En ce dimanche 24 juin, dernier jour de Solidays 2018, nous avons eu la chance d’assister à la conférence de presse de la jeune mais déjà grande Clara Luciani. La jeune femme, originaire de Martigues, est passée par le groupe La Femme avant de se lancer en solo. Son premier EP Monstre d’Amour sort en 2017 et son premier album Sainte-Victoire vient de sortir.  Aujourd’hui à Solidays, elle nous parle adolescence, tricot et musique, pour notre plus grand plaisir.

 

Dans vos chansons y’a du rock, de la pop, de l’électro, voire même du jazz, comment définiriez-vous votre musique et votre genre ?

C’est très compliqué, je crois, de justement poser une étiquette sur ce qu’on fait. Surtout quand on est de l’intérieur. J’aime bien laisser les gens décider pour moi de ce côté-là. Mais en effet, moi j’ai toujours voulu qu’on entende mes influences principales, qui sont effectivement le rock d’un côté et de l’autre, la chanson française traditionnelle. Peut-être un mariage entre ces deux genres, ce serait ce qui me définit le mieux.

Vous avez dit la chanson française, et vous avez également beaucoup repris des chansons américaines comme Come As You Are de Nirvana et vous les avez traduites en français. Pourquoi le choix du français ?

Parce que je parle très mal anglais et que je crois que ce serait très embarrassant pour tout le monde que je me mette à chanter en anglais. C’est plus pratique qu’autre chose comme décision.

Est-ce que le fait d’être à Solidays aujourd’hui est une victoire pour vous ?

A vrai dire, je suis dans une période où tout me semble une victoire. Effectivement, quand ce sont des scènes aussi importantes et des festivals aussi prestigieux, peut-être que c’est encore plus une victoire. Mais je crois que je suis tellement heureuse de ce qui m’arrive que même lorsque je joue dans une toute petite ville, dans une toute petite salle c’est une victoire aussi.

Solidays est quand même un événement utile, je suppose que pour vous c’est particulier ?

Oui bien sûr, c’est émouvant, c’est particulier, mais je suis très heureusement dans une phase où tout me semble encore magique, même les plus petits événements.

Qu’est-ce que ça vous fait de présenter votre album devant un public plutôt jeune ?

C’est avéré que c’est un public plutôt jeune ? Je ne sais pas, je ne sais pas s’il est plus jeune que dans les autres festivals, j’ai pas eu les chiffres, mais de toute façon je crois que ma musique peut toucher des adolescents comme des personnes plus âgées. En tout cas c’était mon but. J’ai toujours faire quelque chose d’assez simple, d’assez limpide, justement pour toucher le plus de gens possible et notamment les jeunes.

Avez-vous déjà fait le festival en tant que festivalière ?

Jamais. J’ai souvent voulu et jamais vraiment pu donc c’est une double première fois.

Est-ce que vous adaptez votre set pour les festivals ?

Effectivement il y a quelques chansons que je ne trouve pas très adaptées pour les festivals. Je pense notamment à une chanson de mon premier EP qui s’appelle Pleure Clara, Pleure et une autre chanson de mon album qui s’appelle Dort, et je trouve que ce sont des chansons qui ne sont peut-être pas assez dynamiques, pas assez solaires pour trouver leur place parmi les festivals d’été. Après, je ne suis pas fermée à les faire en rappel, par exemple, si jamais rappel il y a. J’essaie de faire le set le plus dynamique et le plus solaire possible.

Pourrait-on savoir comment vous étiez quand vous étiez un peu plus jeune ?

A l’adolescence ? Je crois qu’il faudrait vraiment une conférence de presse entière (rires). Non mais je crois que j’étais assez… j’étais très grande, avec une voix bizarre, un physique un peu disgracieux, du coup, les enfants étant assez cruels, j’ai été très seule. Et finalement, aujourd’hui je me dis que ce n’est pas plus mal, car c’est sans doute cette solitude qui m’a fait aller assez naturellement vers l’écriture, la lecture, les arts en général. Je crois que c’est devenu une force finalement. Et je crois que ça a forgé beaucoup de ma personnalité donc c’est un mal pour un bien.

