C’est avec une stupeur teintée de fatalité que nous vous annoncions, ce 10 Janvier 2010, la mort de Mano Solo. Sa gueule s’est éteinte au milieu des températures glaciales d’un Paris qu’il savait si bien nous chanter. “Ce qui compte c’est pas l’issue mais c’est le combat”, celui que Mano aura mené durant toutes ces années sombres était sans doute le plus beau. Son destin était écrit, il aura su l’affronter sans plainte, droit dans les yeux, avec la dignité de ceux qui ont la rage d’exister. Sa lutte était l’essence même de la vie, sa mort doit en être ainsi.

«Vas t’faire foutre la vie»

Mano est donc rentré au port, pour de bon. Avec dans son baluchon ses colères et toutes ses émotions, qu’il a su nous faire ressentir, tout au long de sa vie d’artiste. Il nous laisse son bateau La Marmaille Nue et son équipage de shalalalistes en héritage de ses transats créatrices à travers les océans du doute, des sentiments et de la mélancolie. Ses chansons et ses dessins comme carnet de route de ses expéditions passées. Faut pas te pleurer Mano, tu nous aurais renvoyés chier.

Mano, Les Frères Misère ne prendront plus la parole, et avec toi s’envolent une part de chacun d’entre nous dont le cœur criait tes chansons, les vers de l’artiste et les travers de l’homme. Nous ne savions pas ce 12 novembre à l’Olympia que ce serait tes adieux, mais le savais-tu, toi ? Debout là, maigre comme ton pied de micro, fidèle à ton chien, droit face à tous ces chiens. Sortant du fond de ton ventre la beauté des vains espoirs et de la rage d’être encore et de créer toujours. Le combat est aujourd’hui perdu, mais putain tu te seras bien battu.

Cet hommage ne mène à rien, tu fulminerais de nous voir pleurant, ratatinés sur nous même, tu trouverais bien un coup de gueule à passer pour remuer notre masse inerte, pour nous secouer, nous que tu auras tant gâtés. Emmanuel, Mano, Raoul peu importe l’habit quand le cœur est d’or. Généreux, exigeant, ta lucidité était ta poésie, tu as su me toucher moi adolescent en chantier, tu as su confirmer et m’accompagner à l’âge adulte, celui d’avant d’être vieux, et tout ça restera encore longtemps tout à côté de moi.

Mano Solo avait une gueule, à n’en point douter. Il savait être altruiste, fédérateur, chiant aussi, susceptible des fois, le caractère bien en chair. Il savait surtout mettre des mots là ou tant d’entre nous ne saurions qu’être muets. Il leur insufflait la vitalité, les faisant peser de toute sa hargne de condamné, sans compromis. Ta discographie, ton père, ta date de naissance, ta maladie, dans le fond, on s’en fout, l’empreinte que tu laisses va bien au delà du factuel, elle est spirituelle, elle est force de vie, elle est le courage de retourner se battre, elle est Toi, Mano Solo.

Crédits photo : © Sébastien Colas pour Le HibooMano Solo @ l’Olympia le 12 novembre 2009