Saez, par extension Damien Saez, parolier à la plume assasine, sort son sixième album, et le quatrième de la trempe Rock Français. Il frappe fort, quoi qu’on en dise, il a jeté un pavé dans la mare des communicants, dans le système des médias, ses mots nous toucheront tous. Son retour était attendu, préparé par quelques titres et interventions appréciées, cette fois il est là, dans nos baladeurs, dans nos oreilles, dans nos rêves.

Avant de vendre un album, il faut l’annoncer, prévenir. Saez n’a pas à se plaindre, s’offrant les services d’un photographe de renom, il met en scène une nymphette dont on voit clairement qu’elle est coiffée d’une perruque. A poil, la fille, naturellement, et tant qu’à faire nonchalamment posée dans un caddie, oui un de ces putains de caddies capables de contenir une vie, car tous, on a au mois une fois poussé un de ces trucs, collés à celui de devant, et à y regarder c’est flippant. Rien que de savoir que d’un regard, tu peux t’immiscer dans l’intimité d’une famille, savoir ce qu’ils bouffent, s’ils baisent, et si Madame s’épile. Et un seul mot sur la pochette : “J’accuse”. Attaque directe à tout un système, à notre système. Du coup ça vous paraît plus clair cette censure de son affiche non ? D’avoir interdit d’afficher dans l’univers de la consommation ce qui s’attaque directement à elle. Comment on va te vendre une crème anti-cernes, si juste à côté tu vois une pauvre fille perdue dans le caddie où tu jetterais cette même crème…

Introduction verbale de l’album par un titre posé, une lettre pour la société intitulée « Les anarchitectures ». Quand tu lis le texte de cette chanson, tu comprends le titre de l’album. On pourrait la lire en une d’un journal aux aspirations révolutionnaires, mais il n’y a plus de révolutions, il n’y a plus beaucoup de rêves non plus. Mais ne jamais cesser le combat, ne jamais baisser les bras.

Quitte à prendre des Pilules pour rester éveillé, pour lâcher de la rage sur ce système qui nous musèle, nous force à nous taire. Et “J’accuse” c’est ça, un flingue chargé distribué dans les bacs. Une arme qu’un poète offre à la jeunesse qui ne se lève plus, des mots pour rêver, et garder l’espoir. L’espoir chez Saez passe aussi par les femmes, par les sentiments qu’elles peuvent nous inspirer. Qu’il en ait une ou plusieurs dans sa vie, honnêtement je m’en fous, il lui donne les noms qu’il veut, tantôt “Lula”, rebelle et mystérieuse, qui semble fuir ce maudit chanteur, et moi elle me rappelle furieusement Debbie, fille de la nuit, des bars, pleine de mystères. Et il y a la Marguerite aussi, qu’on imagine vague à l’âme, détachée, rebelle au point de dire à Damien Saez que ses chansons sont nulles. Tous ces textes semblent au final adressés aux différentes facettes d’une seule et unique Femme.

Cet album envoie du décibel, les riffs de guitare s’offrent à la voix de Damien, son timbre tout particulier s’en retrouve sublimé. Les textes sont ancrés dans une réalité de galère. D’un coup on se prend à lever le poing au son “Des p’tits sous“. Je suppose même que Damien s’est senti adolescent car on retrouve les rimes de sa jeunesse, les textes écorchés, et au final le constat d’une société minée, grisée, usée, souillée par un consumérisme ambiant. On tente de nous abreuver de son sans saveur, sans amour, sans humeurs, de galettes fades pour rendre notre cerveau disponible, un peu plus. “J’accuse” ce sera la cartouche qui transpercera nos tympans, et notre boite crânienne. Ce sera un rappel à l’ordre. Quitte à utiliser un “mégaphone” et à gueuler… Le soupçon de mélancolie recentre l’album, une chanson au rythme sorti de Debbie. A quand le “Printemps” d’une nouvelle société ? la nôtre étant égarée. Mais quitte à rêver, le mieux c’est d’être accompagné… D’ailleurs cette chanson transpire l’influence d’un grand poète que je ne citerai pas, et la plume de Damienmême si elle se veut moderne, et plus tonique lui rend un poignant hommage. Un album complet, aboutissement de plusieurs “périodes” de Saez tantôt poète écorché, tant Gavroche sur la barricade.

La tournée qui va suivre présage du bon Saez comme je les aime, comme ce putain de Zénith en 2002, ou le public a repris « A ton Nom ». Je tuerai pour un concert de cette classe. D’ailleurs de vous à moi, il paraît que Damien réserve une surprise mémorable aux gens qui seront là le 05 Mai, . Ça tombe bien, moi j’y serai.

Il y aura toujours des réfractaires à sa voix au timbre si particulier, des critiques diront qu’il n’a pas fini sa crise d’adolescence, et d’autres qu’il profite du système. Mais là, je leur répondrai que même mon père a apprécié son album. Après avoir entendu ça de Papa, aucun argument ne me semble valable…

Sérieusement, vu le prix de cette galette autoproduite, promue par un label indépendant, je ne peux que vous inviter à rejoindre Damien Saez sur son tricycle jaune. Au moins une fois, pour vous imprégner de l’univers de cet auteur-compositeur-interprète capable de passer d’un thème au piano enivrant, à une chanson incisive, dénonçant les dérives qui nous entourent quotidiennement. Et puis accuser, dénoncer, c’est déjà un pas vers la révolution non ?

God Blesse America.