Hervé “RV” Salters alias General Elektriks, c’est ce claviériste devenu aussi chanteur aujourd’hui et qui explose un peu partout en ce moment. Des collaborations avec M, à celles du collectif Quannum, de la France aux Etats-Unis, cet électron-libre de la black music revient chez nous le temps d’une tournée et a accepté de répondre à nos questions.

Qu’est ce qui t’a amené donc, de la France aux États-Unis depuis 1999 et du funk/jazz de Vercoquin aux claviers de GE ?

En fait, Vercoquin c’était le groupe dont je faisais partie dans les années 90 avec Sébastien Marte à la guitare, Thierry Stremler à la voix, Cyril Avèque à la batterie et Christophe Mink à la basse, qui sont tous des gars toujours actifs musicalement. C’est vraiment la formation avec laquelle j’ai fait mes armes, j’aurais tout appris de ce groupe, de l’écriture pop, groove, funk et comment mettre ça sur pied ensemble. Le groupe a splitté à la fin des années 90 à la suite d’une signature en major qui s’est mal passée (Universal ndlr). Et je suis sorti de là avec un petit peu le besoin de me défouler artistiquement sans calculer. Je ne pensais pas commencer un projet, mais j’ai acheté un ordinateur, un micro SM-57 et puis je me suis mis à bidouiller avec mes vieux claviers vintage. J’ai commencé à découper des boucles de batterie comme les producteurs de hip-hop. C’était quelque chose de totalement nouveau. Et à peu près en même temps, j’ai déménagé dans la région de San Francisco, c’était vraiment un choix de vie partagé avec ma femme qui est à moitié américaine. Là-bas j’ai pu me re-concentrer plus sur ce qu’allait devenir General Elektriks, sans me mettre de pression. Et ce qui a donné la naissance du projet c’est un coup de téléphone de Pierre Balfiss, le directeur de Label Bleu, un label de jazz qui avait entendu Tu m’Intrigues. Il m’a dit : “Finis un album et je le sors.”. C’est vraiment ce coup de fil qui a donné naissance à General Elektriks.

Est-ce que les États-Unis ont, d’une façon générale, influencé la musique de Good City For Dreamers ?

Ah oui complètement, à plein de points de vues et même sans doute d’une certaine manière que je n’envisage même pas. Celle que je vois clairement, déjà la rencontre avec les gars du collectif Quannum Projects, qui est un collectif hip-hop avec qui je traine pas mal depuis une dizaine d’années. Je fais les claviers pour Blackalicious, par exemple. Et de voir ces gars bosser, la façon dont ils envisagent la musique m’a vachement encouragé personnellement à ne pas me poser de questions musicalement. Sur quel marché va terminer ta musique, est-ce qu’on va l’écouter ou pas…? Surtout pas penser à ça. Je me souviens d’une remarque que l’on m’avait faite : “Soucie-toi de faire le disque le plus radical possible, nous on se souciera de le vendre.” L’éthique indépendante aux États-Unis est vraiment comme ça, c’est pas un truc que t’entends souvent chez des labels. Tu fais vraiment ce que tu veux d’un point de vue musical.

Comment t’es tu retrouvé propulsé ” chanteur/ leader ” du groupe ?

Entre le premier et le deuxième l’album, c’est là que j’ai appris le truc sur le tas, c’était pas forcément très agréable d’ailleurs au début. Se retrouver devant des gens, derrière un micro c’est un drôle de truc. Mais encore une fois je sentais que ça me faisait du bien, comme découvrir la musique avec un ordinateur. Ce que ça m’apportait d’un point de vue créatif était chouette, c’est pour ça que j’ai poussé le truc.

Dans ton album, tu parles beaucoup de ta famille ou, du moins, elle t’a beaucoup inspiré : Little Lady, Helicopter, Gathering All The Lost Loves, Mirabelle Pockets, aussi, pourquoi l’avoir mise en avant ?

Tout ça en fait, c’est un truc d’honnêteté aussi un peu, encore une fois je me suis dit : “Je vais faire un disque de pop où je vais écrire des textes”. A partir de ce moment, tu te dis : “Est-ce que je vais faire semblant d’être quelqu’un d’autre ou est-ce que je vais être totalement moi-même?” Et la base même de ce projet était d’être totalement honnête. Donc en gros, tous les morceaux parlent de gens que je connais soit de loin soit de près. Je pense que, à partir du moment où tu écris un texte tu parles de toi-même, de ton vécu. Et comme la famille est quelque chose de vraiment important pour moi on les retrouve pas mal sur le disque. Mais l’idée était un petit peu de faire en sorte que ça puisse aussi en dire à d’autres gens que moi, donc garder une certaine part d’abstraction.

Tu fais même chanter tes enfants sur Helicopter ?

Pour Helicopter c’est très simple en fait, on était en train de traverser le Bay Bridge en voiture, un hélicoptère est passé au dessus de nous. C’était vraiment la journée californienne telle que tu l’imagines, le bleu intense, pas un nuage… et je sais pas pourquoi les enfants se sont mis à scander ça : “I’m flying like an Helicopter!”, avec les claps et tout. Ils avaient le riff et donc je me suis dit que ce serait une super idée de morceau. Et pour enregistrer les voix j’ai utilisé un petit enregistreur mp3, je suis allé dans la cour de récré avec un métronome dans une main et l’enregistreur dans l’autre puis je les ai enregistrés eux avec des copains.

Tu es aussi connu pour tes prestations plutôt énergiques sur scène, c’est plutôt rare de voir ça chez un claviériste.

C’est plutôt rare effectivement t’as raison. Je trouvais l’image des claviers un peu emmerdantes, c’est souvent le gars dans l’ombre, un peu sophistiqué pas super excitant. Pourquoi pas d’ailleurs ? Mais je trouvais ça amusant, de donner plus une image de guitariste, le mec un peu dingue à la Pete Townshend mais sur un clavier. Je dis ça mais c’était pas réfléchi, il y a peut être tout simplement l’idée de donner un vrai spectacle aux gens. C’est une façon de communiquer avec les gens, il y a un réel échange qui se passe mais pas nécessairement avec des mots. Y’a aussi le trac. Je suis quelqu’un de plutôt timide à la base, ce qui peut paraitre bizarre quand tu te retrouves sur scène devant des gens… Mais vraiment, moi je suis dans cette histoire pour la musique, c’est la musique qui m’a amené à faire ça et qui fait que, maintenant je me suis retrouvé à la télé… et je me suis dit : “Comme ça va être quelque chose où tu vas pas être très à l’aise autant y aller carrément.”

Comment est perçu General Elektriks par rapport au public français ?

General Elektriks est perçu différemment aux États-Unis, les gens prennent ça comme une vision continentale de ce que peut être la Soul, c’est à dire une version impressionniste à l’européenne de ce qu’est la Soul alors qu’en France, on dit que je suis un français qui fait de la musique américaine. Donc ça montre vraiment que les gens arrivent avec leurs propres bagages et analyse la chose à leur manière. Ce qui est vraiment encore une fois la preuve qu’une œuvre d’art n’est vraiment complète, qu’une fois appréciée par les gens. Chacun amène son propre vécu et en fait ce qu’il en veut.

Photos : © David Gallard

Site Officiel de General Elektriks

Ecouter Good City For Dreamers sur Deezer