L’Islande fait partie de ces terres possédant une concentration étonnante de talents musicaux : ?Björk], [?Sigur Ros], [?Múm] … et maintenant il est temps, si vous n’avez pas encore eu connaissance de ce virtuose, d’y ajouter Olafur Arnalds, digne représentant de la musique qu’on pourrait qualifier de minimaliste. Un univers à la [?Arvo Part] où fantastique et réel se mélangent.

_ Ce jeune homme de 22 ans est originaire de Mosfellbaer, petite ville proche de la capitale Reykjavik, et chose anodine, où les grands et emblématiques autochtones Sigur Ros ont installé leur studio (tout comme Múm).
_ Très jeune, il montre un goût prononcé et des aptitudes plus que notables pour la musique classique. Véritable surdoué, il allie musique classique et musique contemporaine. Il est devenu un maître dans l’art d’envoyer les règles à la poubelle, de virer les conventions et nous offrir une musique pleine de pureté !
_ Pour l’anecdote, il collabora à différents projets dont à [?Heaven Shall Burn], groupe de métal allemand !
_ Eulogy for evolution, son premier album, sorti en 2007, est le résultat de compositions écrites après son adolescence avec une forte empreinte de musique islandaise. Franc succès mettant en lumière ce jeune homme aux yeux de tous. Le label anglais Erased Tapes, le prend alors sous son aîle.
_ En 2008, sort un EP, Variations of static. Sortie suivie des premières parties de Sigur Ros pour leur tournée mondiale !
_ En avril 2009, il créa 7 musiques Found songs qu’il enregistra en 7 jours et diffusait chaque soir sur le net … un réel défi !

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Eulogy for evolution

Ce fut l’album qui me fit le découvrir … et aimer son univers. Chaque titre correspond à une série de chiffres (comme on pourrait nommer tout OVNI … et après tout, çela correspond bien à un objet volant non identifié ).

00:40 commence avec les cordes puis vient s’ajouter le piano et sa douce mélodie simpliste qui nous entraine vers nos rêves. Le mélange est extrêmement bien dosé permettant à chaque instrument d’avoir une importance capitale et de prendre sa valeur dans le morceau. Un morceau à fleur de peau.
00:48/07:29… Quelques notes et accords au piano, suivie des cordes (un premier bâillement…), le soutien du piano toujours là, puis mélange des cordes et du piano … comme un réveil progressif… les cordes se font de plus en plus omniprésentes pour prendre toute leur importance. Après une telle envolée, on assiste à un véritable décrescendo et ne reste que le piano qui se fait de plus en plus lent, on le suit et s’apaise … Et là, une brève “coupure”, mais voilà le piano qui revient et toujours cette même formule … Ce morceau a décidé de nous envouter, de réveiller en nous de nombreuses émotions, c’en est même perturbant !
09:52 possède la même trame … et l’effet est le même. Une jolie ballade sur l’eau … bien qu’on attende un peu une envolée qui ne vient pas mais, après tout c’est un repos bien mérité (Il faut bien trouver des défauts ! )
14:40 est un morceau à mon goût plus perturbé, je m’explique … il est moins limpide, plus saccadé, un doute nous empare, quasi un malaise … Mais là, les émotions tournent et virevoltent autour de nous et finissent par nous envelopper avec cette apothéose des violons qui s’envolent vers le ciel et se décident à redescendre du royaume céleste.
19:53 est comme une pyramide … plus on grimpe, plus c’est beau … de plus en plus intense, de plus en plus fort … un crescendo sensationnel vers monts et merveilles où enfin, on peut admirer le paysage givré, de la neige à perte de vue… l’immensément grand. On se sent rarement aussi près de la nature. A 5’35 les cordes se font plus pressantes, comme une cavalcade des loups, des amants courant l’un vers l’autre … et enfin, l’arrivée dans la plaine remplie de plénitude. Les beaux jours sont revenus, on voit des champs de fleur, le vent fait se mouvoir les feuilles dans un joli bruissement, la rivière s’écoule doucement …
30:55 envoute littéralement … des frissons nous parcourent le corps. Chaque note est posée et grandit peu à peu dans une maitrise surprenante. Un très grand morceau à la hauteur de ce compositeur de génie qui, avec une certaine fougue nous émeut une nouvelle fois.
33:26 est à la fois plus classique et en même temps plus innovateur. La discordance des cordes qui, pourtant ne sonnent pas faux ! Une course effrénée, vers quoi ?! Qui gagnera ? On s’interroge, l’un répond, puis l’autre… ça n’en finit plus ! Et d’un coup, c’est fini. Qui a gagné ? A vous de me le dire !
37:04/38:04 démarre à son habitude dans le calme du “classique” mais là, élément surprenant, l’arrivée d’un son heavy ! Que se passe-t-il ? Un retour à nos jours ? La société reviendrait-elle le ramener à la réalité ? Une déchirure … Et oui c’est fini, on redescend sur terre après ce voyage dans un monde imaginaire. Un joyau.

Variations of static

_ Après un si beau démarrage, est-ce qu’il arrivera à poursuivre dans son si bel élan ? Est-ce que cet EP arrivera au niveau d’Eulogy for evolution ? Toujours la peur d’être déçue par un deuxième album… Une petite appréhension qu’on oublie rapidement face à la réponse qui ne fait aucun doute! Le voyage se poursuit ! Un album tout autant intimiste et introspectif, une véritable pérégrination.