Vous écriviez pour aller mieux ?

Oui. J’écris pour aller mieux. Toujours.

En 2016 vous avez récompensée du prix Les Inrocks Lab, qu’est-ce que ce prix vous a apporté ?

Finalement, je crois que ce qui a été le plus précieux dans ce prix, hormis le fait que j’ai pu acheter un ampli, ça a été peut-être ce que ça m’a apporté en tant que soutien psychologique. J’étais vraiment au tout début de cette aventure en solo et c’était un peu balbutiant. J’avais du mal à avoir confiance en moi, et cette confiance, cet encouragement des Inrocks, a été précieux à ce niveau-là.

Vous donneriez quel conseil à un jeune qui se lance comme vous ? Vous êtes montée à Paris très tôt.

Je ne sais pas, je ne sais pas si j’ai de très bons conseils, en tout cas, moi je crois que finalement ce qui fait la différence, ce qui permet de trier un peu, parce qu’il y a beaucoup de gens qui font de la musique et qui font de la musique très bien et bien mieux que moi. Je pense que ce qui fait la différence c’est la persévérance. Ne rien lâcher et être honnête aussi.

Vous dites que quand vous étiez jeune, vous étiez un peu le vilain petit canard, est-ce qu’un titre comme La Grenade c’est une façon de dire “attention je vais exploser” ?

C’est intéressant comme question. Je crois que c’est plutôt l’album en lui-même qui peut vouloir dire ça que la chanson La Grenade. Je crois qu’il y a quelque chose de la revanche dans cet album. Je crois que c’est pour ça que je l’ai appelé Sainte-Victoire. C’est une revanche sur plein de choses et notamment cette période-là de ma vie effectivement.

Vous jouez partout, on vous a vue à l’Assemblée Nationale pour la Fête de la Musique, il se passe plein de choses, est-ce que vous pensez déjà à la suite ? Au deuxième album, qui va être très attendu ? Est-ce que vous avez le temps d’écrire ?

Moi je suis de nature assez angoissée, et du coup, un mois avant que l’album ne sorte, je me suis dit qu’il fallait que j’écrive un deuxième album. Je suis donc partie en Angleterre avec deux de mes musiciens et j’ai déjà quelques chansons que j’ai eu la possibilité d’écrire avant que l’album ne sorte. C’est vrai que ces temps-ci je n’ai pas trop le temps d’écrire. Mais ça reste une de mes priorités. Dès que j’ai un peu de temps, en tournée dans le camion, j’ai mon ordinateur et un petit clavier midi. C’est quelque chose qui est très important pour moi, qui est nécessaire. Oui j’y pense beaucoup.

Vous dites que vous êtes assez angoissée, qu’est-ce qui vous a poussé à dépasser ces craintes pour commencer cette nouvelle aventure ?

En fait je crois que depuis toujours la musique s’est vraiment imposée comme une nécessité. La seule chose qui pouvait dépasser mon trac et mon appréhension, c’était ma passion pour ce que je faisais. Et je crois que c’est ce qui me pousse à aller toujours plus loin et à me dépasser. C’est cette nécessité de le faire finalement. J’ai l’impression parfois que j’y suis un peu pour rien et que j’obéis à quelque chose qui est beaucoup plus fort que moi.

Tout à l’heure vous parliez d’influences, est-ce que vous pouvez nous citer des groupes, des artistes qui vous ont influencée ?

Oui, il va y avoir un peu à boire et à manger, mais ça peut être Patti Smith, Nico, Françoise Hardi, Barbara, Spiritualised, Bitch Now, les Kills que je vais louper tout à l’heure. Lennon, Mc Cartney, Harrison. Il en manque un vous remarquerez (rires). Ces choses-là.

Est-ce que vous avez des rituels d’avant ou après concert ?

