La bombe explose un soir de Novembre 2008 dans le PRF (Paysage Rock Français). Noir Désir est de retour avec deux nouvelles chansons en téléchargement libre sur leur site officiel.

Poussé par l’urgence de la situation sociale et politique française, Noir Dez jette son pavé avec le posé Gagnant Perdant, comme un état des lieux pertinemment poétique, et une reprise rageuse d’un texte révolutionnaire de Jean-Baptiste Clément de 1866, un Temps Des Cerises où bouillonnent guitares électriques et cordes vocales.

Un os à ronger pour entretenir son jardin de fans en surfant sur l’actu, ou réel volonté d’engagement de la part du groupe bordelais, dans tout les cas la nouvelle est suivi d’une onde de choc. Le buzz a pris. Mais au delà de la musique, c’est le retour au premier plan de Bertrand Cantat qui suscite l’émoi, ou provoque l’indignation. S’il y 60 millions de sélectionneurs de l’équipe de France de Football, il y a 60 million de juges de Bertrand Cantat. La passion s’empare du débat, les réactions s’en suivent, ode à la gloire de l’artiste ou diatribe haineuse, la connerie suit souvent de près les articles sur le sujet. Mais comment être totalement objectif? Comment considérer Cantat comme un simple citoyen en quête de réinsertion?

Dans se casse tête (sans mauvais jeu de mot 😉 ), raccrochons nous à nos certitudes, dont celle évidente, que le destin du chanteur de Noir Désir sort bel et bien de l’ordinaire.

Les nouvelles chansons

Noir Désir revient donc avec deux nouvelles chansons, on peut retrouver dans chacune d’elle un style propre, entre un clin d’oeil musical au passé et une réelle continuité de style. Un retour soudain, presque inattendu, mais disons le tout de suite, plutôt réussi.

La première d’entre elles, de son nom complet Gagnants / Perdants (Bonne Nuit Les Petits) fait véritablement le lien avec le Noir Désir pré-Vilnius, dans une musicalité très proche de l’album précédent Des Visages Des Figures sorti il y a déjà plus de 7 ans. Un phrasé, un ton, qui s’apparente à des titres déjà très réussi comme A l’envers A l’endroit ou encore Bouquet de Nerf. Chanson extra-contemporaine, au texte solidement encré, un pied dans la réalité l’autre dans la poésie sucrée/salée, Bertrand Cantat y dessine le monde au couteau, appuyant là ou il faut, par touches colorées, parfois précises, chirurgicales, pertinentes toujours. Se référent à l’actualité ou encore aux forces en présences dans l’échiquier politique français, l’écriture de Cantat pique et caresse à rebrousse poils. Un tableau impressionniste, engagé et engageant d’une société qui s’éloigne des idéaux humanistes. On retrouve autour des cordes vocales de Cantat les mêmes têtes, le Noir Désir historique, Serge Teyssot-Gay à la gratte (en plus de l’acoustique du chanteur), Jean-Paul Roy à la basse et le métronome Denis Barthe à la batterie. Discours lancinant s’adressant frontalement aux grands décideurs, les Noir Dez s’exposent, en téléchargement libre sur la toile, au delà du coup de pub certain, c’est surtout un joli coup, tout court.

La seconde reprend de volée Le Temps Des Cerises, texte magnifique du 19ème siècle, écrit par Jean-Baptiste Clément (également auteur de l’excellent La Semaine Sanglante chantée notamment par Les Amis D’Ta Femme). Guitares et voix beaucoup plus écorchées, on notera la participation d’Estelle et Romain Humeau d’Eiffel, respectivement à la basse et à la batterie, répondant à une exigence de l’instant, d’un « délire » pas si délirant à enregistrer dans l’urgence, comme une photographie des forces en présence, d’une atmosphère à garder comme elle est, telle qu’elle. Résolument électrique, à remuer la tête et les bras, un exutoire en rouge et noir, sans modération aucune, des « soleils au c?ur » aux « peines d’amour », Noir Désir crache sa rage dans un texte furieusement plein d’espoir, beau et symbolique au possible, sur un torrent de distorsion renouant avec le passé du groupe de rock bordelais.

Retour sur un retour

Soyons honnêtes, si l’évènement culturel ravit les fans, c’est surtout la réapparition de Cantat qui suscite l’émoi dans les médias, trouvant plus judicieux de titré sur le retour du chanteur après la tragédie de Vilnius. Sans surprise. Les réactions elles, prises de passion, virent souvent à l’extrême. Sans s’apitoyer sur son sort, sans le lyncher en place publique, revenons sur ces divers commentaires, simplement, sans chercher à convaincre, je vous livre un point de vue, le mien.

