Je vais vous parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, d’un temps où le mouvement électro dans sa plus brutale forme prenait naissance, d’une époque où on côtoyait les “Sheppers” collés à des murs de quelques kilos de son, d’une époque où on respectait le mec derrière ses platines, qui t’envoyaient de 160 à 220 bpm, déclenchant une guerre dans ton cerveau.

Avant de présenter l’œuvre de Micropoint, je vais vous introduire ce genre musical.

Non, le Hardcore éléctro n’est pas l’œuvre de drogués épileptiques, mais bien un genre musical à part entière, dont l’origine date des années 90, avec l’apparition de boites à rythmes capable d’imposer un rythme soutenu, et des basses extrêmes. Par son côté Underground cette scène musicale a toujours été innovante et réactive, surement parce qu’on a toujours assimilé son public à une bande de drogués. Je ne nierai pas qu’il y a eu et qu’il y a des consommateurs de pilules, de buvards, et autres saloperies lors de “teufs” mais j’ai vu des gens fumer pendant Ben Harper, et des gens beurrés devant Miossec (doux euphémisme). Cette musique a un côté tribal par ce rythme incessant et obsédant, et finit par s’imprimer dans le crâne. Bien souvent, je me suis retrouvé bloqué, sans aucun produit étrange, simplement dans une transe que m’apportaient les voix des machines.

Oui, l’électro hardcore, c’est à mes oreilles un jeu entre le DJ et ses machines, il leur impose le maximum, pour emmener son public dans un autre univers, où chaque basse fait vibrer le corps, et où on se prend à s’agiter comme les chamans vénérant des divinités oubliées. Je m’en vais donc vous présenter une des légendes de la scène Hardcore Francaise, qui a écumé les raves, les teufs, les teknivals, qui a fait saigner mes tympans d’adolescent, et qui a occupé des cassettes que j’usais plus vite que mes pompes : Micropoint.

Le nom du duo, Micropoint fait référence à la fois à une drogue très active, et à une technique de Stéganographie consistant à miniaturiser une image au millimètre pour la cacher dans un banal texte. Et dans un sens on retrouve là l’un des fondements de la musique électro, refaire surgir des émotions, des pulsions, et des sentiments au travers de sons travaillés, construits.

Composé de Deux DJ, Al Core et Radium chacun d’eux étant une référence sur la scène Hardcore. Tout est né d’une passion pour la musique électronique, et d’une amitié de lycée, les deux ont sillonné les raves, et festivals d’Europe pour imposer leur son Hardcore comme une référence, et même révolutionner la branche Frenchcore. Leurs sets sont violents, agressifs, techniques, et puissants. Le beat est soutenu, et les pistes sont parsemées de paroles choc parfois très second degré : “Le théâtre du bruit prouve notre puissance” ou encore “Je demande qu’on le détruise sur la base d’un écho TRX-314 déséquilibre chimique totalement incurable le rendant asocial”. Les références à la technologie, au sexe, a la culture underground sont omni-présentes, et on pourra même entendre des paroles racontant l’histoire d’un homme retrouvé dans le vieux port de Marseille, qui se serait suicidé avec une tronçonneuse. La formation a sorti trois albums:

  1. Neurophonie (1999, Epiteth Records)
  2. Anesthésie Internationale (2000, Epiteth Records)
  3. Overdose United (2008, UWe)

Ils ont joué en 1998 Place de la Nation lors de la techno parade aux côtés de Carl Cox et Laurent Garnier, preuve que le genre Hardcore est autre chose qu’une débauche dans des bunkers abandonnés. Des trois albums sortis, Neurophonie reste leur apothéose, une montée en puissance digne de la Chevauchée des Walkyries avec un Data Cops monstrueux qui imprime le son sur vos oreilles, et un Farmsex.com malsain au possible, qui me perturbe encore à son écoute. Oui les noms des pistes sont plus fabuleux les uns que les autres, et on pourra se gaver de Stimulation Binare, Alien Bitch, ou encore Follow the Dealer selon le disque écouté.

Certes le genre ne plaira pas à celui pour qui l’électronique c’est Guetta, Eiffel 65 ou Crazy Frog (oui j’ai osé). Micropoint fut l’avant-garde de la scène Hardcore Francophone, ils ont osé, ils ont maltraité leurs boites à rythmes pour hydrater nos neurones. Mais le curieux se devra d’écouter un ou deux sons, au moins pour l’avoir vécu, et qui sait peut-être se surprendra-t-il à se rappeler un teknival ou une free, de nos dix-huit ans, à l’époque où tout se passait par infoline, sur des numéros de téléphone qui changeaient chaque jour, et où le lieu était divulgué l’heure précédant le rassemblement.

“Hardcore will never die”

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