Oh oui ! Mais pas des trucs très sexy. Ces derniers mois j’ai beaucoup tricoté avant de monter sur scène. J’étais très angoissée et j’ai cherché désespérément quelque-chose qui pourrait me relaxer un peu, et le tricot s’est avéré très efficace. Parce qu’en fait, je ne sais pas si vous avez déjà tricoté, mais ça demande beaucoup de concentration. Une maille à l’endroit, une maille à l’envers etc. Et du coup ça anesthésie complètement l’esprit, ça fonctionne très bien.

Ça permet de se concentrer en fait ?

Ouais exactement ! Et ça permet d’oublier un peu le trac. Y’a ça et Petit Bambou qui est une application de méditation qui fonctionne très bien, et je joue beaucoup au Uno aussi avec mes musiciens. Voilà, j’ai l’impression que je raconte des blagues, mais ce sont de vraies astuces.

A la sortie de votre album, beaucoup de journalistes vous ont comparée à Françoise Hardi, est-ce que ça vous flatte ?

Je ne sais pas qui c’est (rires). Oui évidemment que ça me flatte, mais je trouve ça un peu démesuré, c’est comme si on me comparait aux Beatles. Des gens comme ça, auxquels j’ai l’impression qu’on ne peut pas être comparée, parce que ce sont des figures tellement iconiques. Jamais je n’oserais me comparer à Françoise Hardi. Après c’est vrai que les journalistes ont été nombreux à trouver une sorte de filiation entre nous deux. Et je ne vous cache pas que oui, ça me fait très plaisir.

Vous dites que vous êtes timide, qu’est-ce que vous préférez entre le studio et la scène ?

C’est différent. Je crois que je trouve autant de plaisir dans l’un que dans l’autre, pour des raisons différentes. Le studio, il y a quelque chose du laboratoire, de la naissance du titre. On se permet quelques libertés. Il y a quelque chose d’émouvant. Et puis la scène, j’apprends à… Avant j’avais vraiment aucun plaisir à être sur scène, j’étais trop stressée, je n’arrivais pas à tenir mon médiator, je n’arrivais pas à jouer de la guitare, c’était vraiment pénible. Puis maintenant, je crois que c’est lié au fait que je ne suis plus seule sur scène, j’ai des musiciens incroyables et ça me pousse vachement. Je commence à mesurer l’aspect vraiment addictif des concerts et quand je ne joue pas pendant une semaine, vraiment ça me manque. Donc voilà, j’aime autant l’un que l’autre maintenant, c’est assez nouveau.

A quel âge avez-vous commencé à écrire et sur quoi écriviez-vous à l’époque ?

Je n’ai pas de souvenirs précis. J’ai une anecdote un peu comique encore une fois, j’étais très fan de Harry Potter, j’avais huit ans et j’ai entrepris d’écrire la suite de Harry Potter. Ça a peut-être été un de mes premiers écrits. Ensuite j’ai eu un blog où tous les soirs quand je rentrais du collège, j’écrivais des textes un peu informes. Mais j’ai toujours écrit. Mes premières chansons je devais avoir 11 ans et ça ne m’a jamais quitté.

Vous écriviez quoi ? Votre vie ? Votre quotidien ?

C’est plus de l’ordre de l’extrême intime. Je crois que ça a toujours été ça. Quelque-chose qui ressemble un peu à un journal très intime.

Votre album est largement autobiographique et vous êtes à Solidays, un festival engagé. Est-ce que vous pourriez vous engager un peu plus dans votre musique, et si oui sur quels thèmes ?

Je ne crois pas. Je crois que je suis assez mauvaise pour… Enfin pour moi les chansons doivent avoir une dimension poétique, et je crois que je suis très mauvaise pour réussir à cumuler à la fois une dimension poétique et une dimension poétique. Et pour le moment je ne crois pas que je pourrais aller plus loin que ça. Ça n’empêche pas que je peux avoir mes combats, mes opinions, mais j’ai beaucoup de mal encore à les chanter.

 

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