Aphex Twin, de son vrai nom Richard David James est considéré comme un OVNI dans la musique électronique. Il commence dans sa jeunesse à trafiquer des sons sur cassette audio. Il réalise des montages, inverse les bandes, les accélère ou les ralentit. Il commence à composer de la musique à partir d’un petit synthétiseur, un sampleur et un ordinateur. Il sort ses premiers maxis en 1991 sous le pseudonyme AFX. Il signe chez Warp en 1992, et sort Surfing on the Sine Waves en 1993 sous le nom Polygon Window. La particularité du musicien est de déchirer les sons pour les retravailler autour d’une mélodie en loop. En désaccord avec l’industrie du disque, il fragmente les mesures et brouille les pistes tout en conservant un aspect mélodique fort. Son opus Selected Ambient Volume II, sorti en 1994, sera considéré un monument de la musique électronique et salué par le New York Times. Il sort tout au long de sa carrière de nombreux morceaux, maxis et albums en jonglant entre différents noms et labels. Il publie actuellement un nouvel opus Syro, chez Warp Records sous le nom d’Aphex Twin.

Une première écoute de Syro a été proposée lors d’un événement au Glazart à Paris le vendredi 5 septembre. Quelques chanceux tirés au sort avaient pu découvrir en exclusivité le nouvel album d’Aphex Twin depuis Drukqs en 2001, soit treize ans de silence. C’est donc avec un petit sentiment de privilège que j’entre ce lundi à l’IRCAM (Institut de Recherche et de Coordination Acoustique/Musique) pour une écoute réservée à la presse. L’institut avait déjà proposé une première écoute de ce type pour le groupe Boards of Canada. L’accueil se fait dans la salle Stravinsky, qui comporte une soixantaine de sièges. Devant nous se dresse un énorme écran vert fluo où trône le logo de l’album. La salle est plongée dans le noir, éclairée seulement du halo vert de l’écran.

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L’écoute s’ouvre dans l’ordre chronologique par le titre déjà sorti sur le net : minipops 67 [120.2][source field mix]. Ce titre donne un aperçu rapide de ce qui fait la couleur de ce nouvel opus. On y trouve des sons de voix numérisées, pour certaines passées à l’envers, des rythmes désynchronisés et des mélodies fantomatiques aux claviers. L’ensemble de l’album semble s’articuler comme une histoire. Il évoque parfois une dualité homme-machine assez saisissante avec une alternance de plages très mélodiques et de sessions de beats entêtants. Un soin tout particulier est apporté à l’ouverture des morceaux, ce qui donne une dimension narrative à la musique. On a parfois l’impression d’être au cœur d’un jeu vidéo fou qui fonctionnerait tout seul. Aphex Twin nous démontre encore une fois une écriture quasi lyrique de la musique électronique. Il utilise une grande variété de fréquences et d’amplitudes selon les sons. Il s’amuse avec des harmoniques puis les broie avec de gros beats lourds et saccadés. Il bidouille jusqu’à une forme de confusion rythme-mélodie qui joue avec nos cellules auditives.

Dans plusieurs compositions du nouvel album, il intègre des voix distordues qui donnent un côté androïde à sa musique. Ces vocalises incompréhensibles humanisent un son exigeant et pointu. Du côté des beats, l’artiste connait ses gammes, on passe en revue tous les courants de la musique électronique. Il utilise autant des clics que des sons hardcore, techno et acid-house en passant par la jungle et la drum’n bass. Il mêle ces rythmes les uns aux autres, les désynchronise, les tord dans tous les sens. Il s’autorise, sur certains morceaux, des envolées presque jazzy. Il déforme des sons proches de gazouillis d’oiseaux, laisse des silences asthmatiques puis reprend son rouleau compresseur de rythmes épileptiques. Les claviers sont poussés dans leurs derniers retranchements. Il exploite des tonalités très 80’s puis bascule sur un son plus dur, presque sans transition.

L’album est un déchaînement sonore, entre bruitage et musique électronique, qui garde une profondeur mélodique importante. On saluera le dernier morceau qui prend la forme d’une ballade au piano enregistrée avec une qualité analogique qui contraste fortement avec ce qui précède. On entend le toucher des doigts sur le clavier, le chant des oiseaux, des bruits de nature.

Aphex Twin rend compte d’un aspect à la fois sensoriel et intellectualisé de la composition électronique. Peut-être un peu moins novateur que ses précédents opus, certains morceaux sont très impressionnants tandis que d’autres comportent quelques longueurs. On retrouve la couleur particulière qui fait le “son” Aphex Twin tout en découvrant une dimension narrative nouvelle. Il fait de la musique électronique comme un compositeur classique.

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  1. minipops 67 [120.2][source field mix]
  2. XMAS_EVET10[120][thanaton3 mix]
  3. produk 29 [101]
  4. 4 bit 9d api+e+6 [126.26]
  5. 180db_[130]
  6. CIRCLONT6A [141.98][syrobonkus mix]
  7. fz pseudotimestretch+e+3 [138.85]
  8. CIRCLONT14 [152.97][shrymoming mix]
  9. syro u473t8+e [141.98][piezoluminescence mix]
  10. PAPT4 [155][pineal mix]
  11. s950tx16war10 [163.97][earth portal mix]
  12. aisatsana [102]

Site officiel de Aphex Twin chez Warp Records
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