Passons les « vive Noir Désir, ça fait plaisir » sincères et spontanés sans doute, mais diablement creux, passons ceux qui poussent la stupidité jusqu’aux insultes, ce sont ceux qui s’interrogent sur la légitimité de Bertrand Cantat à reprendre la parole de manière publique qui interpellent, là ou certain se permettent de s’ériger en bouclier protecteur de la grande sainte justice du peuple en le condamnant de toute part. Coupable de l’impardonnable certes, mais vraiment est ce lui accorder un privilège que lui permettre de se remettre à chanter? A travailler en quelques sortes, puisque c’est son métier. Peux-t-on juger à jamais quelqu’un sur ses erreurs passés, doit les lui faire payer jusqu’à le priver de tout accomplissement, et même de toute réinsertion? Son statut, s’il ne le défend en rien, ne doit pas pour autant être sa nouvelle prison. Que si l’homme à fauter, ça ne retire pas à l’artiste le droit de s’exprimer.

Complément: Retour sur une carrière

Un retour sans crier gare, les mélomanes étaient la, certains nostalgiques des temps du ciment sous les plaines et d’autres toujours prêt à cracher leur venin. «Nous, on en veut pas être des gagnants/Mais on n’acceptera jamais d’être des perdants/Pimprenelle et Nicolas/Vous nous endormez comme ça». Le ton est donné.

Revenons quelques années en arrière, celle où le Rouge était de vigueur : « Du ciment sous les plaines » : majestueux, impulsif, enragé, tantôt rouge révolutionnaire, tantôt rouge agressif… 1991, j’avais 6 ans et après l’incontournable « Veuillez rendre l’âme à qui elle appartient », un groupe hors norme était né.

« Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien », refrain propulsé avec des riffs tendres et énervés,un Teyssot au talent indescriptible,accrocheurs et fougueux, il s?agit de « Tostaky », morceau au même nom que l?album et qui m’a fait vraiment découvrir ce groupe. 1996, alors que la France vient d’être éliminé à l’euro par les Tchèques, Noir Désir nous offre en bonne et due forme « 666.667 Club », leur quatrième album, et suite au joyau Tostaky. Plus engagé et rempli de jeux de mots , après le rouge agressif nous voici la avec une nouvelle couleur, le bleu azur, sincérité et passivité sans pour la fois être usé comme allait chanter quelques années plus tard le petit prince du rock. Noir Désir revendique mais sans être précis, d’ailleurs à propos du morceau ‘engagé’ « Un Jour en France », Bertrand affirmait «…Ce morceau est sans prétention. C’est l’affirmation de certaines valeurs qui sont galvaudées. Mais égalité n’est pas égalitarisme et fraternité ne veut pas dire tout le monde sur le dos de tout le monde… ». 1996 est aussi l’année des Boys-band en France, à l’heure où les singes aux tablettes de chocolat se trémoussaient devant des spectateurs avides, Noir Désir, s?en moquera de ce phénomène, avec le clip d? «un homme pressé ». Des textes brutes plein d’espoir mais tristement visionnaires, tel est « 666.667 Club ».

11 Septembre 2001, New York est en flamme, et les mélomanes noirdesiriens ont eu droit à la nouvelle galette « Des visages des figures ». Noir Désir prophète ? Telle la question qu’on peut se poser à l’écoute de cet opus et de la chanson « Le Grand Incendie » et son ‘Ça y est, le grand incendie, Y’a l’feu partout, emergency, Babylone, Paris s’écroulent, New York City, Iroquois qui déboulent, Maintenant… Allez, London, Delhi, Dallas dans l’show, Hommage à l’art pompier, T’entends les sirènes, elles…, Sortent la grande échelle, Vas-y… Go!…’. Retour aux sources, le rouge revient en éclat, rouge de conquête et des nouveaux cowboys. Si Noir Désir a baissé d’un ton le son des enceintes, les textes sont toujours incisifs et piquants. Piquant comme la voix céleste de Bertrand sur le majestueux « Des armes » . On retrouve sur cet album un morceau défrayant la chronique comme l’est le groupe, une chanson hors norme de 23min « L’Europe ».

Aujourd?hui, qu’en reste t’il des propos du groupe et de ce qu’on appelle «la génération Noir Désir» Si Bertrand avait eu l’idée, comme Jim Morrison, Brian Jones, Nick Drave ou Ian Curtis de se tuer avant qu’on le tue, il serait devenu un mythe du rock devant lequel on ramassera à la pelle des fidèles qui se prosterneraient devant sa tombe, les mêmes qui le voient actuellement comme le pire des salauds.

N’empêche Noir Désir sont de retour et faut bien l’avouer , ils ont bien su faire mentir la fameuse phrase de Lennon : “le rock français, c’est comme le vin anglais…”

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