Comme s’il ne se sentait plus chez lui dans cette France d’aujourd’hui, Jean Ferrat est mort ce samedi 13 Mars 2010, à Aubenas, en Ardèche, où il s’était retiré depuis de nombreuses années, loin du show business, des paillettes et des flatteries hypocrites qu’il n’avait jamais supportés.

On retiendra l’artiste, l’homme, le poète, celui qui a su si bien mettre Aragon en musique, ce révolutionnaire romantique qui admirait les guérilléros sud américains. Authentique dans son engagement, communiste de cœur, loin des doctrines Staliniennes, il n’a cessé de sortir sa plume pour combattre les intolérances, les égoïsmes et les injustices sociales.

Né en 1930 en région parisienne, Jean Ferrat verra son père être déporté à Auschwitz alors qu’il n’a que 11 ans. Il ne le reverra jamais. Il survit à l’horreur caché chez des militants communistes. De ces plaies impossibles à cicatriser naitront ses plus belles chansons. Nuit et Brouillard, magnifique d’humanisme, rappelle encore aujourd’hui à nos enfants le devoir de mémoire sur cette sombre période de l’histoire de France. Cette chanson sera “déconseillée” de passage en radio par la direction de l’ORTF, mais l’album se vendra à 300 000 exemplaires!

D’autres censures suivront, comme Potemkine, mais jamais elle ne lieront la langue de Jean Ferrat qui défendra ses idéaux tout au long de son œuvre. Le Jeune, La femme est l’avenir de l’homme, Un air de liberté sont autant d’exemple de son engagement sans faille.

Jean Ferrat dénoncera avant tout le monde les dérives de l’industrie du disque et des acteurs de la vie culturelle, qui privilégient les productions commerciales au détriment de la création musicale et poétique. Il était depuis des années retiré dans son village d’Antraigues-sur-Volane, aux antipodes d’un monde qui n’était plus le sien. Sa discographie nous laisse le goût d’une poésie imagée, allégorique, d’une intégrité de tous les instants, et le souvenir d’un homme droit devant ses idéaux et son histoire. Nous n’oublierons pas non plus son coté populaire et ses chansons comme La montagne où il chantait avec amour son Ardèche devenu sa terre.

Au revoir Jean Ferrat, et que ton humanité inspire ceux qui ne savent pas quoi penser de ce monde.

Jean Ferrat sur Wikipédia
Retour sur la rétro Nuit Et Brouillard