concert.

Originaires de Los Angeles, elles fréquentent dès l’âge de 16 ans la scène punk relevant du mouvement DIY (« Do it yourself »). « On s’est rencontrées au club The Smell (espace sans alcool ouvert à tous, scène punk/rock/expérimentale, galerie d’exposition…), on allait chacune à des concerts, on traînait là-bas, on passait beaucoup de temps ensemble… », raconte Harmony. « On a voulu essayer d’écrire ensemble », poursuit Cleo. Et leurs parents dans tout ça ? « C’était évident pour eux, ils nous voyaient tous les jours aller à des concerts après l’école. Leur réaction a été ‘Bien sûr que vous voulez faire ça !‘ » Girlpool était né : 17-18 ans et déjà un premier EP éponyme (sorti en novembre 2014).

Elles écrivent sur ce passage difficile – parfois violent – de l’adolescence vers l’âge adulte : la sexualité, les angoisses (Chinatown – « If I loved myself, would I take it the wrong way ? »), la nostalgie de l’enfance (Before the world was big)… On respire, le teen movie musical s’arrête ici. Car leurs textes sont forts, authentiques avec un son brut : une guitare, une basse. « Nous voulions quelque chose d’honnête et de franc, nous concentrer sur les paroles. » Elles chantent d’une seule et même voix et écrivent à deux mains, comme nous explique Harmony : « Nous nous posons et tentons d’exprimer des sentiments que nous ressentons chacune à notre manière, d’explorer ces sentiments et d’en discuter en toute franchise… C’est assez incroyable comme processus, très organique. » Cela donne des petits bijoux empreints de vulnérabilité.

Une esthétique minimaliste qui fonctionne à merveille sur scène. On ne voit qu’elles, elles et leur complicité ; comme cette scène où, entre deux chansons, Harmony se réhydrate un peu trop longtemps pour Cleo qui lui lance, amusée, « Cheers ! » avant d’enchaîner un nouveau titre. Sur Paint me colors, elles échangent leurs instruments : Cleo à la basse, Harmony à la guitare. On a face à nous deux copines qui s’éclatent sur scène, devant un public à la fois conquis (il y a déjà des fans dans la salle !) et intrigué.

Girlpool prend parfois des accents féministes : Jane – « Share all your feelings / If your a Jane put your fist up too » ou encore Slutmouth – « I don’t really care about the clothes I wear / I don’t really care to brush my hair / I go to school everyday just to be made a housewife one day ». Et quand on découvre que le nom du groupe est directement inspiré d’un chapitre du roman de science-fiction Cat’s cradle de Kurt Vonnegut (une amie de Cleo le lisait à l’époque), on comprend que certaines critiques les associent au mouvement Riot Grrrl. Dans le chapitre en question, l’auteur y décrit un monde où les femmes vivent des vies limitées et dénuées de sens. Alors féministe, Girlpool ? « Girlpool n’est pas un Girl band et ne se résume pas qu’à une seule chose. Notre univers est bien plus complexe et nous voulons juste avoir autant de liberté et d’espace que possible afin d’être nous-mêmes », affirment à tour de rôle Cleo et Harmony.

Rester libre. Et ainsi passer d’un son punk à une pop mélancolique – toujours à mille lieues de cette pop « cheesy » (ringarde) des teen movies ! En parlant de fromage (« cheese »/ « cheesy », vous suivez ?), entre deux questions, Cleo se demande tout à coup ce qu’elle est en train de manger : « Une quiche ? », tente Harmony, penchée au-dessus du plat. « It’s very cheesy » (vous avez saisi ?), précise Cleo, son smartphone à portée de main. Tiens d’ailleurs, qu’écoutent-elles ces derniers temps ? Des noms fusent, on relève Tame Impala (qu’elles adorent), mais aussi Stephen Steinbrink et ses envoûtantes mélodies pop, en première partie de leur tournée. Ce soir-là, lors de son set, on aperçoit une petite tête au fond de la scène : Harmony et ses mèches bleues. Une fan comme une autre…

Sont-elles définitivement passées de l’adolescence à l’âge adulte ? On ne saurait dire, mais après leur EP et aujourd’hui leur premier album Before the world was big (sorti en juin), Girlpool a clairement réussi sa transition, de la scène DIY au monde professionnel de la musique. Elles ont d’ailleurs quitté leur Los Angeles natal pour Philadelphie. A suivre : une tournée américaine. The world is bigger now !

Leur premier – et prometteur – album Before the world was big est sorti le 2 juin 2015.

Before the world was bigTracklist

  1. Ideal World
  2. Dear Nora
  3. Before The World Was Big
  4. Chinatown
  5. Cherry Picking
  6. Magnifying Glass
  7. Crowded Stranger
  8. Pretty
  9. Emily
  10. I Like That You Can See It

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