Le truc que je préfère dans les concerts – et pas que les concerts d’ailleurs, dans tous les gros rassemblements, musicaux, sportifs, ou autre – c’est le moment où toute la foule ne fait plus qu’un, où des milliers de personnes arrivent à taper dans les mains ou lever le poing en même temps.

7 septembre 2009, direction le Parc des Princes pour le concert de Coldplay. Mon premier GROS concert. Le stress monte, je vais enfin avoir la réponse à un tas de questions. Ce genre de concert énorme, qu’on voit si souvent à la télé et qui donne tellement envie, sont-ils si bien “en vrai” ? N’est ce pas seulement impressionnant quand on peut voir l’ensemble de loin ? Que ressent-on quand on est là, dans cette foule immense ? Quand on entend les cris qui résonnent autour de nous ? Mais quand on a plus qu’une vision limitée des choses ?

J’ai bien sur pensé à mettre mon unique tshirt rouge et blanc, pour tenter de suivre le mouvement, lancé sur internet, qui invite tout le public à porter les couleurs du groupe en l’occasion. Si je peux noter qu’il y a plus de gens en rouge et blanc qu’en temps normal, ce n’est pas flagrant. Si je ne l’avais pas su avant, je suis sur que je n’aurais rien remarqué.

Pour commencer, zappons la première partie. Je n’ai même pas réussi à connaitre le nom du groupe, et de toute façon, il m’a ennuyé. Les techniciens s’agitent sur scène pour dégager le matériel du groupe précédent et finir la mise en place de Coldplay. Pendant ce temps, le public commence à s’agiter. On improvise une ola, les bras se lèvent, la vague tourne tout autour du stade.

Puis U2 vient caresser nos oreilles. Du bon son comme je l’aime, l’ambiance se pose. Je regrette presque qu’ils ne nous aient pas passé le CD de U2 en guise de première partie :p On enchaine sur un morceau de rap dont je ne connais ni le titre ni l’artiste. De loin je peux apercevoir un type qui danse sur la scène, à croire que le groupe a compris que la première partie nous avait saoulé plus que tout autre chose et qu’il faut réveiller tout ça.

Changement de décor, Le beau danube bleu de Johann Strauss II. Le genre de musique que je n’aurais jamais imaginé entendre dans un tel moment. Ca me rappelle les émissions télé, un gus montre l’exemple, comment balancer les bras, quand taper dans les mains. On se prend au jeu, et 50000 personnes qui tapent en rythme sur une valse, c’est surpuissant. Le rythme accélère, le volume augmente, les cris redoublent, mes poils se hérissent, Coldplay entre sur scène.

Life In Technicolor, Violet Hill, Clocks. Devant la douceur des mélodies le public se calme petit à petit. Puis vient In My Place, ça chantonne gentiment, quelques agitées continuent toujours de crier et de taper dans les mains.

Retour aux sources avec Yellow, la chanson qui m’a fait connaitre le groupe. Une multitude de ballons gonflables jaunes envahissent le stade. On s’improvise quelques passes de volley ball. Même les types de la sécurité participent. Alors qu’on retombe en enfance, on en oublierait presque la musique, heureusement Chris Martin nous rappelle à l’ordre et nous invite à chanter avec lui. «Look at the stars, look how they shine for you, and everything you do, they were all yellow». Sur la dernière note, Chris tape avec sa guitare sur un des ballons qui se dirigeait vers lui, il explose sur le coup.

Suivent Glass Of Water, Cemeteries Of London, 42 et enfin la sublime Fix You. Quelques feux d’artifices sont tirés, des confettis en forme de papillons inondent la foule, ils ne font pas les choses à moitié.

On enchaine avec Strawberry Swing, God Put A Smile Upon Your Face et Talk. Puis Chris revient seul sur scène le temps d’interpréter au piano uniquement The Hardest Part et Postcards From Far Away.

Chris Martin est assez impressionnant. Il court dans tous les sens. Passant du piano à la guitare, d’un bout à l’autre de la scène avec une facilité déconcertante. On en oublierait presque que Coldplay est un groupe tant il est omniprésent.

Il est temps de remettre un peu d’ambiance. Les berceuses c’est bien joli, mais c’est ramolli tout ça. C’est donc le tour de Viva La Vida. Le public se lève enfin, applaudit tout le long de la chanson, et reprend longuement le plus que célèbre «Oh-oh-ooooh oh-oh» (comment ça je le fais mal ?). Une nouvelle fois, la scène est hallucinante.

Vient enfin Lost!, une des chansons que j’attendais le plus. Malheureusement, la version live n’arrive pas à la cheville de celle acoustique présente sur l’album.

La scène s’éteint un moment. Le public présent sur la pelouse s’agite. Des gradins, difficile de comprendre ce qu’il se passe, mais une chose est sure, il se passe quelque chose ! En effet, le groupe vient de prendre place sur une mini scène au beau milieu du stade. En acoustique cette fois, ils reprennent Green Eyes puis Death Will Never Conquer (chantée par Will).

Chris reprend le micro et, en français, tente d’organiser une ola dans le noir. Il demande au public de sortir les téléphones portables, d’allumer l’écran, puis de lever le bras. Des milliers de petites lumières s’allument dans le stade. Dans le noir total, on pourrait croire à des étoiles. Moi qui déteste tous ces gens qui filment ou prennent des photos (de qualité plus que pourrie) pendant les concerts, me voilà bien obligé d’admettre que ça a du bon. Puis la ola débute, la vague tourne, les petites étoiles bougent sur son passage, le spectacle est magique.

Et pendant que la vague continue de tourner, d’accélérer, le groupe débute, toujours en acoustique, une reprise de Billie Jean. Le public se lève, danse, chante. Le moment est incroyable. A la fin de la chanson, on n’entend quasi plus Coldplay, les 50000 personnes chantent tellement fort que cela couvre leur musique.

Retour sur la grande scène pour Politik, Lovers In Japan et Death And All His Friends.

Puis il est l’heure de se dire au revoir.

Bien évidement, le public ne compte pas en rester là. On reprend le «Oh-oh-ooooh oh-oh» de Viva la vida jusqu’à ce qu’ils reviennent sur scène.

Chris arrive en premier, et commence par nous expliquer qu’ils ont un album à nous offrir, LeftRightLeftRightLeft, contenant des titres de la tournée en cours. Un cadeau pour nous remercier. Mais ils n’ont pas pu nous emmener ce soir. On est invité à faire un tour dans nos FNAC, munis du billet d’entrée pour retirer l’album.

Puis le rappel débute avec l’exceptionnelle The Scientist, ma préférée. Suivie de Life in Technicolor II, et de The Escapist. Nouveaux feux d’artifices pour le final, un dernier signe de la main.

Si effectivement, on ne peut pas se leurrer, rien n’est laissé au hasard, tout a été calculé, calibré et répété, ils réussissent à rendre chaque instant inoubliable, et nous feraient presque croire qu’il est unique.

Il est temps de rentrer. Le sourire au lèvre et le regard qui pétille.

— Photos © ?DPC