Aujourd’hui 5 janvier 2011. Le temps de se retourner et de regarder derrière soi: 2010 et Xynthia sont passées sur la France, comme un courant d’air froid sur les bougies de Mano Solo et de Jean Ferrat. Figures de proue d’une création musicale en galère, la chanson française a perdu gros, comme elle a perdu son plus grand groupe de rock, Noir Désir, dans un triste enchainement de choses qu’on aura tous vu venir en rêvant du contraire. Reste comme un trou énorme, béant, une plaie ouverte. Et ne comptons pas sur Zaz ou René la Taupe pour nous cicatriser ça.

Dur de s’en remettre, mais pourtant… il va bien falloir. Et c’est dans le noir ambiant de nos décibels en deuil que nous trouverons ceux qui nous relèveront. Melissmell, Lyre Le Temps, Stromae, Casey, l’espoir sonne encore dans une mélodie francophone. La Création a encore de beaux jours devant elle. Si la production a tendance à s’électriser, la scène française nous offre une vraie diversité, concrète, alimentée par le réseau, pimentée plus souvent à tort qu’à raison par le phénomène de buzz. On ne soutiendra jamais assez à ce sujet le travail des labels indépendants, véritables résistants au cœur d’un business plus vraiment florissant. L’occasion faisant le larron, j’en profite pour diffuser une fois de plus cette formule: “Télécharger c’est découvrir, Acheter c’est soutenir”, elle reste plus que jamais dans l’air de 2011.

Cette année 2010, il y eut aussi Saez, et son J’Accuse, à walpé dans un caddie, les généreux attributs d’une poupée gonflable à peine masqués du talent de Mondino. Mon album de l’année, sans équivoque, et un concert de 3h au Zénith de Paris le 5 mai. Qu’il nous parle de Cigarette ou de sa Petite Couturière, sa poésie rock me met sous hypnose aux premiers riffs, aux premières notes, aux premiers mots, aux premières ambigüités et autres multiples sens. Damien et son groupe ont encore su me toucher, mais ça déjà fait longtemps que je ne doute plus de leurs aptitudes.

Cette année 2010 toujours, j’ai écouté le nouveau Grand Corps Malade, 3ème Temps, qui m’a rappelé au bon souvenir de Midi 20, un peu énervé, beaucoup politisé, love that! mais toujours un peu trop bisounours… Mais comment lui en vouloir de réussir et d’aimer les gens? Des titres comme 1er Janvier 2010, J’attends ou encore Rachid Taxi font partie des tous meilleurs de l’artiste. Un poil déçu par le duo avec Aznavour, mais à fond derrière le militant Éducation Nationale, gauchiste oblige. Une autre découverte slam cette année, Mots Paumés, un nouvel OMNI, avec des textes à vous retourner la cervelle et à l’éparpiller sur le beau tapis du salon.

La dance brélienne de Stromae, Alors On Danse mais pas que cela. Le rap sans concession de Casey d’Anfalsh qui a Libérer La Bête avec une hargne démesurée et un flow monstrueux. La fougue et la voix de Melissmell sur sa tournée de pré-album. L’electro swing jazzy de Lyre Le Temps qui a lifté les rides de mes playlists de soirée avec une Lady Swing des plus bandantes. Et Ce n’est pas Zaz et son débilissime hymne, entre simplisme et opportunisme qui y changera quelque chose, l’indépendance crée encore et toujours en France… Et l’on ne peut que s’en réjouir.

On peut entrer dans 2011 et mettre le cap sur 2012, c’est pas encore cette année qu’on se fera clouer le bec. Dès janvier, Le premier album de Melissmell vous rappelle à l’ordre, suivi des Contes du Chaos (le retour de Casey et B-James VS Zone Libre, attention les tympans!) puis du nouvel album des Ogres à la mi-mars… il n’est pas encore l’heure de reposer les oreilles…