Derrière le nom du projet, premièrement, se cache la plaisanterie évidente. Fesses B. fait référence aux Faces B enregistrées sur vinyles, soit généralement la version instrumentale du morceau enregistré sur l’autre face de l’objet, la Face A donc. Ainsi, Le Téléphone Arabe, en cinq titres et un concept, nous emmène à faire un tour dans son esprit jetlaggé. Trimbalé entre la France et le reste du monde, en décalage aux milieux des connards, de l’hypocrisie et du racisme ambiant, avec à chaque voyage le rap dans ses bagages, le rappeur ne nous épargne rien. Et le retour au pays sera difficile.

Avec son dernier EP The Project sorti en format numérique en janvier 2012, Hicham a.k.a Le Téléphone Arabe, livrait un objet bourré d’ “attitude”, selon la définition noire du terme, à savoir agressif et rebelle. Ainsi, il intitulait chacun de ses morceaux du nom d’une paire de Sneakers (Nike Air Huarache, Nike Air Force One, Reebok Fury…)  ayant marqué son époque. Une manière d’afficher clairement son ambition en s’appropriant l’un des symboles les plus populaires de la culture américaine et du Hip-Hop. Dans Fesses B., il reprend ici l’idée, en baptisant chaque piste du nom d’une actrice de X célèbre tout en donnant à l’ensemble une autre direction. Dans le courant de l’année, le rappeur doit revenir avec un projet plus consistant et s’offre donc ici une petite pause légère, seulement en apparence…

On le sait, Rap et pornographie ont presque toujours coexisté depuis les prémices du Hip-Hop aux Etats-Unis. Un seul exemple pour la démonstration : le groupe 2 Live Crew et son grand succès As Nasty As They Wanna Be sorti en 1989. Les rappeurs originaires de Miami se sont fait les spécialistes d’une musique festive, ultra obscène et sexuelle, ce qui leur vaudra de longs démêlés avec la justice pour finalement aboutir à la création du fameux autocollant : Parental Advisory. Explicit lyrics. Pas étonnant donc de retrouver Le Téléphone Arabe rendre lui aussi un hommage bien personnel à quelques-unes de ses actrices préférées, lui qui raconte dans le titre introductif Angelina Castro avoir écrit son “premier texte l’année de [son] premier porno”.

Dans le fond, LTA continue de taper là où ça fait mal. Africain, fidèle au Hip-Hop et aux acteurs de la première heure, il poursuit clairement son action en envoyant se faire foutre tous les rappeurs et toutes les victimes de la société qui l’entourent : “J’insulte la ce-Fran, j’ai que ça à faire, entre deux coups de ches-han, je fais mes affaires”. Voilà qui résume bien l’état d’esprit d’Hicham derrière le micro depuis plus de dix ans maintenant. Constamment en transit entre son propre pays et une terre d’accueil qui ne l’a pas épargné, une culture qu’il a adopté et qu’il a regardé ensuite se faire récupérer lentement, LTA pousse une gueulante sans discontinuer, “inspiré par les nègres outre-Atlantique”.
À travers une écriture coup de poing (“les bicots sucent trop depuis le 11 septembre”) qui ne plaisante presque jamais et qui se fout de l’interprétation, l’homme est en mission. Aujourd’hui coincé à Paris, “un asile psychiatrique en plus grand”, avec Fesses B. il offre à la France un coup d’un soir avant de reprendre ses affaires et repartir voir ailleurs.

“Créer la jouissance c’est tout un art”, entend-on à la fin du morceau Elke The Stallion. Et à ce jeu là, on peut dire que Le Téléphone Arabe est doué.

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Tracklist :

  1. Angelina Castro
  2. Flower Tucci
  3. Ice La Fox
  4. Olivia O’Lovely
  5. Elke The Stallion

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Deux excellentes interviews de Le Téléphone Arabe, histoire de mieux faire connaissance avec le bonhomme :
Le Téléphone Arabe sur Klaatu
Le Téléphone Arabe sur Maelström