Fok est plus qu’un morceau, c’est un tube ! On s’imagine bien aux pieds d’un arbre à lire des poèmes comme les Fleurs du mal de Baudelaire et son célèbre [spleen. En fait, c’est exactement ça … la musique d’Olafur Arnalds est remplie d’une poésie ineffable qui, s’infiltre dans tout ton être pour te bercer. Le piano dont il est maitre commence une nouvelle fois, les violoncelles se mêlent à la danse avec grâce, un peu d’électro de ci de là … Olafur Arnalds est réellement devenu un maître quant à la progression majestueuse de ses œuvres. Ça renverse, ça émeut. La preuve en images.

Vio vorum sma a des airs de vieux disques rayés sur le tourne disque, la voix fluette d’un enfant comme pour nous inviter à continuer notre voyage qui laisse place à ce piano si mélodieux, une ritournelle et les enfants qui jouent autour … Vio vorum sma c’est le simple, la douceur, la naïveté d’un enfant, Vio vorum sma c’est un jeu d’enfants.
Haust est davantage symphonique. D’une part, le piano n’est pas le seul instrument prédominant ! De deux, il est composé de plusieurs parties bien distinctes. Mais le principal dans cette œuvre, c’est la force qui en ressort, force qui te prend aux tripes littéralement ! Vers 1’30 , mon moment préféré … tout simplement, un des violons supportés par l’autre violon et le violoncelle, s’élève haut, très haut tel un oiseau rejoignant ses compagnons pour leur migration et peu à peu ils s’éloignent, commencent à être invisible dans le ciel, laissant, abandonnant le piano seul, sur terre. Bouleversant.
Lokaou augunum est triste, mélancolique … mais c’est beau. Une justesse parfaite pour provoquer de vrais sentiments mais pas poussifs au point de nous faire pleurer à chaque note. Comme pour nous rappeler les enfants que nous étions, revoilà ce petit garçon, qui, peut être revient pour clôturer un cycle.
– Le dernier morceau Himoninn er ao hrynja en stjornurnar fara ber vel montre bien une rupture avec ce démarrage “rythmique” ce tic tac marquant le temps qui passe (à moins que ce ne soit le crocrodile qui ait mangé la pendule !) . Les harmonies sont parfaites, on se sent emmitouflé dans un manteau de poussière d’étoile prêt à s’envoler vers le pays imaginaire où cette voix semblable à un ange nous appelle, puis le piano reprend la mélodie pour signifier son retour. Mais retour à quoi? Là est la question. La boucle est bouclée, la naissance, l’enfance, la vieillesse, la mort … Résonne alors encore ce même tic tac pour que tout ça reprenne vie de plus belle.

Found songs

_ Avant tout, Found songs est un album défi ! Oser se mettre à nu, se mettre ce pari incroyable de livre chaque soir pendant sept jours un morceau ! Grâce à Twitter et au site d’Erased Tapes, les internautes avaient la chance et l’honneur de découvrir ces compositions si touchantes, et également de les télécharger gratuitement. Il est sorti en CD et vinyl mais en édition limitée !

Erla’s Waltz a des airs de Gnossienne à la ?Erik Satie] ou bien [?Chopin] (sans doute la pianiste en moi qui parle !) je ne peux qu’aimer, adorer, aduler… On s’envole vers ces contrées si lointaines, on prend un réel plaisir à s’évader grâce à l’évanescence de cette musique, on croirait presque voler au dessus de lacs et montagnes, terres de légende…
Raein où le piano est accompagné du violon, est plus qu’apaisante, elle est “thérapeutique”. Belle, simple …les frissons sont là. Pas un chef d’œuvre mais la magie est toujours présente.
Romance n’a rien d’innovateur… une mélodie envoutante qui touche nos sens.
Allt varo hljott. Les cordes nous font voyager une nouvelle fois… Un lac glacé où on s’imagine bien patiner. Œuvre répétitive … une petite déception.
Lost song Avec ce morceau, Olafur revient nous faire de nouveau vibrer ! Un tapis de velours est posé sous nos pieds… délicat à souhait.
Faun et Ljosio sont éblouissantes, lumineuses, intimistes. Mince alors, on succombe encore à ces envolées lyriques et ce délicat piano. Tant pis !
_ Bien qu’il ne soit pas au niveau de ces prédécesseurs, il en demeure incroyable ! Olafur Arnalds a réussi un pari insensé et cela sans se répéter ! Chapeau bas !

La musique islandaise est, pour moi, source de fascination. Comme une impression de proche et en même temps d’inconnu,d’infiniment grand… Une distorsion spatiale et temporelle se passent et sans que l’on comprenne comment, on se retrouve dans un monde de rêveries, d’imaginaire, de légendes, de beau… un monde quasi utopique laissant cette impression étrange que “tout va bien dans le meilleur des mondes”, Et oui peut être que la musique peut réguler les âmes et les esprits et permettre un monde meilleur pour demain, que l’altruisme et le partage existent bien… En fait, c’est quasiment thérapeutique que d’entrer dans ce monde, c’est s’offrir des minutes, des heures de plénitude, de bonheur…
_ Qu’est-ce que les islandais nous réservent pour l’avenir ? Je ne sais pas encore mais je leur fais confiance et attends impatiemment !
_ Et vive la belle mélancolie !

_ [Found songs
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